Était-il vraiment sur le destroyer le 29 avril 1944?

Était-il vraiment sur le destroyer le 29 avril 1944?

C’est la question que je me pose depuis le mois de juillet 2009, et que je pose encore sur Souvenirs de guerre depuis le mois d’août 2009.

Était-il vraiment sur le destroyer?

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Cette question, je la pose aussi en anglais depuis septembre 2009 sur la version anglaise de ce blogue…

Lest We Forget


Pierre Bachant est né le 14 janvier 1928. Il est le fils de Lucien Bachant et de Cécile Archambault. Il a 16 ans, 4 mois et 15 jours le 29 avril 1944. Un petit Canadien français parti à la guerre défendre la « Mère Patrie »…

En juillet 2009, lors d’une réunion de famille, il laisse échapper ce souvenir de guerre.

Marin sur l’Athabaskan…

Âgé de 16 ans sur l’Athabaskan?

Il ment sur son âge, las de l’autorité de son père qu’il surnomme encore « le bonhomme ».

Je le laisse parler…

Il s’ouvre pour la première fois sans doute.

Il a 81 ans depuis le 14 janvier 2009. On parle tout bonnement des histoires de famille. Son frère Jean blessé sur les plages de Normandie. Il fait partie des « Fous alliés » de Montréal comme il le se plait à le raconter. 

« Fous alliés » c’était les Fusiliers Mont-Royal dont je savais peu de choses.

Le petit Pierre, 16 ans, 4 mois et 15 jours est dans la salle des machines en train d’écrire une lettre à sa famille. 

Puis…

KABOUM!

Depuis le 29 avril 1944 il n’a jamais plus oublié ce souvenir de guerre.

Un dernier hommage à Gérard Tourangeau

La nièce de Gérard Tourangeau partage les souvenirs de guerre de son oncle.

Bonjour

Je vous fait parvenir des photos et mes découvertes sur mon oncle.
Vous avez sa photo de marin que nous avons trouvée dans nos photos de famille, mais il a quel âge?
C’est difficile à dire.

Gerard Tourangeau

Gérard  Tourangeau

Ma mère m’a raconté que mon oncle est arrivé une journée et a dit à sa mère: « Je me suis enrôlé dans la marine. » Sa mère a dit pourquoi? Il a dit: « Ça, c’est  mon devoir. Je dois contribuer à défendre mon pays… Cela a toujours été un beau métier pour moi. »

Après la guerre, il a travaillé à la base à Montréal-Est sur la rue Hochelaga jusqu’à sa retraite.

Lors du naufrage de l’Athabascan, c’est  l’homme tout enroulé dans les bandages que vous voyez sur cette photo.

2015-08-05 18.08.41photo tiré du livre Unlucky Lady

Il a raconté à ma mère lorsqu’il a vu cette photo : « C’est moi lorsque j’ai été récupéré par les Allemands.
C’est une infirmière allemande très gentille qui m’a recouvert de bandages et a pris soin de moi en cachette. »

Quand les Allemands l’ont surpris, ils l’ont poussé et ordonné d’aller faire autre chose, de ne plus s’occuper de lui. Qu’il pouvait bien mourir. Malgré tout, il a toujours été reconnaissant envers cette femme d’avoir pris un risque. Elle lui a probablement sauvé la vie, car il se serait infecté et sa peau aurait été bien plus marquée que cela. Malgré tout ce qui nous arrive parfois dans la vie, on réalise que d’autres personnes ont sans aucun doute vécu des moments difficiles. Il n’a pas été le seul. Ils ont été plusieurs à avoir tenté plein de choses pour sauver leur vie et celle des autres.

Nadine

Toujours une petite gêne…

J’ai toujours une petite gêne de vous écrire sur les anciens combattants. Toujours, car les raisons qu’on leur a données pour aller combattre et mourir pour la patrie seraient assez gênantes à écrire.

Scène du débarquement de Dieppe.Année: 1942. © nd Auteur: inconnu. Commanditaire: Canada Wide. Référence: Canada Wide.
Scène du débarquement de Dieppe.Année: 1942. © nd Auteur: inconnu. Commanditaire: Canada Wide. Référence: Canada Wide.

 

Toujours une petite gêne aussi de dire que j’ai écrit plus qu’un blogue qui traite de la Deuxième Guerre mondiale, tant en français qu’en anglais.

Toujours une petite gêne aussi de passer mon temps à vous parler d’Eugène Gagnon, un petit gars de Bromptonville, ce héros méconnu dont on tarde toujours à rendre hommage. On a tellement partagé depuis 2010 à son sujet.

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Je vais maintenant partager les souvenirs de guerre du petit Pierre, le premier vétéran que j’ai rencontré dans ma vie. Ceux-ci datent de juillet 2009 et certains sont encore tout frais dans ma mémoire.

Pierre, Jacques et Jean

Devoir de mémoire oblige.

Le petit Pierre avait-il inventé ses souvenirs de guerre? Né en 1928, il aurait menti sur son âge et se serait enrôlé dans la Marine canadienne avant ses 18 ans. Il en avait assez de l’autorité du « bonhomme » comme il avait traité son père devant moi, cet après-midi de juillet 2009.

Il n’a pas parlé beaucoup de la guerre, juste assez… pour piquer ma curiosité.

Il se retrouve dans la salle des machines de l’Athabaskan la nuit du 29 avril 1944. Il est en train d’écrire une lettre… à sa famille, si je me souviens bien, mais ce détail je n’en suis pas certain.

Puis…

Athabaskan touche 1

Athabaskan touche

Son prochain souvenir est qu’il est rescapé par un autre vaisseau.

HMCS Haida

Il n’en dit pas plus…

J’aurais bien aimé lui demander le nom de ce navire.

Que s’est-il passé la nuit du 29 avril à bord du HMCS Haida?

Source

À la rescousse des survivants de l’ Athabaskan

À la fin d’avril, durant une patrouille sur la Manche, le Haida a coulé un destroyer allemand. Un peu plus tard, le 29 avril, le hasard a placé deux autres destroyers allemands, partis des côtes de France, sur la route du Flotilla . L’Athabaskan et le Haida, se sont lancés à leur poursuite. Malheureusement, une torpille a heurté l’Athabaskan. Une explosion extraordinaire s’en est suivie et il a commencé à couler. Continuant sa poursuite, le Haida a poussé un des destroyers sur la côte et a chassé l’autre pour ensuite retourner sur les lieux du naufrage de l’Athabaskan.

Le déplacement des blessés
Le déplacement des blessés
© Gracieuseté de Parcs Canada

Le capitaine du Haida, Harry DeWolf a alors ordonné la mise à l’eau de toutes les chaloupes dans l’espoir de rescaper le plus grand nombre possible de naufragés. On a jeté de lourds filets de sauvetage sur les côtés du bateau et les marins du Haida ont commencé à monter à bord les hommes épuisés et couverts d’huile de l’Athabaskan.

DeWolf a annoncé : « encore 15 minutes »…… le compteur martelait les tics-tacs.

Quatorze. Le capitaine de l’ Athabaskan, John Stubbs, un homme très courageux s’est mis à crier du milieu des eaux : « Sauvez-vous Haida, dégagez! »

Quinze. L’aube se levait.

Seize. Les chaloupes mises à l’eau devaient être vides, mais trois hommes du Haida ont sauté dans le patrouilleur motorisé espérant tirer d’autres hommes de l’eau.

Dix-sept. Un voyage périlleux attendait les trois marins, un voyage au grand jour, sur la Manche, en quête d’abri, alors que le Haida les avait oubliés par inadvertance.

Finalement, Harry est resté dix-huit minutes et quand le Haida a lentement commencé à prendre de la vitesse, abandonnant l’Athabaskan, il avait 47 rescapés à son bord. Le patrouilleur motorisé en a sauvé six de plus. L’entrée du Haida dans Plymouth s’est faite sous les acclamations joyeuses de toute la flotte. La marine canadienne venait d’atteindre sa majorité.

Le Haida est reparti pour aller venger le naufrage de son navire-parent. Il s’est distingué en participant aux événements du jour J et par la suite en réussissant à bloquer les Allemands dans le golfe de Gascogne. Il s’est mérité les honneurs de guerre à la Manche, en Normandie et dans le golfe de Gascogne avant de regagner Halifax, en septembre 1944, pour profiter d’un repos bien mérité et se faire radouber. La guerre s’est terminée sensiblement comme elle avait commencé : escorte de convois à Mourmansk et participation à la libération de la Norvège à la fin des hostilités.

Commentaire

Un commentaire de Michel Quéré laissé sur un de mes articles sur ce site.

Je suis responsable du patrimoine de SIBIRIL, deux marins inconnus reposent dans notre cimetière.Nous honorons leurs mémoires à chaque cérémonie patriotique.Nous avons décidés de placer une plaque commémorative relatant cet événement tragique. 

À suivre.

Pour m’écrire, utilisez ce formulaire ou laisser un commentaire.

 

 

Philippe Neveu commente

Voici le lien vers le site de la télévision régionale qui a fait sa une sur la manifestation organisée à la Pointe St Mathieu en l’honneur des marins de l’Athabaskan.

Cette cérémonie était organisée par l’association “Aux Marins” dont vous pouvez consulter le site : auxmarins.net. La cérémonie était très émouvante et a réunie beaucoup de monde et de personnalités.

Dans quelques jours l’association mettra en ligne son reportage.

http://pluzz.francetv.fr/videos/jt_1920_bretagne.html

À suivre…

Hommage : À la pointe Saint-Mathieu, on se souvient de l’Athabaskan

Cliquez ici.

Extrait

À l’occasion de l’anniversaire du naufrage de l’Athabaskan, l’association bretonne de recherches archéologiques et historiques en activités maritimes (Abraham) et l’association « Aux marins » ont organisé ce mardi une cérémonie à la pointe Saint-Mathieu, en présence de familles et de l’attaché Défense de l’ambassade du Canada. Une plaque comportant les noms des 128 victimes a été dévoilée.

29 avril 2014

Il y a 70 ans, l’oncle de ma femme était stoker à bord du destroyer HMCS Athabaskan. Il travaillait dans la salle des machines. La nuit du 29 avril 1944, il était en train d’écrire une lettre quand une torpille frappa le destroyer.

Il n’a jamais rien écrit sur le naufrage…

Un après-midi d’été de juillet 2009, il nous avait confié qu’il s’était enrôlé à 16 ans, mentant ainsi sur son âge comme beaucoup d’autres qui voulaient s’enrôler. Il nous a dit qu’il en avait assez de la sévérité de son père qu’il qualifiait encore de « le bonhomme » même s’il avait lui-même 81 ans lorsqu’il avait prononcé ces paroles!

S’était-il réellement enrôlé à 16 ans?

En mentant sur son âge?

Avait-il aussi menti quand il nous avait raconté son histoire cet après-midi d’été du mois de juillet 2009, assis dans le salon de mon beau-frère?

Ce qui est certain c’est que le HMCS Athabaskan coula le 29 avril 1944, entraînant dans la mort 128 marins. 85 marins furent faits prisonniers et 46 furent rescapés par le destroyer Haida. L’oncle de ma femme aurait été un de ces rescapés.

Il n’a jamais donné le nom du destroyer qui l’avait rescapé et je n’ai jamais osé lui demander.

J’ai respecté son silence.

Le premier navire qui porta le nom d’Athabaskan dans la Marine canadienne fut lancé le 8 novembre 1941 et entra en service en 1943.

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Vers la fin d’août 1943, en tant que navire commandant un groupe de destroyers patrouillant dans le golfe de Gascogne, l’Athabaskan fut endommagé par un missile aérien lancé par un des bombardiers allemands qui attaquaient simultanément.

L’Athabaskan retourna au port par ses propres moyens bien qu’une de ses chaudières et deux réservoirs à carburant aient été inondés.

En février 1944, l’Athabaskan, le Huron et l’Haida rejoignirent la 10e flottille de destroyers basée à Plymouth en Angleterre.

Pendant une patrouille dans la Manche dans la nuit du 29 avril, l’Athabaskan et l’Haida rencontrèrent des destroyers ennemis de la classe Elbing.

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Des salves répétés de canons touchèrent les navires ennemis et un des destroyers ennemis s’échoua. L’autre s’enfuit en lâchant une salve de six torpilles. Une toucha l’Athabaskan qui coula en quelques minutes.

Le commandant, dix de ses officiers et 117 hommes d’équipage perdirent la vie; cinq officiers et 80 hommes d’équipage furent faits prisonniers. Un officier et 45 marins furent sauvés par l’Haida et revinrent en Angleterre.

En 2009, j’avais trouvé le récit de la bataille sur Internet.

Je demandais alors que si vous aviez des souvenirs de guerre et que vous souhaitiez partager, vous pouviez m’écrire…

Ce fut le début d’une série de découvertes, non seulement sur le naufrage de l’Athabaskan, mais sur des escadrilles de l’Aviation royale canadienne durant le Deuxième Guerre mondiale.

Durant les prochaines semaines, je vais consacrer Souvenirs de guerre au naufrage de l’Athabaskan et rendre un ultime hommage à tous les officiers et marins de son équipage en partageant tout ce que des proches ont partagé avec moi depuis 2009.