Léo Major, un héros inconnu se raconte… dernière partie

Voici la suite du récit commencé hier…

Léo Major au sujet de la libération de la ville de Zwolle

Peu de temps après 23 h, j’ai franchi le chemin de fer pour aller m’étendre le long d’une route à proximité. Willy a tenté de faire la même chose, mais son sac de grenades a fait un peu de bruit, et les Allemands qui l’avaient entendu ont visé juste.

J’ai tout de suite su qu’il était mort.

J’étais furieux contre les Allemands, mais aussi contre moi-même d’avoir accepté qu’il vienne.

J’ai toujours eu de la peine d’avoir commis une telle erreur à ce moment-là.

En quelques secondes, je me suis débarrassé des soldats responsables de sa mort.

Après, je n’avais qu’une idée en tête : libérer la ville de Zwolle, peu importe ce qui m’attendait. Que je sois confronté à un millier d’Allemands ou à une poignée d’entre eux seulement, ça n’avait pas d’importance. Mon coeur battait la chamade,
mais j’étais plein d’énergie.

Je suis retourné auprès de Willy pour ramasser sa mitraillette et ses grenades. Ensuite, je me suis assis dans un parc pour réfléchir à comment je pourrais libérer une ville d’une telle taille. Si seulement je pouvais entrer en contact avec la résistance, ce serait beaucoup plus facile. Mais je savais que c’était impossible dans une grande ville. Aucun civil n’avait le droit de se promener dans les rues le soir puisque la force d’occupation avait instauré un long couvre-feu, c’est évident. Donc, les seules personnes que je pourrais croiser sont des Allemands. Alors, la chose la plus facile à faire serait de contourner la ville et de me rendre à chaque avant-poste ou poste de défense situé sur une route qui mène directement à la ville avec l’espoir de trouver une façon de surprendre les militaires et de leur faire savoir que l’attaque est imminente. Il faut qu’ils restent sur le qui-vive et qu’ils comprennent que bon nombre de soldats alliés attaqueront Zwolle.

Avant de quitter pour la patrouille, le Colonel m’avait promis qu’il enverrait toutes ses compagnies de combat occuper les terres agricoles en périphérie à 1 h le 14 avril.

J’ai donc décidé d’attendre à ce moment-là pour ne pas être pris avec des prisonniers et ne pas savoir quoi faire avec eux, étant donné que je ne suis pas un meurtrier.

La situation était très différente en Normandie où l’on ne faisait pas de prisonniers. Après tout, l’ennemi faisait partie des SS. Comme j’étais déjà à l’intérieur de la ville, j’ai décidé de trouver refuge dans une maison pour étudier davantage la carte de l’endroit que j’avais dans mon manteau. J’ai cogné à la porte arrière de plusieurs maisons, mais personne n’osait m’ouvrir. J’imagine que les gens avaient trop peur. J’avais un bandage protecteur sur mon oeil gauche et vêtu de mon manteau à motif de camouflage, je pouvais facilement passer pour un vrai nazi. Par conséquent, étant donné que je n’étais pas le bienvenu nulle part, j’ai dû m’introduire de force. Les occupants, un jeune couple dans la trentaine et ses tout-petits, se sont réfugiés dans une chambre, complètement terrorisés. Sans hésiter, j’ai enlevé mon manteau pour leur montrer qui j’étais. Ils ont vu le drapeau du Canada. Ces insignes d’épaule avaient un effet magique. Lorsque je les ai vus sourire, je savais que je venais de me faire de nouveaux amis.

Après avoir étudié la carte de la ville, j’ai quitté la maison pour mettre au point mon plan pour vaincre l’ennemi.

Mon premier affrontement a eu lieu alors que j’avançais prudemment sur une route menant à l’extérieur de la ville et que j’ai finalement aperçu une position ennemie.

Comme toujours, mon oeil droit perçait l’horizon.

J’étais spécialiste des techniques de combat de nuit. Des soldats étaient en train de charger une mitraillette dans une tranchée. Je les ai surpris par derrière. En un éclair, j’ai lancé trois grenades et tiré avec ma mitraillette.

J’ai fait dix prisonniers que j’ai transférés à une de nos compagnies de tête.

Je suis revenu par le même chemin avec l’intention de fouiller tous les racoins de Zwolle. Il était encore tôt ce soir-là lorsque j’ai capturé douze isolés dans une rue.

Deux explosions, quelques tirs et beaucoup de bruit plus tard, j’atteignais mon objectif. Sur les douze personnes, trois étaient des civils. Encore une fois, je suis retourné sur mes pas pour les transférer à une autre de nos compagnies de combat, puis je suis revenu dans la ville et j’ai procédé de la même façon, une rue à la fois.

À quatre reprises, j’ai dû m’introduire de force dans une maison.

Chaque fois c’était la même histoire. Les gens avaient peur au début, mais dès qu’ils comprenaient qui j’étais, je savais que je venais de me faire des amis pour la vie. Je faisais ça uniquement pour me reposer et refaire le plein d’énergie. Je me souviens que je ne suis jamais resté plus que quelques minutes dans chacune des maisons. Et ensuite, je recommençais à patrouiller dans les rues.

L’église et la rivière me servaient de points de repère et je parvenais à sortir de la ville et à y revenir facilement sans me perdre. Sur une route à proximité de la rivière, j’ai arrêté le dernier groupe d’isolés que j’ai transféré à un avant-poste très proche du passage à niveau. Sur le chemin du retour, j’ai rencontré Frits Kuipers, un policier de grande taille, et deux autres hommes. Son épouse, qui parlait assez bien anglais et un peu français, m’a informé que les hommes faisaient partie de la résistance.

J’étais tellement heureux d’entendre cela. Rapidement, je leur ai donné des armes puisqu’ils n’en avaient pas. Je leur ai annoncé que leur ville, Zwolle, était complètement libérée des Allemands et que j’étais bien placé pour le savoir puisque tout le bruit, c’était moi qui l’avais fait. C’était probablement même cela qui les avait poussés à franchir la rivière. Je leur ai demandé de me suivre à l’intérieur de la ville et de m’aider à inciter les gens à sortir de leur maison, ou du moins à leur faire comprendre qu’ils étaient redevenus libres.

En peu de temps, j’étais entouré d’une foule grouillante. Ensuite, j’ai rencontré le maire et des dirigeants de la ville. Avec l’aide de quatre Néerlandais, j’ai ramené le corps de Willy au Colonel Tacherau dans une voiture d’état-major des forces allemandes. Je lui ai
dit qu’il pouvait maintenant faire défiler l’unité dans la ville, qui était maintenant
complètement libérée.

Étant donné qu’il devait attendre l’ordre de mouvement du niveau supérieur, il n’avait pas l’autorité de le faire. Bon nombre de soldats se sont mis à pleurer et pour la premières fois durant la guerre, j’ai versé des larmes aussi.

Je suis retourné seul dans la ville.


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