Une demande – Le début de l’histoire

Bonjour
Je suis à la recherche d’un Canadien dont le prénom était Anthony. Il a séjourné plusieurs mois ou semaines dans ma famille (Glanard) près de Saint-André-de-l’Eure (Batigny). Il s’est écrasé dans un champ près du village. Il a été blessé à un bras, et a perdu sa montre. Mon oncle l’a retrouvée et la lui a rendue. Il l’avait réparée.
J’ai une photo.

famille Glanard août 1944

Aucune des personnes qui l’avaient aidé n’a oublié cet homme, mais elles sont toutes décédées maintenant.

Si quelqu’un a des renseignements sur le crash, ce serait bien. Je suppose qu’il est rentré en Angleterre en septembre 1944 lorsque Saint-André-de-l’Eure et Evreux ont été libérés à la fin du mois de septembre 44.

Merci d’avance

 

Le début de l’histoire… par Micka Perier

L’été 1944 ne devait pas être un été très tranquille à Saint André de l’Eure. C’est que les Alliés mettent la pression aux Allemands avec l’aérodrome.

 

Alors on se dépêche de faire ce qu’on a à faire à la ferme, histoire de ne pas tenter le diable et rentrer à l’abri.

 

Marcel Glanard, mon arrière grand père se dit bien qu’il préfèrerait aller boire un verre avec ses copains après le boulot mais il y a le foin à rentrer et il faut vite rentrer parce que là….ça pète fort à Saint André.

 

Alors qu’il est en route pour la ferme, un bruit d’avion se rapproche dangereusement et Marcel voit cet avion s’écraser dans le champ d’à côté.

Tant pis, il y va mais il se dit que…..ça va pas être joli…

 

Il en sort un pilote inconscient et blessé au bras. Il est lourd ce grand mec ! Il faut faire vite. En plus les « boches » ne vont pas tarder à arriver.

 

Une fois à la ferme, le Canadien a été soigné et caché dans le bâtiment d’en face, de l’autre côté de la cours. Au dessus des vaches.

 

Quand il est revenu à lui, le Canadien a commencé à parler. Il s’appelle Antony. Alors mon arrière grand-mère Marguerite et ma grand-mère Ginette lui apportent à manger. Bernard et Marie Rose (frère et sœur de ma grand-mère) viennent voir si le Canadien est réveillé.

 

La routine s’installe dans le plus grand secret. Si les Allemands l’apprennent tout le monde va y passer. Attention aux voisins aussi…Y a des collabos dans le coin.

 

Tous les jours, Ginette apporte les repas. On soigne son bras aussi. De toute façon, mieux vaut rester caché parce que les Nazis tournent beaucoup en ce moment et ils sont nerveux….surtout les saloperies de SS ! Ils ont failli fusiller Bernard l’autre jour parce qu’il revenait à vélo et qu’ils le suspectaient d’être un résistant….Quelle drôle d’idée !…Les soldats de la Wehrmacht, ils sont plus normaux. Des pauvres gars fermiers comme ici.

 

Bernard doit retourner sur le site du crash parce qu’Antony a perdu sa montre. Cette montre, c’est son père qui lui a offert avant de partir pour la guerre en Europe. Il y tient mais il ne veut pas abuser. Bernard lui, ça l’amuse ce genre de choses alors il y retourne…et puis, il aime bien provoquer les Allemands aussi…

Et bien il l’a retrouvée ! Incroyable. Antony est tellement heureux et reconnaissant ! Bernard lui a même réparé le bracelet.

 

Les combats font rage et on commence à dire que les Allemands vont partir de Saint André et même d’Evreux. L’automne arrive pour les Nazis.

Antony peut partir rejoindre les siens.

Ginette a le cœur serré. La famille Glanard a rempli sa mission en attendant une autre.

 

Bien des années après, sur le marché de Saint André, dans les années 80, Ginette pense l’avoir revu. Ce vieil homme ressemble à l’aviateur. C’est un étranger parmi d’autres vétérans. Elle n’ose pas aller lui parler. Certains secrets sont tenaces. Certains héros sont discrets.

Une demande

Bonjour
Je suis à la recherche d’un Canadien dont le prénom était Anthony. Il a séjourné plusieurs mois ou semaines dans ma famille (Glanard) près de Saint-André-de-l’Eure (Batigny). Il s’est écrasé dans un champ près du village. Il a été blessé à un bras, et a perdu sa montre. Mon oncle l’a retrouvée et la lui a rendue. Il l’avait réparée.
J’ai une photo.

famille Glanard août 1944

Aucune des personnes qui l’avaient aidé n’a oublié cet homme, mais elles sont toutes décédées maintenant.

Si quelqu’un a des renseignements sur le crash, ce serait bien. Je suppose qu’il est rentré en Angleterre en septembre 1944 lorsque Saint-André-de-l’Eure et Evreux ont été libérés à la fin du mois de septembre 44.

Merci d’avance

HMCS Athabaskan, 29 avril 1944… Épilogue

Ici se termine l’histoire du naufrage de l’Athabaskan écrite il y a 12 ans. Je n’ai pas encore trouvé dans les médias canadiens un article qui souligne cet événement.

ATH0075_B

L’original suit…

Voici que la cousine de ma femme m’avait écrit dans un courriel en réponse à une question…

Son père préfère ne pas parler du naufrage de l’Athabaskan.

Je m’en doutais bien. Les vétérans parlent rarement de leurs souvenirs de guerre…

Voici son courriel…

Mon père parle très peu de cette période, sinon pour l’amour des bateaux, de la mer…
Je savais qu’il avait fait deux fois naufrage, qu’il avait connu aussi la faim. À l’autre naufrage, il m’a déjà confié qu’il avait été plusieurs jours dans une chaloupe avant d’être repêché.
Mais en lisant l’article sur l’Athabaskan, j’ai été renversée, je ne savais pas qu’il y avait eu tant de morts, de prisonniers de guerre… Papa n’a jamais été volubile. Je lui ai fait part de ton message, il me confirme qu’effectivement il faisait partie des 45 personnes sauvé par l’Haida.
Quand je lui ai demandé comment il avait été secouru, voici ce qu’il m’a répondu :
L’humain est très bien fait, il oublie ses souffrances, ses misères… Il ne se rappelle que des belles choses, des moments précieux et de ses joies…
Un peu plus tard dans la conversation, il a rajouté :
Ce sont de vieux souvenirs et à te dire franchement, je ne tiens pas à y replonger.
C’est mon père… et je l’aime profondément.

Pour terminer, si l’histoire et la généalogie vous intéresse ou vous passionne…

Allez visiter ce site

Et surtout l’histoire de cet homme

jma

Jean-Marie Abalea

Il était aussi un marin et a servi la France durant la Première et la Deuxième Guerre mondiale.

Jean-Marie, volontaire pour se battre sur les mers pour son pays en 1917… Son père lui va mourir de ses blessures à Verdun en 1918…

Voici l’histoire de son père…

Juillet 1917 – Michel se bat à Verdun pendant que son fils embarque sur un croiseur

Un véritable tour du monde et un véritable cours d’histoire.


J’ai découvert ce site, par hasard, au fil de mes recherches sur l’histoire de l’Athabaskan en cherchant des informations sur la rade de Brest.

Finalement, j’ai aussi trouvé ceci sur l’Haida. Voici le lien direct vers le site Internet.

Voici une vue satellite du musée à Hamilton. Vous savez sans doute ce que je vais faire… en septembre…

Il y a aussi un autre musée… à Hamilton. Mais l’aviation, ça c’est une autre histoire.

Hamilton est tout près de Niagara Falls… Ça aussi c’est une autre histoire…

Samedi, une autre façon de voir la dernière des « bonnes guerres »… Puis lundi, on continue l’histoire des marins survivants du naufrage. Quant à moi, j’ai écrit à plein de gens qui ont eu des proches qui ont servi sur l’Athabaskan comme l’oncle de ma femme.

Si vous avez des souvenirs de guerre de vos ancêtres que vous souhaitez partager, cliquez ici pour m’écrire.

HMCS Haida, 29 avril 1944… prisonniers

Voici la suite de l’histoire du naufrage de l’Athabaskan écrite il y a 12 ans.

Mac Lure a lui aussi aperçu les Allemands et il lui faut abandonner le sauvetage pour fuir vers le Nord, vers l’Angleterre qui se trouve à plus de cent milles derrière l’horizon. Un aviso les prend en chasse mais, à leur grand soulagement, il vire de bord peu après.

demi-tour

Quand il a reçu le message faisant état « d’hommes noirs » à la mer à l’endroit où Athabaskan a coulé, le Kapitänleutnant Wilhelm Meentzen a fait augmenter l’allure.

en chasse

– Peu importe leur couleur, dit-il, ce sont des êtres humains et nous allons les sauver !

Et lorsqu’il arrive sur les lieux, il découvre bien vite que ces « hommes noirs » ne sont en fait que des hommes englués de mazout. Le prompt retour des Allemands sur la zone du torpillage va permettre de sauver nombre de naufragés qui auraient péri dans l’heure suivante. Ils vont être faits prisonniers, c’est un fait, mais ils auront tous la vie sauve.

sauvetage par les Allemands

« Wilkommen Kameraden ! »

C’est en ces termes que les Canadiens sont accueillis à bord des navires allemands. Entre marins, il existe toujours une solidarité qui se moque bien des pavillons. Et eux aussi, tout comme ceux de Haida, ils vont descendre le long des filets qui pendent à leurs coques afin d’aider les plus faibles. Pareille attitude porte un nom quand on fait la guerre ; cela s’appelle tout simplement chevalerie.

C’est ainsi qu’Émile Beaudoin se retrouve sur un aviso où il lui est donné la possibilité de prendre une douche chaude. Après la douche, ils recevront chacun une épaisse couverture ainsi qu’une paire de bottes de caoutchouc. Cette distribution faite, il leur est servi un plat de macaronis avec des pruneaux, du pain noir et de la confiture.

Pourtant, ni Beaudoin, ni ses camarades ne touchent à cette nourriture ?

N’auraient-ils pas faim ?

Mais tout à coup, un marin allemand comprend la raison de leur manque d’appétit. Alors, il prend une tartine de pain, la beurre de confiture, y ajoute un pruneau et commence aussitôt à mordre dedans à belles dents suivi quelques instants plus tard par les Canadiens dont le visage s’illumine à présent d’un large sourire.

Le retour de la flottille vers Brest sera mouvementé car elle sera attaquée par les avions du Coastal Command. Sans grand dommage d’ailleurs. Le T 24 quant à lui heurtera une mine dans le chenal du Four mais bien que sérieusement endommagé, il rejoindra sa base par ses propres moyens sans avoir perdu aucun de ses naufragés canadiens.

Dans l’après-midi, les prisonniers seront débarqués et conduits dans la salle du patronage de Kerbonne tandis que les blessés seront dirigés vers l’hôpital de Brest. Pour ces hommes commence une captivité qui va durer un an et prendra fin en Allemagne. Émile Beaudoin en profitera pour apprendre l’allemand et c’est en ami que près de trente années plus tard, il sera reçu avec beaucoup d’émotion chez les survivants du T 27.

Quant à la vedette de Haida, après bien des difficultés, elle parviendra à traverser la Manche et sera repérée en fin d’après-midi, à 25 milles dans le sud du cap Lizard. Une embarcation de sauvetage dirigée vers elle en recueillera les occupants qui seront débarqués vers minuit à Penzance.

Haida pour sa part passera les jetées de Plymouth seul en fin de matinée et à la traditionnelle question du sémaphore qui lui demandera s’il a des naufragés ou des blessés à bord, il répondra :

« Affirmatif ! J’en ai 44 ! »

Affirmatif

La perte d’Athabaskan aura coûté la vie à 129 marins dont 59 d’entre eux, rejetés à la côte par la mer, viendront reposer en terre bretonne, dans le cimetière de Plouescat.

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HMCS Haida, 29 avril 1944… troisième épisode

Voici la suite de l’histoire du naufrage de l’Athabaskan écrite il y a 12 ans.

Se fondant dans la grisaille de l’aube naissante, la silhouette de Haida s’estompe rapidement.

Stubbs nage jusqu’au radeau d’Émile Beaudoin où on le hisse, sous les acclamations de ses hommes.

radeau

– Content de vous retrouver les gars !

Puis, s’éclaircissant la voix, il entonne le célèbre chant de la Marine Royale Canadienne.

« Roll along wavy Navy, roll along… »

Aussitôt, même les plus faibles reprennent en chœur derrière lui et c’est un spectacle bien étrange que ces malheureux transis de froid et englués de mazout qui au fond de leur détresse, se mettent à chanter parce que lui, leur Commandant, il chante !

Pendant ce temps, la vedette laissée par Haida poursuit sa difficile tâche qui consiste à mettre en sécurité les plus touchés et aussi malheureusement à faire un choix entre ceux qui ont une chance de s’en tirer et ceux qui n’en ont pas. Le choix est parfois terrible car aucun parmi eux n’a la moindre notion de médecine. Avec le quartier maître Mac Lure pour patron, l’armement de cette vedette va au cours des heures à venir, faire preuve d’un courage remarquable et d’une volonté de réussir qui ne faiblira pas un instant.

Dans la lueur blafarde de l’aube, alors que plusieurs blessés étaient embarqués ainsi que les deux matelots de Haida qui étaient tombés des filets, ils aperçoivent un homme qui fait la planche et semble assez mal en point.

homme seul à la dérive

– C’est le patron torpilleur, murmure l’un d’eux. Il n’a pas bonne mine le pauvre !

En effet, le maître torpilleur d’Athabaskan a bien mauvaise mine. Ayant été précipité à la mer quand le navire a coulé, il a essayé de trouver une place sur un radeau mais tous étaient déjà bien surchargés. Il a alors continué à nager en direction de Haida qu’il n’a pas pu rejoindre tant était grande

la force du courant et il s’est retrouvé seul avec pour tout bien un gilet de sauvetage. Epuisé par cette nage forcée, il s’est mis sur le dos et, s’engourdissant progressivement dans cette douce torpeur qui précède la mort de froid, il s’est abandonné à son destin. Lorsqu’on le tire enfin hors de l’eau, il reprend vaguement conscience.

vedette sauvetage

-Mais qui diable êtes-vous ?

-La vedette de Haida !

– Ah brave Haida ! J’avais bien raison de croire qu’il ne nous laisserait pas tomber…

vedette sauvé

Et sur ces dernières paroles, il sombre à nouveau dans l’inconscience tandis que sur ses lèvres, un sourire persiste.

Mais revenons vers ceux des radeaux.

Cela fait maintenant deux heures qu’ils sont dans l’eau et le froid a fait de nouvelles victimes. Le Commandant Stubbs a glissé à l’eau et coulé, mais nul ne se souvient plus trop bien quand. Les chants ont fini par s’éteindre et dans le silence glacé qui a succédé chacun de ces malheureux a continué de puiser au plus profond de son être pour que la volonté ne faiblisse pas. Imaginez un instant ce que représentent deux heures dans les eaux de la Manche au mois d’avril. Ajoutez à cela la douleur des blessures même légères que la mer et le mazout irritent en permanence sans oublier la morsure de ce même mazout dans les yeux et sur les muqueuses. Pire encore, il y a ceux qui ont avalé l’infect liquide noir et qui à présent souffrent terriblement d’épouvantables vomissements. Ceux-là ne survivront pas bien longtemps.

hommes laissés

Il fait grand jour lorsqu’une heure plus tard apparaissent à l’horizon sud trois navires. Venant de cette direction, il ne peut s’agir que d’Allemands ! Qu’importe après tout, ami ou ennemi, cela ne fait à présent plus aucune différence car le pont d’un navire, quel qu’il soit, est désormais leur seule chance de salut.

La fin demain…

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HMCS Haida, 29 avril 1944… le sauvetage

Voici la suite de l’histoire du naufrage de l’Athabaskan écrite il y a 12 ans.

première de couverture petit

Attaboy !

Ainsi appelait-on familièrement le brave compagnon Athabaskan dans la flottille. Et voici que le frère d’armes de presque tous les combats de ces deux dernières années s’en est allé rejoindre la tombe marine… Une tristesse infinie s’abat sur Haida qui force l’allure vers le lieu du désastre.

Mais d’ores et déjà, DeWolf sait qu’il ne va pas pouvoir secourir son camarade comme il l’aurait souhaité. Ses ordres en pareille circonstance sont dramatiquement clairs : il ne doit en aucun cas exposer son propre bâtiment pour porter secours à des naufragés, fussent-ils comme lui, Canadiens !

Or, Athabaskan a disparu à quelques milles seulement de la côte, soit à quelques minutes de vol des aérodromes allemands de Bretagne et l’aube est désormais proche. Alors, sans trop exposer le navire, on va quand même essayer de sortir de l’eau le plus grand nombre possible de survivants.

L’équipage de Haida ne comprendrait pas qu’il puisse en être différemment. Pourtant, il va falloir faire très vite.

– Parez filets et échelles de corde le long du bord ! L’artillerie reste aux postes de combat! Il faudra faire vite les gars!

Tous les hommes disponibles se sont massés de chaque côté du destroyer afin d’être prêts à aider les naufragés, sachant bien par expérience que peu d’entre eux seront capables de se sauver seuls, choqués comme ils doivent l’être par l’explosion de leur bateau, le froid de l’eau et par le mazout qui brûle les yeux ou tord l’estomac dans d’incoercibles vomissements.

Haida est à présent tout proche des survivants que l’on distingue aux petites lampes qui brillent sur chaque gilet de sauvetage. Deux matelots descendent le long des filets et s’y attachent. La mer est visqueuse, couverte de mazout, l’air d’une puanteur infecte. Et le sauvetage commence…

Ah ce n’est pas une mince affaire que de tirer hors de l’eau ces pauvres bougres gluants de mazout et dont la plupart souffrent de blessures ou brûlures diverses et qui parfois hurlent de douleur quand malheureusement, pour les sauver, le sauveteur devient bien involontairement tortionnaire.

Hélas, les minutes passent dramatiquement vite et le nombre de rescapés sauvés par Haida reste encore terriblement faible : une trentaine en dix minutes alors qu’il y en a encore des dizaines qui se débattent et crient dans l’eau, épuisant parfois ainsi leurs dernières forces.

–  Faites vite les gars ! Je vous donne encore cinq minutes !

Dépêchez-vous

Alors, avec une frénésie jusqu’alors inconnue, l’équipe de sauvetage se surpasse. D’autres marins descendent le long des filets, prenant des risques énormes tandis que se poursuit la terrible course contre la montre. Le spectacle de tous ces naufragés qui tentent désespérément de monter à bord est difficilement soutenable : certains implorent, supplient, crient leur frayeur ou leur douleur ; d’autres insultent leurs sauveteurs. Misère de la détresse humaine face à la mort.

Émile Beaudoin se trouve pour sa part sur un radeau avec une vingtaine de camarades dont certains sont blessés.

radeau

Il n’est pas aisé de manœuvrer ce frêle esquif surchargé jusqu’au Haida mais on y parvient malgré tout et quelques hommes valides tentent de le maintenir le long du bord. Ce n’est pas chose facile car le courant est très fort.

– Attrapez nos blessés d’abord !

blessés d'abord

Le premier, Owen Deal grimpe au filet. Non pour se sauver lui, mais pour hisser ses camarades. Grâce à lui, trois d’entre eux parviennent jusqu’au pont du destroyer. C’est à présent le tour de Ray Moar qui gît inconscient dans le fond du radeau. Le malheureux souffre d’une fracture de la colonne vertébrale et Deal redescend pour passer autour du corps de son infortuné camarade les cordages qui permettront de le hisser.

Mais au même instant, tombe de la passerelle de Haida l’ordre fatidique.

-Regagnez vos postes, nous partons !

Au nombre des rescapés déjà à bord du destroyer, figure John Stubbs que l’on vient de tirer jusqu’au pont. Réalisant soudain que Haida interrompt le sauvetage, il se tourne vers la passerelle et crie à son ami de Wolf.

Sauvez-vous

– File sans moi Jack ! Je ne peux pas laisser autant de mes gars ici !

Et sans attendre de réponse, il enjambe les filières non sans remercier une fois encore son ami.

– Merci pour tout Jack ! On se reverra à Plymouth !

Puis il plonge pour rejoindre ses hommes.

Dans un dernier élan de générosité, Haida largue et abandonne sa vedette afin que puisse se poursuivre le sauvetage après son départ. Cette vedette est montée par trois volontaires qui ont délibérément choisi le risque d’être faits prisonniers pour sauver leurs camarades.

Au moment où le destroyer remet en route, Owen Deal est encore sur le radeau.

Son abnégation ne lui aura pas permis de se retrouver sain et sauf sur le pont de Haida. La mer tourbillonne derrière la poupe et les occupants du radeau se retrouvent très vite dans le sillage du navire.

Quant aux hommes qui sont descendus le long des filets, tous ne parviennent pas à regagner la sécurité du pont. Malgré les efforts surhumains déployés, deux d’entre eux finissent par lâcher prise et sont aussitôt aspirés dans le remous des hélices. Nul ne les reverra plus.

L’histoire se poursuit demain…

Source des dessins :

http://www.pc.gc.ca/apprendre-learn/prof/itm2-crp-trc/pdf/haidabrochure_f.pdf
Source du texte :

http://www.histomar.net/documents/recitathab.pdf

Si vous avez des souvenirs de guerre de vos ancêtres que vous souhaitez partager, pour m’écrire…

HMCS Haida, 29 avril 1944

Voici la suite de l’histoire du naufrage de l’Athabaskan écrite il y a 12 ans.

naufrage

Haida, 4 heures 30.

2009-08-19 Harry_DeWolfHarry DeWolf

C’est bien à regret que Jack DeWolf a dû abandonner à son triste sort son valeureux compagnon d’armes mais, les nécessités de la guerre priment hélas sur bien des considérations humanitaires. Aussi, est-ce avec l’énergie que seule peut donner la fureur, que ses canonniers chargent et tirent à une cadence infernale. Le T 27 étant le plus proche, c’est sur lui qu’ils concentrent un feu qui devient de plus en plus précis. Soudain, une voix angoissée annonce :

– Court-circuit dans les soutes ! Nous n’avons plus de lumière !

Manquait plus que cela ! Si par la faute de ce court-circuit qui entrave l’approvisionnement des tourelles, la cadence de tir doit diminuer notablement, Haida va se trouver très vite en délicate posture.

Sur la passerelle, on guette anxieusement le rythme de départ des coups…

Chance !

Il ne faiblit pas !

2009-08-19Tribal class firing

 

Tout en bas, à plusieurs mètres sous les pieds du commandant, les soutiers gardent un moral d’acier et malgré la quasi obscurité dans laquelle ils doivent évoluer, ils continuent à approvisionner les tourelles qui dévorent douilles et obus à un rythme infernal. Braves marins, songe DeWolf, braves parmi les braves qui savent pourtant bien qu’au cas où le navire prendrait une torpille, ils n’ont à l’endroit où ils se trouvent pas l’ombre d’une chance d’en sortir vivants.

Il est impossible aux hommes du Haida de dire depuis combien de temps dure cet enfer de coups de canon, mais la conclusion approche. Une lueur orangée vient de jaillir sur le T 27.

Touché !… Touché !… Touché !…

Cette fois, les canonniers tiennent la bonne distance et la cadence de tir semble s’accélérer encore.

2009-08-19 Tribal class

Sérieusement atteint, le T 27 ralentit, file sur son erre puis stoppe. En vain, le T 29 tente de le protéger derrière un écran de fumée mais doit rompre le combat à son tour. La distance séparant Haida de sa victime, décroît rapidement et maintenant presque tous les coups font but.

– Récifs droit devant !- À gauche 30 ! ordonne De Wolf.

Voila donc pourquoi le T 27 a stoppé si vite. En réalité, il est échoué sur les récifs de l’île de Batz !

En cours de giration, toutes pièces battantes, Haida achève d’écraser son adversaire sous un déluge d’acier et en moins d’une minute, le T 27 est en feu de la proue à la poupe. Quant au T 29, il est à présent hors de portée, à l’abri des batteries côtières.

T-27 hors de combat

Mission accomplie !

Maintenant, Haida peut foncer au secours de son camarade.

C’est hélas déjà bien tard car c’est au moment où il vire pour mettre le cap sur lui qu’Athabaskan disparaît.

Du haut de sa passerelle, le cœur brisé par l’émotion, DeWolf aperçoit une immense lueur qui projette haut dans le ciel ses volutes rouge-orangé tandis que quelques secondes plus tard, se répercutant aux quatre coins de l’horizon, lui parvient le grondement de l’explosion.

-Adieu Attaboy, farewell ! murmure tristement un matelot.

Lundi prochain, l’Haida au secours des marins de l’Athabaskan. Vous pouvez m’écrire.

HMCS Athabaskan, 29 avril 1944… troisième partie

Voici la suite de l’histoire du naufrage de l’Athabaskan écrite il y a 12 ans.

Athabaskan touche

« Athabaskan is hit ! »

Athabaskan touche 1

 

À ce cri, tout le monde sur la passerelle de Haida s’est détourné vers l’Athabaskan. De sa poupe, s’élance dans le ciel une immense langue de feu orange qui illumine les superstructures du destroyer. Durant son changement de cap pour parer d’éventuelles torpilles, le destroyer en a pris une en plein dans les hélices et le gouvernail…

HMCS Athabaskan, 4 heures 17.

L’explosion de la torpille est si violente que tout comme dans une ruade gigantesque, l’arrière se soulève littéralement hors de l’eau tandis que partout dans le navire, hommes, matériel mobile et objets divers sont précipités au sol. Les tourelles X et Y se taisent, suivies quelques instants plus tard par les tourelles A et B. Sur le destroyer blessé, le fracas de l’explosion fait place quelques instants plus tard à un silence terrifiant qui n’est plus troublé que par les hurlements de douleur et d’angoisse des blessés. Embardant brutalement sur bâbord, Athabaskan choqué, ralentit puis s’arrête. L’eau et le feu commencent à prendre possession du navire.

Passé le premier moment de stupeur, les tourelles A et B reprennent le feu de façon sporadique et imprécise. Par Dieu, Athabaskan se battra jusqu’au bout ! Sur la passerelle, John Stubbs commotionné, se relève pour apercevoir Haida qui masque son navire derrière un écran de fumigènes.

Au moins sera-t-il ainsi à l’abri pendant quelque temps des canons allemands…

Peine perdue hélas, car voici que dans un fracas d’apocalypse, une salve d’artillerie s’abat sur la plage avant.

2009-08-20 batterie-allemande-longues-07

Du gros calibre !

Sans doute ce sont les batteries côtières dont on n’est guère distant qui viennent de placer ce coup au but. Cette fois-ci, les deux tourelles avant se taisent définitivement.

Tout ceci s’est déroulé en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire et Athabaskan qui, une minute plus tôt était encore un redoutable combattant, n’est plus maintenant qu’un blessé agonisant, ravagé par les flammes des incendies qui se sont déclarés en plusieurs endroits.

Les nouvelles qui viennent de l’arrière sont particulièrement alarmantes.

– La poupe s’enfonce de plus en plus, Sir !

– Préparez-vous à abandonner le navire ! ordonne Stubbs.

Se préparer seulement ! John Stubbs est un vieux marin fort de quatre années de guerre sans merci dans l’Atlantique Nord et il sait bien par expérience, qu’il ne faut pas condamner trop tôt le bateau.

JohnStubbs

Cinq minutes se sont à présent écoulées depuis le torpillage. Dans les environs, Haida que l’on ne voit pas mais dont on entend distinctement les salves d’artillerie, continue le combat.

Tous les hommes valides conjuguent leurs efforts pour sauver leur cher bateau. A grand peine et au prix de bien des souffrances, on est parvenu à traîner jusqu’à la plage arrière la pompe à incendie qui a un débit de 70 tonnes à l’heure. C’est en effet l’arrière qui est le plus touché et c’est par là que la mer envahit le navire. En hâte, on procède à l’assemblage des flexibles et beaucoup pensent que le bâtiment peut encore être sauvé.

C’est alors que de nouveau, dans un vacarme de fin du monde, une deuxième salve s’abat sur le malheureux Athabaskan et cette fois, c’est le coeur même du navire qui est atteint. Les chaufferies explosent, tuant tout le personnel qui s’y trouvait encore. Par les tuyauteries crevées, des jets de vapeur s’échappent en un sifflement strident qui déchire les oreilles, brûlant les quelques uns que l’explosion avait épargnés, mettant un terme aux souffrances des autres, couvrant les cris des blessés. Mais, venu des fonds du navire, audible seulement de certains, monte un bruit sinistre de déchirement. Cette fois, le coup est fatal et Athabaskan commence à se casser en deux.

torpille

« Aux postes d’abandon ! »

Le quartier-maître Émile Beaudoin reçoit l’ordre à son poste dans le PC Radio et s’exécute sans plus attendre. Ce n’est qu’en parvenant sur le rouf qu’il découvre avec stupeur l’étendue des ravages. En maints endroits, des incendies font rage ; les ponts sont jonchés de blessés qui gémissent ou appellent à l’aide ; partout où se pose la main, il y a du sang et par dessus cet indescriptible chaos, le sifflement suraigu de la vapeur qui continue de s’échapper. Beaudoin sent sous ses pieds le navire qui commence à se coucher.

Il faut faire vite !

À quelques mètres de là, William Mitchell, grièvement blessé aux jambes appelle au secours. Il se dirige vers lui mais lorsqu’il va enfin l’atteindre, survient un autre camarade qui dégage le blessé de dessous un tas de cordages, le soulève à bout de bras et le jette à la mer en criant :

– C’est tout ce que je peux faire pour toi !

Ce sera suffisant pour lui sauver la vie…

Après, tout va très vite et tout-à-coup, Émile Beaudoin se retrouve dans l’eau sans trop savoir comment il y est arrivé. Bon nageur, il s’éloigne vigoureusement de l’épave devenue un piège mortel.

Ayant parcouru quelques dizaines de mètres et s’estimant alors en sécurité, il se retourne pour regarder une dernière fois son bateau dont l’arrière a déjà disparu. Lentement, l’étrave sort de l’eau jusqu’à se dresser verticalement, mur noir sur le fond obscur du ciel.

Un affreux gargouillis, râle d’un navire qui meurt, l’épave qui s’enfonce maintenant très vite, trois vivats poussés par les survivants à l’adresse de leur bateau, un peu d’écume, un grand remous. C’est fini ! Douze minutes après avoir reçu le premier coup, HMCS Athabaskan a succombé.

naufrage

Demain, l’Haida à la rescousse.

Source du texte : http://www.histomar.net/Manche/htm/selection.htm

Source des dessins : http://www.pc.gc.ca/apprendre-learn/prof/itm2-crp-trc/pdf/haidabrochure_f.pdf

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HMCS Athabaskan, 29 avril 1944… deuxième partie

Voici la suite de l’histoire du naufrage de l’Athabaskan écrite il y a 12 ans. 

Il est très précisément 3 h 07 lorsque le Haida reçoit un message destiné aux deux Canadiens et qui leur enjoint de prendre un cap sud-ouest afin d’intercepter deux navires allemands qui ont été repérés à hauteur des Roches-Douvres,

Phare Roches-Douvres

en route à 20 nœuds, cap à l’ouest.

Ironie du sort, ces deux navires allemands ne sont autres que les T 24 et T 27 qui, trois nuits auparavant, se sont fait sérieusement étriller par les Alliés dont le Haida au large des Sept-Îles.

Destroyer de la classe Elbing

Au cours de cet engagement, la Kriegsmarine a même perdu son T 29 tandis que les T 24 et T 27 se réfugiaient à Saint Malo, assez sérieusement endommagés. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ont repris la mer cette nuit et font route sur Brest, le seul port rapproché où ils trouveront la possibilité de réparer leurs avaries.

À bord des destroyers canadiens, ce message aussitôt répercuté vers Athabaskan a eu pour effet de placer les équipages déjà aux postes de combat dans un stade d’alerte tel que l’étape suivante sera l’ouverture du feu.

Veilleurs et radaristes explorent attentivement l’horizon dans un secteur allant d’est en ouest et passant par le sud. Mais voici qu’une antenne de radar s’immobilise, revient un peu en arrière et s’immobilise à nouveau. Cela peut nous paraître étrange à nous qui n’avons jamais vu les antennes radar autrement qu’en rotation permanente, mais rappelons-le, nous sommes en 1944 et ce radar est encore bien loin de ce qu’il sera bientôt. Enfin, quoi qu’il en soit, si cette antenne vient de s’immobiliser dans une direction bien précise c’est à l’évidence parce que l’opérateur a un écho.

L’identification n’en est ni longue, ni douteuse.

– Échos ennemis dans le 133. Distance 14 milles !

Il est tout juste 4 heures.

– Artillerie au gisement d’attente 270 ! Approvisionnez la tourelle A avec trois éclairants !

Dans le faible ronronnement de leurs moteurs de pointage, les trois tourelles pivotent et pointent leurs six tubes dans la direction approximative du but. Dans le poste central d’artillerie ainsi que dans le central torpilles, les calculateurs qui ont été alimentés avec les paramètres fournis par le radar élaborent les corrections qui vont permettre aux armes de commencer le feu avec le maximum d’efficacité. La distance quant à elle, décroît régulièrement.

Les équipages des deux navires allemands sont eux aussi aux postes de combat mais, avec leurs radars hors service depuis le dernier engagement, ils n’ont pas encore pu déceler les Canadiens et la nuit est bien trop noire pour permettre une détection optique à pareille distance.

Huit mille yards… Un peu plus de quatre milles. 7500 yards… Le moment approche. Tendus comme on peut l’être avant un combat imminent, les Canadiens retiennent leur souffle… 7000 yards…

C’est le moment !

-Tourelle A, tir de trois éclairants sur bâbord !

À quelques secondes d’intervalle, trois obus quittent en grondant les tubes de 120 de la tourelle et entament leur course parabolique qui s’inscrit sous forme d’un mince trait lumineux sur le fond noir du ciel. Mais nul ne songe à apprécier la parfaite régularité géométrique de la figure car tous les regards, ceux des télémétristes en particulier sont braqués sur cette partie d’horizon où vont exploser les obus.

Un… deux… trois… Tour à tour, les trois obus dépotent et le magnésium enflammé illumine la surface de la mer jusqu’à l’horizon.

– Rouge 50 ! Deux torpilleurs classe Elbing !

– Tourelles B et C ! Feu continu !

Pas un mot superflu n’a été prononcé. Chacun sait parfaitement ce qu’il a à faire et aussitôt les canons tonnent dans un terrible fracas qui ébranle le navire de la quille à la tête du mât. Une forte odeur de cordite envahit l’atmosphère.

Haida a également ouvert le feu et les salves se succèdent à un rythme élevé, se faisant de plus en plus précises. En limite de portée, les Allemands tirent à leur tour des éclairants puis ouvrent le feu.

– L’ennemi fait de la fumée et met le cap à l’est !

Un veilleur, on ne sait pas trop lequel dans l’obscurité qui enveloppe la passerelle, a observé la manœuvre. Le capitaine de frégate DeWolf, commandant Haida réfléchit rapidement au but de la manœuvre de ses adversaires : il est probable qu’au cours de ce virement de bord ils vont effectuer un tir de torpilles. Pour avoir un maximum de chances de les éviter, la meilleure solution est de leur présenter une silhouette aussi mince que possible et donc de venir en route droit sur elles.

– À gauche 20 ! Exécution Athabaskan !

Au sein de la flottille, c’est Haida qui porte la marque du Senior Officer, le commander DeWolf, chef de flottille et qui à ce titre, a autorité sur le Lieutnant Commander Stubbs, maître de l’Athabaskan. Cette situation par ailleurs normale en soi, résulte essentiellement de la nécessité d’avoir, au combat surtout, un commandement unique.

Pour exécuter l’ordre, les deux destroyers entament donc un virage serré destiné à les amener pratiquement cap au sud, tandis que les tourelles pivotent progressivement afin de rester pointées sur leur objectif. Très vite d’ailleurs, les tourelles arrière qu’on appelle X et Y arrivent en butée et se

taisent.

À présent, l’objectif se trouve devant les navires mais les tourelles A et B poursuivent le tir sans désemparer. Entre deux salves, on perçoit nettement ce sifflement grave que font les obus allemands lorsqu’ils tombent trop long en formant d’impressionnants geysers à faible distance du bord.

Car, ne nous méprenons pas, bien qu’en situation d’infériorité du fait des avaries précédentes, les deux torpilleurs adverses demeurent redoutables.

Les équipages sont combatifs et leur armement n’a rien à envier à celui des Canadiens. Même si, profitant de la surprise, les Alliés ont pris l’avantage, l’issue de l’affrontement demeure encore très incertaine.

Soudain, c’est le drame.

Source du texte : http://www.histomar.net/Manche/htm/selection.htm

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HMCS Athabaskan, 29 avril 1944… le début de l’histoire

Écrit il y a 12 ans…

Voici le récit du naufrage de l’Athabaskan tel que raconté par Yves Dufeil.

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Le récit vient du livre suivant…

1850-1950, Cent ans d’histoires de mer dans la Manche d’Yves Dufeil.

J’ai écrit à monsieur Dufeil et il me permet d’utiliser son texte. Monsieur Dufeil a un site incroyable sur l’histoire de la marine

Les dessins viennent d’une brochure que l’on retrouve sur le site de Parcs Canada…

À l’occasion, je mettrai des hyperliens.

Le chapitre sur l’Athabaskan s’intitule…

ROLL ALONG WAVY NAVY, ROLL ALONG…


29 Avril 1944

Plymouth, 28 avril 1944, sept heures du matin.

« Identification… Identification… »

Là-bas sur la jetée, le signal lumineux du poste de guet sémaphorique interroge les deux ombres de navires qui se profilent à quelques encablures, presque noyées dans l’aube grise.

À bord des navires, on a aussitôt déchiffré le traditionnel signal de reconnaissance et l’un d’eux répond à son tour.

« Destroyers Haida et Athabaskan. »

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Le guetteur accuse réception et à nouveau, les éclairs lumineux du projecteur interrogent.

« Avez-vous des naufragés ou des blessés ? »

« Négatif »

L’accusé de réception vient immédiatement et les deux navires canadiens virent pour s’engager entre les jetées tandis qu’un vieux remorqueur poussif ouvre le filet pare-torpilles en crachant une épaisse volute de fumée noire, lourde de scories.

À faible allure, Haida et Athabaskan remontent maintenant la rivière Devon pour regagner leur poste de mouillage habituel. Sur ses rives, s’éveille une population qui s’acharne à survivre malgré les bombardements répétés de la Luftwaffe dont les ruines que l’on aperçoit en sont le sinistre témoignage.

Ce petit matin blême avec en arrière plan tous ces squelettes de constructions calcinées a quelque chose d’inquiétant. C’est un peu comme si l’on pénétrait dans un univers fantomatique où chaque chose, chaque ruine, évoque le cauchemar d’une guerre qui n’en finit pas. Il est vrai aussi que pour ces équipages qui passent la plupart de leurs nuits en patrouille dans la Manche et qui, comme ce fut le cas voici tout juste deux jours, se heurtent aux forces allemandes dans des accrochages dont la brièveté n’a souvent d’égal que la violence, ces randonnées épuisantes ont tout du cauchemar.

Dans la pâle clarté du soleil timide de cette matinée de printemps, Haida et Athabaskan qui viennent de ravitailler le long du pétrolier qui les attendait, ont maintenant pris leur poste de mouillage sur ces coffres qui leur sont devenus désormais familiers. Cette fois encore, les marins exténués n’auront pas le loisir d’aller à terre, car mouiller en rivière tout en conservant les feux allumés dans la machine ne signifie que trop clairement que ce soir encore, il faudra une fois de plus affronter la mer, l’obscurité et peut-être aussi l’ennemi.

Après un déjeuner frugal, une distribution de courrier amène un peu d’animation à bord des navires puis, c’est à nouveau le silence qui s’installe tandis que les équipages mettent ces quelques heures à profit pour prendre un peu de repos.

destroyers au mouillage 3

Dix sept heures.

La vedette du Haida reconduit à leur bord les deux commandants qui rentrent du briefing au Quartier général avec dans leur sacoche, les ordres de route pour leurs navires. Cette nuit, ce sera la Manche occidentale et plus exactement la côte bretonne avec la protection d’une opération de mouillage de mines.

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John Stubbs

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Harry DeWolf

Cette opération a pour nom de code Hostile 26.

Dix sept heures trente.

Le sifflet du bosco appelle l’équipage à souper. Le temps qui jusqu’à présent s’était écoulé lentement semble soudain accélérer. Tout le navire sort de sa torpeur ; le souper est rapidement expédié et à sept heures moins dix, on rappelle aux postes d’appareillage. Dix minutes plus tard, les hélices des deux destroyers entament leurs premiers tours. Pour tous ces marins dont la plupart n’ont pas 25 ans, une longue nuit de veille commence. Une nuit dont tous ignorent encore ce qu’elle apportera.

Derrière les sillages qui grossissent, l’île Drake s’évanouit dans les dernières lueurs du couchant tandis que le sifflet du maître de manœuvre rappelle aux postes de combat de vérifications.

Profitons de ce moment pour faire un tour rapide des deux bâtiments.

Haida et Athabaskan ainsi que nous l’avons vu, sont deux destroyers. En tous points identiques, ils appartiennent tous deux à la classe des “tribus”. Ce sont des Tribals comme on les baptise dans la Navy.

Bien armés, puissants et rapides, ils sont bien adaptés à la plupart des missions qui leur sont confiées. Côté artillerie, on trouve en avant de la passerelle, deux tourelles doubles de 100 mm, les deux autres étant placées à l’arrière. Sur le rouf arrière sont disposés les affûts quadruples de 40 mm, de redoutables canons anti-aérien à tir rapide. Cet armement est complété par sept mitrailleuses de 12,7 placées pour l’essentiel autour de la passerelle. A tout cela s’ajoutent quatre tubes lance-torpilles. Ces destroyers sont montés par des équipages d’environ 250 hommes chacun qui avant d’être intégrés en escadre, ont subi un entraînement intensif tout au long de dures semaines d’école.

Tous les organes des navires ont été vérifiés. Tout fonctionne, tout va bien. Ordre est donné de rompre des postes de combat et d’obscurcir les feux car la nuit est maintenant tombée. Ce dernier ordre ne souffre aucun manquement. Vus de l’extérieur, les bâtiments ne doivent laisser filtrer aucune lumière, pas même un feu de navigation. Guerre oblige ! Dans les postes et les coursives, l’éclairage blanc fait place à l’éclairage rouge.

À 22 heures, c’est la distribution de chocolat chaud et de sandwiches qui comme à l’accoutumée, est agréablement accueillie. Vingt minutes plus tard, retentit la sirène d’alerte rappelant aux postes de combat.

La nuit tout en étant belle est sombre, d’autant plus que la lune est à présent couchée. Tant mieux aussi, car l’obscurité contribue beaucoup à la protection en ces temps où le radar est encore balbutiant. A bord des deux navires, les hommes du service sécurité commencent leur ronde, inspectant tous les compartiments tranche après tranche, s’assurant que tous les orifices sont bien obturés, toutes les portes étanches fermées et toutes les consignes respectées. Il y va de la survie du bateau et partant de celle de son équipage c’est pourquoi, rares sont les rondes où ils doivent intervenir pour corriger quelque chose. Ce soir d’ailleurs, la ronde de sécurité s’achève sur un laconique

« Rien à signaler ! Tout est OK ! »

Ainsi s’avance la nuit, heure après heure et il semble bien que celle-ci ne sera qu’une nuit de routine de plus car les mouilleurs de mines qui ont achevé leur mission font maintenant route au nord et d’ici une heure, ils seront hors de portée des forces de surface allemandes. Les destroyers pourront alors prendre le chemin de l’Angleterre à leur tour. Mais le hasard va en décider autrement…

On continue le récit demain…

Source du texte : http://www.histomar.net/Manche/htm/selection.htm

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