Bourg Léopold – Deux équipages parmi tant d’autres – L’équipage de Frank Devereaux

Pour les rendre disponible sur les moteurs de recherche, voici la suite de la reconnaissance de caractères optiques de ces pages tirées du document de Nicolas Clinaz.

Bourg-Léopold 002

 

Ci-dessous, le tableau présente les différents Groups et Squadrons prenant part à cette mission (4).

Bourg-Léopold tableau

Sur ce total, huit appareils reviennent prématurément sans bombarder l’objectif.
Quatorze autres bombardiers sont perdus (pour plus de détails se référer infra à
l’annexe 4, p. 52).

Cette fois-ci, les conditions météo sont meilleures et un Mosquito Pathfinder, équipé d’un appareil de navigation Oboe, marque l’objectif avec précision. Le tonnage total des bombes larguées par l’ensemble des Groups nous est inconnu. Néanmoins, nous savons que les 149 quadrimoteurs du 6e Group se présentent entre 2500 et 4000 mètres d’altitude et déversent environ 540 tonnes de bombes (5). Les dégâts occasionnés au camp sont importants. En plus des baraquements sévèrement touchés par les bombes, plus de deux cents soldats (certains de la Kriegsmarine) sont tués. Ils seront inhumés dans une fosse commune. Les pertes civiles s’élèvent à « seulement » une vingtaine de personnes (6).

Reportons-nous, maintenant, quelques heures avant l’attaque.

Deux équipages parmi tant d’autres 
Plusieurs milliers d’aviateurs embarquent cette nuit-là, dans leur avion respectif,
avec l’appréhension que l’on devine. Dans chaque bombardier quadrimoteur (Halifax,
Lancaster) prend place un équipage constitué, généralement, de sept aviateurs
qualifiés et ayant chacun une fonction bien particulière. Ces jeunes hommes
représentent un bel exemple d’intégration en terme de nationalité, de religion,
d’expérience professionnelle.

La base aérienne de Leeming dans le Yorkshire (nord de l’Angleterre) abrite deux unités canadiennes : le 427 (Lion) Squadron et le 429 (Bison) Squadron appartenant à la Royal Canadian Air Force mais opérant sous le commandement de la Royal Air Force (voir annexe 1, p.47). Le personnel volant de ces deux unités est composé essentiellement d’aviateurs de nationalité canadienne. Ces deux escadrilles vont engager leurs appareils sur le camp de Beverlo. Depuis plus d’un an, elles sont équipées de bombardiers quadrimoteurs lourds de conception britannique : des Handley Page Halifax.

Parmi les 18 Halifax III que le 427 Squadron envoie sur Beverlo, figure l’équipage du P/O Frank Gerrard DEVEREAUX. C’est sa 12e mission. Le 429 Squadron participe aussi au raid en engageant 16 bombardiers. L’équipage du P/O Carman Vincent ROSS effectue cette nuit sa 10e mission. Sous peu, ces deux équipages vont rencontrer leur destinée, d’une manière aussi brutale que soudaine, dans le ciel du Brabant wallon…

Bourg-Léopold 004 Gutsy Girdy Des aviateurs du 427 Squadron posent devant « Gutsy Girty », un Halifax III, à Leeming (Yorkshire). (PL40064, Canadian Forces Joint Imagery Centre)

4 LONCKE Peter, Leopoldsburg 12 & 28 May 1944. Bomber Command for your freedom and yours.
5 http://www.rcaf.com/6group/May 44/May27-2844.htm1

6 LONCKE Peter, Leopoldsburg 12 & 28 May 1944. Bomber Command for your freedom and yours.

L’équipage du P/O Frank Gerrard DEVEREAUX

Expérience opérationnelle
Le 12 mars 1944, deux équipages, frais émoulus, se présentent à la base de Leeming : ceux des P/O DEVEREAUX et P/O H. PURVIS. Ces 14 aviateurs viennent de terminer leur entraînement sur quadrimoteur au sein de la 1659 C. U.

A la lecture des carnets de vol du pilote et du bombardier7, nous pouvons reconstituer le parcours opérationnel et les missions réalisées par le P/O DEVEREAUX et ses équipiers. Les remarques en italique sont celles du pilote, rapportées lors des débriefings et en partie retranscrites dans l’Operational Record Book du 427 Squadron8.

Le premier vol de l’équipage à partir de Leeming se déroule le 14 mars. Il s’agit d’un vol local (décollage à 15h00) permettant aux aviateurs de se familiariser avec la géographie des lieux. A cette occasion, le Squadron Leader LAIRD pilote le Halifax III « Y », le P/0 DEVEREAUX prenant place à ses côtés. Le vol dure 1h15.
D’autres vols d’entraînement ont lieu durant les journées du 17 (2h50), du 22 (1h20) et du 25 mars (3h45).

L’équipage effectue sa première mission, le 26 mars sur la ville d’Essen, dans le bassin de la Ruhr. Le P/O DEVEREAUX décolle à 19h50 aux commandes du Halifax III « U » (numéro de série LW789). Il se pose sans problème à 01h15.
Le commentaire rapporté à l’issue de la mission, dans l’Operational Record Book, est
plutôt laconique : nuages abondants mais le bombardement est bien effectué.

La 2e mission a lieu le 30 mars. L’objectif désigné pour le Halifax III « T »
(LW902) est la ville de Nuremberg. L’équipage décolle à 22h05 et se pose le 31
mars, à 06h10, après 8h05 de vol ! Bombardement effectué un peu à côté de l’objectif
L’équipage du Sqn/Ldr LAIRD est perdu lors de ce raid (voir annexe 5, p. 53).
Le 5 avril, l’équipage effectue un vol pour permettre aux mitrailleurs de s’entraîner aux tirs air-air. Décollage à 14h00. Durée : 30 minutes sur le Halifax III « T ».

La 3e mission, le 9 avril : le centre ferroviaire de Villeneuve-Saint-Georges près
de Paris. De 20h55 à 02h35. Halifax III « P ». Bonne attaque.

La 4e mission, le 10 avril : le centre ferroviaire de Gand-Merelbeke. De 20h55 à
01h00. Halifax III « P ». Bonne attaque.
Le 13 avril, un vol d’entraînement de 45 minutes est effectué sur le Halifax III
« P ». Décollage à 1 lh 10.

Le 15 avril, l’équipage de DEVEREAUX embarque à bord du Halifax III « N »,
piloté pour l’occasion par le F/0 WEICKER, et est transféré à Horeham afin de
convoyer le Halifax « Y » à Leeming.

La 5e mission, le 18 avril : une gare de triage près du Bourget. De 21h00 à
02h25. Halifax III « P ». Flak modérée. Bonne concentration d’indicateurs d’objectif
rouge et vert sur la cible.

La 6e mission, le 20 avril : la gare et les ateliers de réparation ferroviaire de Lens
(Pas-de-Calais). De 21h15 à 01 h45. Halifax III « R ». Pas de congestion sur 1 ‘objectif.

Dans la matinée du 22 avril, l’équipage décolle à 09h05 pour un vol d’entraînement avec accompagnement de chasseurs et bombardement fictif. Durée de l’exercice : 1h35.

La 7e mission, le 22 avril, la ville de Düsseldorf. De 22h30 à 04h10. Congestion
très importante au-dessus de l’objectif
A partir de cette date, le Halifax III « P » (LV831) semble être leur avion attitré
pour la suite des opérations.

La 8e mission, le 24 avril : la cité de Karlsruhe. De 21h55 à 04h15. Effort très
dispersé mais l’objectif semble touché.

Seuls deux vols d’entraînement au bombardement ont lieu le 5 et le 18 mai,
d’une durée respective d’1h00 et de 0h45. Entre-temps l’équipage bénéficie d’une
pause bienvenue dans les opérations.

La 9e mission, le 19 mai : un pilonnage de batteries côtières à Le Clipon (région
de Calais). De 23h50 à 02h55. Bon bombardement. Atterrissage à Newmarket.
Le 20 mai, après un court repos, l’équipage décolle de Newmarket à 14h40 pour
rejoindre Leeming. Durée du vol : 1 h05.
Le 22 mai, l’équipage effectue un vol d’exercice d’ 1h30 avec des chasseurs.
Décollage à 09h00.

La 10e mission, le 23 mai : réseau ferroviaire du Mans. De 00h15 à 05h10.

La 11e mission, le 24 mai : infrastructure ferroviaire d’Aix-la-Chapelle. De
22h30  à 04h00.

L’équipage du P/O DEVEREAUX décolle le 27 mai à 23h25 (9) (une autre source
indique 23h31 (10)) pour attaquer le camp militaire de Beverlo. Ils l’ignorent, mais c’est
leur 12e et dernière mission. Dans quelques heures, ils seront portés manquants.

Le pilote : Frank Gerrard DEVEREAUX (22 ans) (11)

Issu du mariage de John Louis DEVEREAUX (1876-1958) et de Mary MURPHY (1888-1976), Frank DEVEREAUX naît le 25 mars 1922 à Seaforth, Ontario. Il a deux soeurs : Mary (née en 1923) et Helen (1924-1996), ainsi que deux frères : Robert (1921-1996) et James (né en 1923). La famille descend d’une souche francophone, plus précisément normande (ville d’Evreux), remontant au IXe siècle.
Elevé dans un milieu modeste, son père est fermier, Frank suit une scolarité sans écueil : la Public School de 1929 à 1936. De 1936 à 1939, il est élève à la Collegiate Institute. D’après les souvenirs de sa soeur Mary, il ne buvait ni ne fumait. Catholique pratiquant, il n’hésitait cependant pas à taquiner ses soeurs (!). En janvier 1940, Frank entame des études supérieures commerciales, mais doit y renoncer après 6 mois. Jusqu’en 1941, il travaille à la ferme parentale. Par la suite, Frank effectue des petits boulots : dans une manufacture de tuiles (de septembre à octobre 1941) et comme ouvrier métallurgique (d’octobre 1941 à janvier 1942). Frank est cependant attiré par l’aviation et il décide de suivre une première formation (correspondence course) de pilote-observateur à la W.E. T.P. à Hamilton du 19 janvier au 21 mars 1942.

Ce 21 mars, à quelques jours de son vingtième anniversaire, il peut enfin signer sa déclaration d’engagement à la R.C.A.F. Les différentes phases théoriques et pratiques de l’entraînement du futur pilote se poursuivent sans problèmes avec passage successif aux :
5 S.F.T.S. à Brantford (du 24 mai au 4 juillet), 1 I.T.S. à Toronto (du 5 juillet au 26 septembre), 9 E.F.T.S. à st. Catherines (du 27 septembre au 5 décembre ; il effectue son
premier vol solo le 19 octobre aux commandes du Tiger Moth n° 5897), 16 S.F.T.S. à Hagersville (du 6 décembre 1942 au 16 avril 1943 ; formation sur bimoteur Anson)
Le 2 avril 1943, Frank se voit récompensé par la remise de ses ailes de pilote tant convoitées.

7  Copies de log-book aimablement transmises par les familles respectives.
8  AIR 27/1846.
9  note horaire reprise dans le carnet de vol de DEVEREAUX.
10 AIR 27/1846 cite 23h31.
11  Les biographies des aviateurs ont été réalisées à partir des dossiers militaires (documents officiels repris en fin d’ouvrage) complétés par les souvenirs de parents.

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Moment d’émotion et de fierté pour Frank DEVEREAUX qui reçoit ses « ailes » le 2 avril 1943 : il est enfin pilote ! (Mike DEVEREAUX)

Son log-book affiche déjà 199 heures de vol. Il embarque à Halifax (Nouvelle-Ecosse) le 28 mai 1943 pour le voyage transatlantique qui le mène en Grande-Bretagne. Il lui reste exactement un an à vivre !

Notre Canadien y débarque le 4 juin et rejoint le 29 de ce mois la 20 (P) A.F. U. à
Weston-on-the-Green (au programme figurent des vols diurnes et nocturnes sur Oxford, exercices de cross-country avec insistance sur la navigation de précision). Il est versé à la 22 0. T. U, située à Wellesbourne Mountford (Warwickshire), le 5 octobre 1943. C’est au cours de cette phase d’entraînement que les membres d’équipage de différentes fonctions (pilote, navigateur, bombardier, radio et mitrailleur) sont associés et formés en équipage. Frank effectue d’ailleurs en O. T. U. sa première mission sur le continent (en tant que pilote) : un largage de tracts (Nickel) sur Argentan le 14 janvier 1944 à bord du Wellington « J » de l’unité. Commissionné au grade de P/O le 13 janvier 1944, il passe à la 61 Base le 25 janvier et est entraîné sur quadrimoteur à la 1659 C. U. à Topcliffe (Yorkshire).

L’équipage du P/O DEVEREAUX intègre alors deux nouveaux aviateurs : un mécanicien de bord et un mitrailleur supérieur, indispensables sur bombardiers lourds quadrimoteurs. Son équipage complété, Frank rejoint son unité opérationnelle, le 427 Squadron, le 12 mars 1944.

Au cours de son long écolage, Frank a piloté différents types d’appareils, tant monomoteur que multimoteurs, de jour comme de nuit, tels que Tiger Moth, Anson II et III, Oxford, Wellington III, XI et XVI, Halifax II et III.

Il totalise 187h 55′ de vol en double commande (avec instructeur) et 245h 40′ de
vol en tant que pilote. A l’issue de son entraînement, il est qualifié « above average »
(au-dessus de la moyenne), preuve ultime de ses compétences.

A Leeming, Frank entame son tour opérationnel par trois missions, comme copilote, de différents équipages. Ces missions « préparatoires » ont pour but de lui « donner de la bouteille » avant d’affronter, seul avec ses six équipiers, les difficultés et les dangers des vols de guerre.

13 mars 1944, attaque de la gare du Mans (avec l’équipage du P/0 McAULEY
sur le Halifax « U »). Durée du vol : 5h05.

15 mars, opération sur la ville de Stuttgart (avec l’équipage du F/0 WELDON sur
le Halifax « C »). Durée de la mission : 8h35 (!).

18 mars, mission sur la ville de Francfort (avec l’équipage du Sqn/Ldr LAIRD à
bord du Halifax « U »). Durée du vol : 5h45 avec déviation au retour sur Bury St.
Edmunds. Le lendemain, l’équipage rejoint Leeming après un vol de 1h05.

Ces trois missions n’ont pas été comptabilisées dans le nombre total de missions
effectuées par son propre équipage.

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Le sergent Frank DEVEREAUX en Angleterre. (Mike DEVEREAUX)

En date du 27 mai 1944, Frank DEVEREAUX est crédité officiellement de 548 h 30′
de vol.

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4 réflexions sur “Bourg Léopold – Deux équipages parmi tant d’autres – L’équipage de Frank Devereaux

  1. Monument en Ontario

    Left:
    1939 1945
    ARNOLD ARCHIBALD
    VAN R. BELL
    JAMES BROADFOOT
    HAROLD CHESNEY
    FRANK CASSON
    FRANK DEVEREAUX
    ARTHUR FRAISER
    WILLIAM GREIG
    WILLIAM A. GRAHAM
    HECTOR LAMONT

    JOHN MILLER
    HOWARD McTAVISH
    HARRY McIVER
    JOHN McSPADDEN
    ROBERT McCALLUM
    NORMAN McQUAID
    CLARENCE O’REILLY
    FREDERICK O’LEARY
    ROBERT PAPPLE
    C. MELVILLE SHANNON

  2. Autre site sur le 427 Squadron
    Operations du 27 mai 1944

    http://www.427squadron.com/history/wartime_logs/may_1944.html

    27/5/44

    Weather: Cloudy, very occasional slight rain. Good visibility. -x -x The happy news of operations was received this morning and all sections swung into the task of putting out the record number of eighteen aircraft. It was wondered whether such a large number could be given, but as the day rolled on, it was discovered that this was « duck soup » for a « bang on » Squadron like this. Everyone pulled their weight and it was wonderful to see the great enthusiasm shown in making this record which was a tribute to both ground and aircrews of the squadron. -x -x At take-off, although fingers were crossed, eighteen aircraft soared into the air to deliver their respective bundles of joy to the enemy and it was indeed an impressive sight. The target for the night was BOURG-LEOPOLD and it is felt that the name would be all that remained of the place when our boys got finished. -x -x The returning crews were just as enthusiastic about the operation’s success end reported the bombing was very concentrated and P.F.F. good. Although the visibility was only moderate, all crews praised the work of the Master of Ceremonies who did a marvellous job of directing the aircraft and pointing out the target. Ground defences were negligible but numerous fighter actions were seen and believed to be very intense. The only thing that detracted from the complete success of this operation was in our losing two good crews, namely, J.19588 P/0 B.C. SCOBIE who had carried out nine raids with us, and J.19592 P/0 F.G. DEVERAUX: who had 10 raids to his credit. The remaining sixteen aircraft returned safely to this country and landed away from base. -x -x A record day indeed in the life of the « LION » Squadron.

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