Pic Picard

Un de mes lecteurs m’a envoyé récemment cet article de journal.

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Le Nouvelliste

TROIS-RIVIÈRES, MERCREDI 7 MARS 1945

Les aventures d’un pilote de Spitfire

« Vous êtes veinard de me trouver ici aujourd’hui » me dit le lieutenant d’aviation Fernand Picard, de Montréal (1244 Boulevard Gouin Ouest) pilote de Spitfire de l’escadrille City of Oshawa actuellement en Belgique. Je pars cet après-midi en congé de deux semaines. Je m’en vais faire du ski à Chamonix. C’est un coin de pays dont je rêve depuis longtemps. »

Picard a cinquante heures de vol en opération de guerre. Sans doute oubliera-t-il à la frontière suisse les dernières envolées au-dessus de la mitraille. Nous prenons le déjeuner ensemble nous causons longuement.

Cet aviateur montréalais est dans l’Aviation canadienne depuis octobre 1941. Il gradua à St-Hubert en 1943 et puis se rendit en Angleterre où il put parfaire son entraînement au vol de guerre. C’est en septembre dernier qu’il prenait part à une mission sur Arnhem, sa première et dont il se souviendra toujours.

« Pour une première opération ce fut dur » raconte-t-il. « II s’agissait pour nous d’exercer une surveillance étroite au-dessus d’un pont que des parachutistes allemands voulaient faire sauter. La Luftwaffe fut très active ce jour-là. Notre mission fut assez productive puisque le pont resta en place et que nous descendîmes sept F. W. 190. Un huitième fut assez endommagé.

—Quelles furent alors vos impressions?

— Oh je vous assure bien que j’étais trop occupé. Nous sortons de nous mêmes dans des moments pareils. Ce n’est qu’au retour que nous semblons réaliser vraiment ce qui vient de se passer.

Le lieutenant Picard a effectué toutes ses sorties vers l’Allemagne et au-dessus des objectifs les mieux défendus. Il est d’avis que le nouveau système de défense anti-avion des Boches est plus terrible qu’il y a un an. « Dans certains coins il fait chaud je vous l’assure. II leur est très difficile de nous atteindre nous autres tout de même. Ils frappent mieux les bombardiers. J’ai pris part à quelques missions en Ardennes belges récemment… »

— Tiens vous devez avoir quelque chose d’intéressant à raconter à ce sujet n’est-ce pas?

— Le temps n’a pas favorisé l’aviation en décembre et vraiment nous avons été retenus au sol longtemps. Un matin, le soleil réussit enfin à percer le brouillard et nous reçûmes l’ordre de nous rendre au-dessus de St-Vith. Il s’agissait pour nous de bombarder des concentrations de troupes et de détruire du matériel. Regardez ces photos, nous ne les avons pas manqués. Mais la flak était dense et bien dirigée. En fait nous étions partis cinq Spits et deux sont revenus. Je fus atteint sous le fuselage et lorsque que je revins à la base je m’aperçus que je ne pouvais descendre mes roues pour l’atterrissage. Il me fallait faire tomber mon réservoir auxiliaire d’essence et tenter un atterrissage sur le ventre. C’était la 1ère fois que je tentais l’expérience. Lorsque mon réservoir se détacha je demandai toute la piste et vogue la galère. Mon Spitfire épousa le sol de façon magnifique. Je me suis remis un petit verre de cognac ensuite.

—Mais en plus de ces missions d’attaque, est-ce que vous êtes chargé d’un autre travail les airs?

— Oui, nous faisons l’escorte des Mitchell et des Marauder. Voilà un travail intéressant. Nous ne rencontrons pas beaucoup d’avions ennemis et la besogne nous est plutôt facile.

Le lieutenant Picard aime son métier. II est heureux dans les airs et comme tous nos pilotes canadiens il est le premier rendu dans sa carlingue lorsqu’il s’agit d’aller démontrer aux Boches de quel bois se chauffent les nôtres.

—Vous étiez ici le 1er janvier lorsque les Allemands ont effectué leur raid sur les aérodromes?

— Oui j’y étais. Il est admis que ce fut une surprise, mais ils l’ont payé cher. Je ne crois qu’ils se risquent de nouveau car ils trouveront certains changements dans la réception.

TRANSLATION

Le Nouvelliste

TROIS-RIVIÈRES, WEDNESDAY, MARCH 7,1945

The adventures of a Spitfire pilot

« You’re lucky to be here today, » said Flying Officer Fernand Picard of Montreal (1244 Gouin Boulevard West), Spitfire pilot of the City of Oshawa Squadron in Belgium. I’m going on a two-week leave this afternoon. I’m going skiing in Chamonix. It’s a part of the country I’ve been dreaming about for a long time. »

Picard has 50 hours of flight time in wartime operations. At the Swiss border, he will no doubt forget the last flights over war-torn Europe. We had lunch together and talked for a long time.

This Montreal aviator has been with the Canadian Air Force since October 1941. He graduated in St. Hubert in 1943 and then went to England where he was able to perfect his flight training. It was last September that he took part in a mission to Arnhem, his first and one he will always remember.

« For a first operation it was hard, » he says. » We had to keep a close watch over a bridge that German paratroopers wanted to blow up. The Luftwaffe was very active that day. Our mission was quite productive as the bridge remained in place and we shot down seven F.W.190. An eighth one was quite damaged.

―What were your impressions then?

―Oh I assure you, I was too busy. We don’t think about anything at times like this. It’s only when we get back that we seem to realize what really happened.

Lieutenant Picard made all his sorties over Germany and over the best defended objectives. He’s of the opinion that the German’s new air defense system is worse than it was a year ago. « In some places it was hot, I assure you. It was very difficult for them to reach us anyway. They hit bombers better. I’ve been on some missions in the Belgian Ardennes lately… »

―Here you must have something interesting to tell about it, don’t you?

―The weather was good for flying in December and we were really struck for a long time on the ground. One morning, the sun finally broke through the fog and we were ordered to go over St-Vith. It was about bombing concentrations of troops and destroying equipment. Look at these pictures, we didn’t miss them. But the flak was dense and well directed. In fact we five Spitfires were sent and two came back. I was hit under the fuselage and when I came back to the base I realized that I could not lower my landing gear. I had to drop my auxiliary fuel tank and try to land on the belly. It was the first time I had tried this manoeuvre. When my drop tank came off I asked for the whole runway to land. My Spitfire touched ground in a beautiful way. I got myself a little glass of cognac after.

―But in addition to these attack missions, what other kind of work do you have in the air?

―Yes, we escort Mitchells and Marauders. That’s an interesting job. We do not encounter many enemy planes and the task is rather easy for us.

Lieutenant Picard likes his job. He is happy in the air and like all of our Canadian pilots, he is the first one in his cockpit when the time comes to show the Germans what kind of pilots our people are.

―Were you here on January 1 when the Germans raided the airfields?

―Yes, I was there. It was admittedly a surprise, but they paid a heavy price for it. I don’t think they’re going to risk it again because they’ll find some changes in the reception.  

Fernand Picard était surnommé Pic par Gordon MacKenzie Hill.

Pic Picard B.174

J’avais écrit un billet sur Souvenirs de guerre en espérant un jour retrouver un descendant.
J’ai finalement eu ma réponse…

Fernand Picard 1917-1986

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4 réflexions sur “Pic Picard

  1. Excellent !
    Une bouteille dans les airs donnent parfois le même genre de résultat qu’une bouteille à la mer, à ce que je constate…
    Tourlou !

    1. Oui mais ce n’est pas grave. J’aime honorer la mémoire de ces héros inconnus canadiens-français dont l’histoire a oublié les faits d’armes.

  2. Heureusement que tu le fais Pierre, parce que tu nous montres qu’une telle bouteille arrive parfois à destination…
    Tiens bon.

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