Léo Major…Un film

J’ai écouté la fin de cette émission ce matin sur le caporal Léo Major…

Son fils Jocelyn parlait de son père.

Envoyé au front à 18 ans, formé en Écosse à la technique de combat, Léo Major libère à lui seul la ville de Zwolle, au Pays-Bas, à la suite du débarquement, en juin 1944. Il est le seul soldat canadien à avoir reçu deux médailles de conduite distinguée. En ce Jour du souvenir, on raconte son histoire en compagnie de son fils, Jocelyn Major, et du physicien et mordu d’histoire militaire, Miguel Tremblay.

À force d’astuce, Léo Major a libéré à lui seul la ville de Zwolle, alors occupé par un millier de soldats allemands. Par un bruit si fort qui laisse croire que les renforts sont nombreux, il parvient à surprendre, puis à neutraliser les forces nazies alors tapies dans la ville.

Major sera blessé à deux reprises durant la guerre. Il y perd l’usage d’un œil et reçoit des blessures sévères à la colonne vertébrale. Par deux fois, on lui ordonne de cesser le combat et de rentrer au pays. Il insiste néanmoins pour continuer et retourne même au front lors de la guerre de Corée, quelques années plus tard.

De son vivant, Léo Major est resté discret sur les exploits qu’il a accomplis durant la guerre. Si bien que ce n’est qu’à l’âge de douze ans que son fils, Jocelyn Major, apprend la vérité. Depuis, il est le gardien de la mémoire de son père. Il collabore notamment à la préparation d’un film sur sa vie, lequel sera réalisé par Michel Jetté.
« Au Pays-Bas, dans les environs de Zwolle, il est plus connu que Céline Dion », soutient-il.

Ancien militant du parti Québécois et candidat d’Option nationale aux dernières élections provinciales, Miguel Tremblay est féru d’histoire militaire. Il a découvert l’histoire de Léo Major sur Internet et a depuis démarré une page Facebook en son honneur. Il trouve qu’on connaît trop mal nos héros militaires québécois.

Léo Major, un héros inconnu se raconte… dernière partie

Voici la suite du récit commencé hier…

Léo Major au sujet de la libération de la ville de Zwolle

Peu de temps après 23 h, j’ai franchi le chemin de fer pour aller m’étendre le long d’une route à proximité. Willy a tenté de faire la même chose, mais son sac de grenades a fait un peu de bruit, et les Allemands qui l’avaient entendu ont visé juste.

J’ai tout de suite su qu’il était mort.

J’étais furieux contre les Allemands, mais aussi contre moi-même d’avoir accepté qu’il vienne.

J’ai toujours eu de la peine d’avoir commis une telle erreur à ce moment-là.

En quelques secondes, je me suis débarrassé des soldats responsables de sa mort.

Après, je n’avais qu’une idée en tête : libérer la ville de Zwolle, peu importe ce qui m’attendait. Que je sois confronté à un millier d’Allemands ou à une poignée d’entre eux seulement, ça n’avait pas d’importance. Mon coeur battait la chamade,
mais j’étais plein d’énergie.

Je suis retourné auprès de Willy pour ramasser sa mitraillette et ses grenades. Ensuite, je me suis assis dans un parc pour réfléchir à comment je pourrais libérer une ville d’une telle taille. Si seulement je pouvais entrer en contact avec la résistance, ce serait beaucoup plus facile. Mais je savais que c’était impossible dans une grande ville. Aucun civil n’avait le droit de se promener dans les rues le soir puisque la force d’occupation avait instauré un long couvre-feu, c’est évident. Donc, les seules personnes que je pourrais croiser sont des Allemands. Alors, la chose la plus facile à faire serait de contourner la ville et de me rendre à chaque avant-poste ou poste de défense situé sur une route qui mène directement à la ville avec l’espoir de trouver une façon de surprendre les militaires et de leur faire savoir que l’attaque est imminente. Il faut qu’ils restent sur le qui-vive et qu’ils comprennent que bon nombre de soldats alliés attaqueront Zwolle.

Avant de quitter pour la patrouille, le Colonel m’avait promis qu’il enverrait toutes ses compagnies de combat occuper les terres agricoles en périphérie à 1 h le 14 avril.

J’ai donc décidé d’attendre à ce moment-là pour ne pas être pris avec des prisonniers et ne pas savoir quoi faire avec eux, étant donné que je ne suis pas un meurtrier.

La situation était très différente en Normandie où l’on ne faisait pas de prisonniers. Après tout, l’ennemi faisait partie des SS. Comme j’étais déjà à l’intérieur de la ville, j’ai décidé de trouver refuge dans une maison pour étudier davantage la carte de l’endroit que j’avais dans mon manteau. J’ai cogné à la porte arrière de plusieurs maisons, mais personne n’osait m’ouvrir. J’imagine que les gens avaient trop peur. J’avais un bandage protecteur sur mon oeil gauche et vêtu de mon manteau à motif de camouflage, je pouvais facilement passer pour un vrai nazi. Par conséquent, étant donné que je n’étais pas le bienvenu nulle part, j’ai dû m’introduire de force. Les occupants, un jeune couple dans la trentaine et ses tout-petits, se sont réfugiés dans une chambre, complètement terrorisés. Sans hésiter, j’ai enlevé mon manteau pour leur montrer qui j’étais. Ils ont vu le drapeau du Canada. Ces insignes d’épaule avaient un effet magique. Lorsque je les ai vus sourire, je savais que je venais de me faire de nouveaux amis.

Après avoir étudié la carte de la ville, j’ai quitté la maison pour mettre au point mon plan pour vaincre l’ennemi.

Mon premier affrontement a eu lieu alors que j’avançais prudemment sur une route menant à l’extérieur de la ville et que j’ai finalement aperçu une position ennemie.

Comme toujours, mon oeil droit perçait l’horizon.

J’étais spécialiste des techniques de combat de nuit. Des soldats étaient en train de charger une mitraillette dans une tranchée. Je les ai surpris par derrière. En un éclair, j’ai lancé trois grenades et tiré avec ma mitraillette.

J’ai fait dix prisonniers que j’ai transférés à une de nos compagnies de tête.

Je suis revenu par le même chemin avec l’intention de fouiller tous les racoins de Zwolle. Il était encore tôt ce soir-là lorsque j’ai capturé douze isolés dans une rue.

Deux explosions, quelques tirs et beaucoup de bruit plus tard, j’atteignais mon objectif. Sur les douze personnes, trois étaient des civils. Encore une fois, je suis retourné sur mes pas pour les transférer à une autre de nos compagnies de combat, puis je suis revenu dans la ville et j’ai procédé de la même façon, une rue à la fois.

À quatre reprises, j’ai dû m’introduire de force dans une maison.

Chaque fois c’était la même histoire. Les gens avaient peur au début, mais dès qu’ils comprenaient qui j’étais, je savais que je venais de me faire des amis pour la vie. Je faisais ça uniquement pour me reposer et refaire le plein d’énergie. Je me souviens que je ne suis jamais resté plus que quelques minutes dans chacune des maisons. Et ensuite, je recommençais à patrouiller dans les rues.

L’église et la rivière me servaient de points de repère et je parvenais à sortir de la ville et à y revenir facilement sans me perdre. Sur une route à proximité de la rivière, j’ai arrêté le dernier groupe d’isolés que j’ai transféré à un avant-poste très proche du passage à niveau. Sur le chemin du retour, j’ai rencontré Frits Kuipers, un policier de grande taille, et deux autres hommes. Son épouse, qui parlait assez bien anglais et un peu français, m’a informé que les hommes faisaient partie de la résistance.

J’étais tellement heureux d’entendre cela. Rapidement, je leur ai donné des armes puisqu’ils n’en avaient pas. Je leur ai annoncé que leur ville, Zwolle, était complètement libérée des Allemands et que j’étais bien placé pour le savoir puisque tout le bruit, c’était moi qui l’avais fait. C’était probablement même cela qui les avait poussés à franchir la rivière. Je leur ai demandé de me suivre à l’intérieur de la ville et de m’aider à inciter les gens à sortir de leur maison, ou du moins à leur faire comprendre qu’ils étaient redevenus libres.

En peu de temps, j’étais entouré d’une foule grouillante. Ensuite, j’ai rencontré le maire et des dirigeants de la ville. Avec l’aide de quatre Néerlandais, j’ai ramené le corps de Willy au Colonel Tacherau dans une voiture d’état-major des forces allemandes. Je lui ai
dit qu’il pouvait maintenant faire défiler l’unité dans la ville, qui était maintenant
complètement libérée.

Étant donné qu’il devait attendre l’ordre de mouvement du niveau supérieur, il n’avait pas l’autorité de le faire. Bon nombre de soldats se sont mis à pleurer et pour la premières fois durant la guerre, j’ai versé des larmes aussi.

Je suis retourné seul dans la ville.


Léo Major, un héros inconnu se raconte…

J’ai trouvé ce texte sur Internet.

Léo Major au sujet de la libération de la ville de Zwolle

Durant la nuit où la Zwolle a été libérée, je ne ressentais aucune émotion particulière puisque, comme à mon habitude durant une patrouille ou un raid, j’avais fait le vide dans mon esprit. C’était pour moi la seule façon de combattre la peur et de ne penser à rien d’autre qu’à la victoire.

Du jour J, le 6 juin 1944, à mon dernier raid en Corée, cette attitude ne m’a jamais quitté. Survivre à tant de jours de guerre sans perdre l’esprit…

Le 13 avril, tôt en soirée, il y a eu un rassemblement.

Le Colonel Tacherau Gus, qui devint un de mes amis, était aux côtés du commandant de brigade. Ils étaient à la recherche de deux volontaires qui tenteraient d’atteindre les abords de la ville de Zwolle, pour ensuite y pénétrer et obtenir le plus d’informations possible de la part des habitants au sujet de la force ennemie. Ils avaient également ajouté que les chances de revenir d’une telle mission étaient, somme toute, assez minces.

Tout le long qu’il parlait, le commandant me fixait du regard.

Lorsque j’ai constaté que personne n’osait se porter volontaire, j’ai répondu au colonel que j’irais. Willy, qui était un très bon ami à moi, ne pouvait pas me laisser partir seul, alors il s’est également proposé. Tous les autres étaient tristes de nous voir partir puisque, à leurs yeux, nous foncions tout droit vers la mort. C’est à ce moment que je leur ai dit : « Les gars, ne vous en faites pas, nous allons libérer la ville ».

Nous avons débuté la patrouille à 21 h 30 le 13 avril.

Nous avons d’abord aperçu un avant-poste sur le bord de la route. Nous avons été capables de prendre les Allemands par surprise en arrivant par derrière, mais le bruit de nos mitraillettes s’est mis à nous préoccuper lorsque nous avons vu, peu de temps après, deux Allemands courir rapidement en direction de la ville.

À 22 h 30, nous sommes parvenus à la dernière ferme juste avant d’atteindre la périphérie.

C’est à cet endroit que nous avons rencontré Hendrick et son épouse qui se cachaient dans la cave. Au départ, ils avaient très peur de nous, mais ils ont vite compris que nous n’étions pas des Allemands. Ils ont été les derniers à voir mon ami vivant.

Nous avons essayé de leur soutirer des informations en leur parlant en anglais, en français ou avec des signes, mais en vain. Ils étaient aussi très nerveux et effrayés, j’imagine.

À la tombée de la nuit, au moment où nous nous apprêtions à quitter la ferme, j’ai remarqué à quel point les mains de Willy tremblaient. C’était un signe d’épuisement au combat. Je lui ai donc dit de m’attendre là s’il ne se sentait pas assez en forme, que j’irais seul dans la ville.

C’était peine perdue, il voulait qu’on reste ensemble jusqu’à la fin. J’étais loin de me douter que je venais d’entendre ses dernières paroles.

La suite demain…

Léo Major 1921-2008

Un de mes lectrices m’a envoyé un message concernant le caporal Léo Major…

Puis je suis allé fouiller sur Internet et j’ai trouvé ça…

Décès du Cpl (ret) Léo Major

C’est avec regret que nous vous informons du décès du Cpl (ret) Léo Major, décédé le 12 octobre 2008 à l’âge de 86 ans.

Il s’est enrôlé une première fois le 2 juillet 1940 à Westmount, Qc avec le Régiment de Maisonneuve.

Il faisait partie du régiment de La Chaudière quand il a fait le débarquement et quand il a libéré la ville de Zwolle. Il participa au débarquement du jour « J » en tant que tireur d’élite. Il combattit sur plusieurs théâtres en Europe, mais l’un de ses plus célèbres exploits eut lieu dans la nuit du 13 avril 1945 en Hollande, dans la ville de Zwolle, où il se mérita la DCM.

Après la fin du conflit, il fut libéré des Forces avec mention honorable.

Quand la guerre de Corée éclata, il s’enrôla à nouveau avec le Royal 22e Régiment, le 15 août 1950 à Québec, Qc.

En Corée, entre le 22 et 25 novembre 1951, le Cpl Major fit de nouveau preuve de courage dans la région de Kowang-Hi. Il commanda les membres du peloton des éclaireurs et canardeurs afin de rétablir les défenses du peloton 11 du 2e Bataillon.

Pour ces actes, il se mérita une barrette sur la DCM reçue au moment de la Seconde Guerre mondiale.

La famille recevra les condoléances jeudi le 16 octobre de 14h00 à 17h00 et de 19h00 à 22h00, ainsi que le 17 octobre de 09h00 à 12h00, de 14h00 à 17h00 ainsi que de 19h00 à 22h00 Et, le 18 octobre de 09h00 à 12h00 au salon La Maison Darche 7679, Boul. Tacherau, Brossard, (450) 676-6257. Par la suite un cortège se dirigera vers le Champ d’Honneur National, au cimetière Lakeview, 701 Donegani, Pointe-Claire où sera tenue une liturgie de la parole à compter de 13h00.

Le Drapeau Régimentaire sera mis en berne le samedi 18 octobre 2008.

Je vous en reparle demain… mais j’en ai parlé avant-hier sur mon blogue anglais et j’en ai reparlé hier.