Le naufrage du Charybdis : cinquième épisode

Venu du PC Radio, un planton apporte un papier plié que le service du chiffre vient de décoder. Friedrich Paul le déplie rapidement et lit à haute voix à l’intention de Kohlauf.

Friedrich Paul

– Du groupe de surveillance radio maritime : Aucun signal radio de l’ennemi jusqu’à maintenant.

Un casque d’écouteur sur les oreilles, le quartier maître radio du PC reçoit régulièrement des signaux codés qui pour toute autre unité n’ont aucun sens. Mais à bord du T 23, ils sont aussitôt déchiffrés et transmis à la passerelle pour être exploi­tés. Voici d’ailleurs qu’à l’instant parvient un message de la sta­tion radar de l’île de Batz.

« 4-TF, vous êtes actuellement à 2500 mètres du point prévu… »

La flottille qui a réduit depuis peu son allure se trouve maintenant dans le nord-ouest du convoi formé par le Münster­land et son escorte de dragueurs, toujours en vue de ceux-ci, sauf lorsque survient une averse ce qui devient de plus en plus fréquent.

La traversée va-t-elle s’effectuer sans rencontrer l’adversaire ? Sincèrement, ni Kohlauf ni Paul ne le pensent vraiment car l’un et l’autre connaissent la ténacité des Anglais. Ils se dou­tent bien que ces derniers doivent être déjà au courant de la sortie de l’insaisissable forceur de blocus et qu’il y a de grandes chances pour qu’une opération offensive soit tentée dès cette nuit. Mais, voici que le radio capte un nouveau message.

« Ile de Batz à 4-TF, une escadre ennemie pourrait faire route vers vous. »

Voici un message qui sort de la routine des communications précédentes. Le radar côtier a du détecter des navires pour le moment non identifiés. Ce n’est encore qu’une information conditionnelle mais sans plus attendre, le FuMG est mis en alerte.

HMS Charybdis, même heure.

Engoncé dans son ciré, abrité sous son suroît et chaussé de bottes de mer, le matelot Dennis Nicholls est à son poste de combat. Il est veilleur sur l’aileron tribord de la passerelle du croiseur. Un endroit bien exposé à tous points de vue, mais dans l’immédiat, c’est surtout de la pluie que le jeune homme cherche à se protéger, son principal souci étant d’empêcher l’eau de s’infiltrer sous son ciré par le col.

– Veilleur bâbord, rien à signaler !

– Veilleur tribord, rien à signaler !

Depuis quelques minutes, l’escadre a pris les postes de com­bat. Les radars n’ont rien détecté, mais la Manche est désormais traversée et le Charybdis qui vient d’altérer sa course vers l’ouest est à présent au large de Guernesey que l’on n’a d’ailleurs pas aperçue. Pourtant, sur la passerelle, Voelcker ne peut s’em­pêcher d’avoir une pensée pour ces îles, parcelles du territoire britannique qui sont les seules à connaître l’occupation alle­mande. Quelle peut être la vie de ces britanniques qui hier encore étaient des hommes libres ? Elle ne doit pas être réjouis­sante tous les jours…

commandant George Voelcker

Le bruit des machines qui emplit tout le navire, n’est plus lorsqu’il parvient dans l’abri de navigation qu’un ronronnement accompagnant la vibration provoquée par les deux hélices quadri­pales qui, tour après tour sur sa route marine, propulsent à 15 noeuds les 5450 ton­nes du croiseur. Il ne peut être question d’accélérer trop, les petits « Hunt » s’épuiseraient inutilement en voulant suivre leur grand frère. Quant à la mer, bien qu’elle commence à se creuser sous les grains, elle n’a que peu d’effet sur la stabilité. Tout est encore calme. C’est le moment d’en profiter pour mettre au point la stratégie d’attaque et pour ce faire, George Voelcker a réuni autour de lui le Leutnant Commander Gwynn ainsi que les deux officiers canonniers.

Ce n’est pas très facile, car ils sont nouveaux à bord et pas encore habitués à cet homme intransigeant aussi exigeant envers lui-même qu’il l’est envers son équipage. Pourtant, ses hommes ont pour lui une véritable vénération, reconnaissant en lui l’un de ceux que l’on aime avoir pour chef. Enfin, la stratégie de combat est arrêtée. Dès que le contact sera établi, le Charybdis qui possède la plus grande puissance de feu se portera à l’atta­que couvert par les destroyers, de façon à porter rapidement une estocade définitive dans le flanc de son adversaire. Selon les derniers renseignements que les Anglais possèdent, la seule es­corte de dragueurs ne doit pas être en mesure d’opposer une bien grande résistance à l’escadre. Sur ordre de l’officier d’ar­tillerie, quatre obus éclairants sont chargés dans les tourelles avant. Ils servi­ront à illuminer l’objectif dès le début de l’en­gagement.

Dennis Nicholls observe les destroyers qui sont maintenant répartis de part et d’autre du croiseur tout en cherchant tant bien que mal à se protéger d’une nouvelle averse qui l’arrose copieu­sement. Fichtre ! Il faisait quand même meilleur en Médi­terrannée !

Les radaristes quant à eux, sont toujours muets…

Torpilleur T 23, minuit.

La routine de la navigation n’a été troublée par aucun fait nouveau depuis que nous avons quitté le Commandant Paul et les unités de la 4-TF à bord desquelles les conversations se limitent le plus souvent au minimum indispensable. Dans ces moments qui précèdent l’affrontement, les hommes sont tendus et partagés entre deux sentiments contradictoires : l’espoir et la crainte du combat. Bien sûr, ils ignorent encore la force de l’adversaire tout comme il ignore la leur, mais en matière de combat naval, la victoire ne revient pas nécessairement au plus fort et c’est souvent un détail, une opportunité, qui peuvent faire toute la différence.

Un signal lumineux apparaît sur l’un des navires. A brefs intervalles, longues et brèves se succèdent à la lampe Aldis. C’est le T 25 qui signale que son FuMB a un écho dans le Nord. Friedrich Paul ordonne aussitôt une recherche dans cet azimut mais elle s’avère négative et le silence retombe sur le navire.

Minuit trente quatre. Message de l’île de Batz.

« Echo ennemi à 20 milles dans votre nord-est. »

Cette fois, la menace se fait plus précise. Le FuMB effectue une recherche dans cette direction mais ne détecte rien.

– Alerte ! ordonne Kohlauf.

Si seulement vingt milles séparent les adversaires, le contact pourrait bien s’établir avant longtemps.

Minuit cinquante deux. Message de la station radar des Sept-Iles.

« A 00.47, écho identifié  ennemi à 20 milles dans votre nord est, en route au 270. Vitesse estimée 12 à 15 noeuds. »

– A tous ! Virement de bord de 70 degrés par la gauche ! Venir cap au nord !

Immédiatement, le chef de flottille a réagi à l’information et pour exécuter son ordre, Paul fait mettre la barre toute à gauche.

– Nous allons monter de cinq milles dans le Nord pour sur­prendre les Anglais sur un côté où ils ne nous attendent pas !

Depuis que la flottille est en état d’alerte, le silence radio a été levé et c’est par UK, le radio téléphone à ondes courtes que l’ordre de changement de cap est donné.

Moins de vingt minutes ont suffi pour effectuer le change­ment de position de cinq milles vers le nord. Il est alors 1 h 07 et Kohlauf fait exécuter un nouveau changement de route.

– Par la droite, venir au cap 070 ! Vitesse 12 noeuds !

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