Blessent mon coeur d’une langueur monotone… – 7 juin 2014

Mis à jour le 13 mars 2022

Cliquez sur le lien ci-dessous pour lire ce que le fils de Georges-Henri Moffatt a écrit sur son père.

Georges-Henri Moffatt


Note

J’avais écrit sur ce blogue une série de billets sur les frères Rousseau de Montmagny.

1944 Maurice RousseauTombe provisoire de PhilippeRousseauPhilippe Rousseau parachutiste 1

Philippe Rousseau

Maurice Rousseau

Maurice Rousseau

 

Pauline Philippe et Marie Rousseau

 

famille de Lacasse Rousseau et Gabrielle Fafard

Ce qui suit a été écrit en  2010, et commémore le souvenir de Philippe Rousseau.

Je voulais l’éditer, car il comportait quelques erreurs.

C’était avant le commentaire de Marie Madeleine qui a découvert un des billets sur Philippe Rousseau.

Elle m’a laissé ce commentaire des plus touchants…

Bonjour je suis très touchée par vos récits je suis originaire de Douville en Auge et ma mère bientôt âgée de 81 ans était à Douville aussi avec sa famille. Elle se rappelle bien de ce qui s’est passé au moment du 6 juin 1944 avec les Canadiens. C’était non loin de Gonneville-sur-Mer et Grangues. C’était au lieu dit la maison blanche sur la commune de Douville en Auge, d’ailleurs aujourd’hui 7 juin 2014 je vais me rendre à Gonnevile-sur-Mer déposer des fleurs devant la plaque de ces soldats à qui nous devons la liberté. Je suis âgée de 38 ans et avant c’était mon père qui déposait des fleurs. Il est décédé l’année dernière. Donc à moi sa fille de faire un geste pour ces soldats.

Voici donc en rappel ce qui devait être mon dernier article sur Philippe Rousseau.

Début

Dernier article sur le lieutenant Philippe Rousseau, héros inconnu ou méconnu, je ne sais plus trop…

« Blessent mon coeur d’une langueur monotone… »

C’est le signal qui annonçait à la Résistance l’imminence du débarquement de Normandie…

On s’était quitté comme ceci lundi dernier…

Alors que ses hommes tentaient aussi bien que mal de se regrouper, le lieutenant Rousseau menait à bien la mission secrète qui lui avait été confiée, tout comme à deux autres hommes, l’ordonnance James George Broadfoot et le Caporal Boyd Anderson.

Le caporal Anderson explique ainsi leur mission :

[Traduction]

Le lieutenant Rousseau nous expliqua que la ville de Dozulé se trouvait à environ une dizaine de milles de notre zone de parachutage. Nos services de renseignements ne savaient que très peu de choses de cette commune. Elle était située sur une route principale menant vers la ville de Caen. Le nom du maire de Dozulé s’appelait aussi Rousseau, le même que mon officier. On pensait que le maire était sympathique à notre cause.

Le plan consistait à ce que le lieutenant Rousseau, l’ordonnance Broadfoot, et moi-même nous nous rejoignions le plus rapidement possible dans la zone de parachutage. Nous devions éviter tout combat et nous rendre immédiatement par quelque moyen que ce soit à Dozulé pour trouver le maire Rousseau. Par la suite, nous devions lui parler dans l’espoir de gagner sa confiance afin de savoir la position des troupes allemandes dans la région.

Le lieutenant Rousseau était très enthousiasmé à l’idée de cette mission, tout comme moi d’ailleurs, tout heureux d’avoir été choisi pour cette mission tâche dangereuse mais inhabituelle. Comme le lieutenant Rousseau, j’étais motivé pour la mener à bien. Ce que je ne savais pas par contre, c’est que lors de la première journée, le lieutenant serait tué aux premières lueurs du jour et que Broadfoot giserait mort dans le fossé l’après-midi suivant à quelques pieds derrière la haie où je me trouverais.

(Boys of the Cloud)


Ayant sauté en dernier de l’avion, le lieutenant Rousseau ne trouva que quatre de ses hommes, et il n’arriva à retrouver ni le soldat Broadfoot, ni le caporal Anderson. Il se dirigea immédiatement vers la maison la plus proche pour prendre des repères, et il s’aperçut en parlant avec ses habitants qu’il avait été parachuté à plus de vingt kilomètres à l’est de son objectif.

Cela ne le démina pourtant pas puisqu’il avait été parachuté plus près de son objectif que prévu. Le lieutenant pris alors immédiatement la direction de Dozulé pour remplir sa mission accompagné des soldats rencontrés.

Deux heures plus tard, les cinq hommes furent pris dans un feu croisé avec des soldats allemands et le lieutenant Rousseau et le soldat Oxtoby périrent sur le coup.

« Il est très possible que si le lieutenant Rousseau avait pris sa place dans le rang comme l’aurait fait tout autre officier, il n’eut pas été tué, mais comme d’habitude, il prenait soin de ses hommes avant tout et marchait à la tête de la petite troupe » raconte le soldat Irwin Willsey.

Les balles atteignirent les grenades à phosphore que portait le lieutenant Rousseau à sa ceinture et celles-ci s’enflammèrent.

Toutefois, les opinions divergent à savoir s’ils périrent des brulures ou des tirs ennemis. Deux des soldats les accompagnant réussirent à s’en tirer indemnes, alors que le troisième fut blessé et fait prisonnier peu après.

« Le lieutenant Rousseau était, je le répète un vrai soldat, un homme d’honneur, discipliné et je suis convaincu qu’il fit le maximum pour mener à bien sa mission sur Dozulé. S’il n’avait pas eu cet ordre, il serait resté dans les parages dans le but de retrouver le reste du groupe. »

Caporal Anderson (Gonneville-sur-Mer 1939-1944)

D’après mes recherches, il n’est donc pas certain si le lieutenant Rousseau a réussi à accomplir sa mission.

Comment le caporal Broadfoot l’a-t-il su ?

 


Selon le caporal Anderson, Philippe Rousseau serait mort le 6 juin, mais il n’était plus avec lui, car ils avaient été séparés lors du parachutage.

J’ai poursuivi mes recherches et j’ai trouvé un site Internet.

C’est celui de la commune de Dozulé en France, et une de leurs sections est dévouée à Dozulé et la guerre.

J’y ai trouvé cette page…


J’ai écrit deux fois à la mairie, mais je n’ai pas encore eu de réponse.

Je cherche aussi en entrer en contact avec la jeune guide pour valider toute l’histoire de la mort de Philippe Rousseau. De qui tient-elle toutes ses informations ?

Je n’ai pas encore eu de réponse.

Fin du billet…

À suivre?


Mis à jour le 9 mars 2020 avec ceci…

Hi there,

I wanted to thank you for the great page you have so kindly dedicated to my great uncles Philippe and Maurice Rousseau.

I grew up hearing their valiant stories which always remain with me.

Regarding the picture in which you originally believed to be Philippe (with his 2 sisters) was actually a soldier in Philippe’s division called Moffat (I have never seen the name spelled and I do not know much about him)

After Philippe was killed and the fighting died down, the rest of the platoon was captured including Mr. Moffat. He came by the family residence to tell the story of Philippe.

Interesting tidbit, Moffat and the rest of the platoon were moved to a prison camp in the mountains where they remained for quite some time. One of the German guards was looking for a skiing buddy and Moffat was his man. He spent a portion of his internment skiing. The German officer did say that if he tried to escape, he would be shot. Nevertheless, Mr. Moffat was able to tell our family of the heroism of Philippe.

The story I had been told was that Philippe’s battalion had been dropped at the wrong place. All of the soldiers were frightened as they eventually figured they were behind enemy lines. Philippe insisted on leading the platoon. That is when a German ambush killed him. 

With regards to Maurice, I have heard various accounts of what had happened. His mission was to meet up with a Maquis agent also named Rousseau who would have been a distant relative. They never had the chance to meet as the Maquis agent had already been killed by the time Maurice arrived.

The story about the priest showing the room to the German soldiers, I had been told that Maurice was hiding behind the door that the priest had just opened. He had his knife in hand. The Germans had checked several rooms and had asked about the one that Maurice would be in. The priest insisted on showing the Germans the room in question. Due to the instance of the priest, the Germans only took a peek inside the room instead of the more thorough verifications that had been done in other rooms.

In any event, I heard that Maurice died while providing cover to other allied soldiers. Another story I heard was that he did not die  but was wounded and captured. He would have been likely tortured for info and would have been executed as part of Hitler’s “Commando order”. However, I do not know if this is true, just what I have heard and read.

On a side note, both men were against the draft as they thought no-one should be forced to go to war. They were volunteers.

In any event, it is nice to see these young brave men remembered and honored. Me and my family truly appreciate this.

Have a wonderful day.

Best regards,

Daniel

 


Hi Pierre,

Thank you for your response.

No credit is needed, but you can if you want.

How would I find your blog, I just stumbled on your web page when looking up my great uncles?

In any event, I attached a picture of Philippe with my mom and uncle. While there is no year for the picture, this I am told, may have been one of the last times that my mom would have seen her uncle. I have been told that this may have been taken shortly before Philippe’s final departure to Europe.

Last tid-bit;

My mom remembers waking up one morning to find her dad (Philippe’s older brother Jacques) crying. He was holding 2 letters, which would have been from the military. The 1st letter was the news that Philippe had been killed in combat. The 2nd letter stating that Maurice was missing and the worst was feared. My poor grandfather found out that he lost 2 brothers in a single day. It was one of the most striking moments of my mom’s life as my grandfather was not at all prone to publicly emoting.

Among my mom’s things are the silver “Airborne” division wings pin. This was one of my mom’s most precious belongings. 

Again, thank you for your work 

Have a fantastic day.

Kindest regards,

Daniel

 

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Philippe Rousseau, un héros inconnu et méconnu de Montmagny ?

Ce commentaire a été ajouté ce matin à ce billet écrit en 2010.

Bonjour je suis très touchée par vos récits je suis originaire de Douville en Auge et ma mère bientôt âgée de 81 ans était à Douville aussi avec sa famille. Elle se rappelle bien de ce qui s’est passé au moment du 6 juin 1944 avec les Canadiens. C’était non loin de Gonneville-sur-Mer et Grangues. C’était au lieu dit la maison blanche sur la commune de Douville en Auge, d’ailleurs aujourd’hui 7 juin 2014 je vais me rendre à Gonnevile-sur-Mer déposer des fleurs devant la plaque de ces soldats à qui nous devons la liberté. Je suis âgée de 38 ans et avant c’était mon père qui déposait des fleurs. Il est décédé l’année dernière. Donc à moi sa fille de faire un geste pour ces soldats.

Original

Je ne vais pas réinventer la roue.

Je vais ajouter d’autres photos que j’ai trouvée, dont celle de la compagnie B du 1er bataillon canadien de parachutistes et  laisser notre jeune blogueuse ce matin vous parler de Philippe Rousseau…, mais quand j’aurai fini de parler des frères Rousseau, je vais vous parler d’elle .

Lieutenant Philippe Rousseau

2 mai 1921 – 6 juin 1944

Décédé à Gonneville-sur-Mer, Calvados, France

Philippe Rousseau est né à Montréal, mais demeurait à Montmagny, près de Québec. Il était le fils de Lacasse Rousseau, ingénieur-électricien et de Gabrielle Fafard.

Il venait d’une famille de 14 enfants, 12 garçons et 2 filles. Parmi ceux-ci se trouvait le Lieutenant Maurice qui faisait partie du Special Air Service (SAS), Jacques, directeur du Jardin Botanique de Montréal, et ses deux sœurs étudiantes en médecine, Pauline et Marie, sur cette photo prise après la guerre avec un ami de Philippe ou de Maurice.

Philippe Rousseau intègre le Régiment de la Chaudière à Lévis avant de s’enrôler dans le Premier Bataillon de parachutistes dès sa création en juillet 1942. Il est déjà officier, ayant gradué du Royal Military College de Kingston avec Maurice. Il se qualifie comme parachutiste à Ringway en Angleterre à la fin de 1943, peu après son frère. Sur la photo, Philippe est à gauche et Maurice à droite, alors tous deux membres du Premier Bataillon de parachutistes canadiens.

Philippe et Maurice Rousseau

Durant l’hiver 1944, il succède à son frère Maurice comme officier de la section 4 de la compagnie B.

Compagnie B


Il ne parle alors que peu l’anglais mais apprend très rapidement. Il parlera toujours dans des élans passionnés que ses hommes n’oublieront jamais.

Maurice s’est quant à lui engagé dans le SAS, le Special Air Service, abandonnant son grade de capitaine pour redevenir lieutenant.

« Il avait hâte d’en découdre avec l’ennemi et il n’avait aucun moyen de savoir quand le débarquement aurait lieu. » (A Rising of courage)

Le SAS est une unité de parachutistes britanniques faisant partie de commandos spéciaux. Leurs missions sont toujours périeuses et consistent à effectuer du sabotage, à voler les banques pour fournir de l’argent allemand aux alliés ou encore à attaquer des convois, le tout derrière les lignes ennemies et coupé de tout renfort. Les SAS nuisent tellement aux Allemands qu’Hitler a ordonné que tout membre du SAS fait prisonnier soit immédiatement abattu.

À lundi prochain…

Les sanglots longs des violons de l’automne.

Fin du billet original

Je vais écrire à Madeleine afin d’en savoir plus sur le lieutenant Rousseau et sur le devoir de mémoire de cette famille française.

Pilote de Mosquito… 5 décembre 1944: Prise 2

Un petit rappel en ce jour de la première mission d’Eugène Gagnon dont j’ai cessé d’écrire les souvenirs de guerre sur mes blogues.

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Vous vous rappelez sans doute  de la première mission d’Eugène Gagnon sur Mosquito.

Cliquez ici.

J’ai maintenant  ses 33 missions grâce au neveu du Flight Lieutenant Frank Thomas qui m’a écrit cette semaine.

Cliquez ici

On est donc le 5 décembre 1944, vers 17 heures à Little Snoring.

Eugène va finalement réaliser son rêve.

Piloter le fameux Mosquito. 


L’année d’avant il était encore à Paulson, au Manitoba comme staff pilot. C’est lui qui pilotait les appareils pour entraîner les navigateurs et les mitrailleurs qui iraient rejoindre les forces  aériennes combattant outre-mer.


Il est maintenant 17 h 30. La nuit est tombée depuis plusieurs minutes.

Eugène Gagnon monte lentement l’échelle et prend place dans la carlingue d’un des avions les plus performants et les plus redoutables de la Seconde Guerre mondiale.

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Son navigateur R.C. Harris le suit et prend place à ses côtés.

Un navigateur anglais  à  son 2e tour d’opérations. Ils formeront équipe. C’est leur première mission ensemble. Ils en feront 33, la plupart au-dessus de l’Allemagne, toutes de nuit.

Cette mission est spéciale. On l’appelle la Freshman missionC’est une mission facile au-dessus de Zuider Zee en Hollande. Question de prendre un peu d’expérience avant de se lancer dans la bataille.

Le Mosquito n’est pas un appareil facile à piloter, mais il est rapide et agile. Les Allemands surnomment les pilotes de Mosquitos les « bandits de la nuit »…

Ils traquent les chasseurs de nuit allemands qui attaquent les bombardiers de la RAF  et de la RCAF.


Seuls les meilleurs pilotes volent sur des Mosquitos.

Eugène a pu compter sur les conseils de nombreux pilotes expérimentés dont George Stewart, un autre Canadien, qui terminera bientôt son tour d’opérations.

Paul Beaudet, un autre Canadien-français, est le navigateur de Georges Stewart.

George et Paul ont volé ensemble pendant 50 missions. Ils n’ont jamais été blessés.

Eugène est le petit nouveau de l’escadrille 23 basée à Little Snoring.

C’est là qu’il fait la rencontre de Tommy Smith.

Tommy se fera descendre dans la nuit du 16 au 17 janvier 1945 et sera atrocement brûlé.

Cliquez ici.

Eugène a peur comme tous les pilotes et les navigateurs de l’escadrille avant le départ.

Cette peur s’estompera quand le Mosquito aura pris son envol.

Cette mission sera sans incident, mais il ne le sait pas.

Eugène ne sera jamais blessé.

Il trouvera la mort au Québec en octobre 1947 en essayant de poser en catastrophe un petit hydravion monomoteur.


Mais ça il l’ignore.

Il ignore aussi qu’on parlera de lui un jour sur l’Internet.

Épilogue

Depuis le fils de son navigateur R.C. Harris a partagé les souvenirs de guerre de son père, tout sauf deux pages du logbook qu’il avait mal numérisées. Après plusieurs tentatives de les avoir, je me suis dit qu’il trouvait peut-être que j’étais trop passionné par l’histoire de ce pilote de Mosquito, un petit Canadien français de Bromptonville.

Il avait peut-être raison.

Ghislaine Laporte n’a jamais oublié son premier amour…

Ghislaine Laporte n’a jamais oublié son premier amour, Eugène Gagnon

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Texte de Jacques GAGNON

«On n’oublie jamais son premier amour», déclare d’emblée Ghislaine Laporte avant même de commencer à parler de son fiancé Eugène Gagnon, qui se tua dans l’écrasement de son avion, le 21 octobre 1947.

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Ils devaient se marier quelques jours plus tard.

Pour la majorité de ceux qui s’intéressent à son glorieux passé de pilote de Mosquito pendant la Deuxième Guerre mondiale, Ghislaine Laporte, c’est la fiancée. Sauf ses proches, rares sont ceux qui en connaissent davantage au sujet de celle qui s’apprêtait à unir sa destinée au héros de Bromptonville.

Je suis le neveu d’Eugène Gagnon. Je rencontrai Ghislaine à quelques reprises au cours des dernières années. J’allai chez elle, elle vint chez moi avec son dernier mari, Roger Charest. Ma femme Colette l’avait rencontrée lorsqu’elle était étudiante dans la même classe que sa sœur Huguette. Malgré tout, je ne savais presque rien de la fiancée.

C’est avec l’idée de mieux la connaître que je me présentai à son appartement, à Sherbrooke, le 8 janvier dernier, accompagné de Colette. En même temps, je savais que cette femme de 85 ans pouvait me révéler des aspects inédits de la vie trop brève de mon héros. Je dois reconnaître qu’elle fut généreuse et me combla.

Commençons par le début, soit leur première rencontre. Laissons-la raconter.

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«C’était en 1946. J’ai rencontré Eugène par hasard à la Chambre de commerce. Je sortais avec l’avocat Trottier, de Victoriaville, qui était président. Il y avait un congrès. Eugène était là en compagnie de Françoise Delisle. Je connaissais Françoise. Je suis allée parler à Françoise.»

Il n’en fallait pas davantage pour amorcer cette relation qui devait conduire au mariage. Il est facile d’imaginer que le pilote capta immédiatement dans son collimateur cette jeune beauté de 19 ans qui apparaissait devant lui. Quant à elle, plus de 65 ans plus tard, elle s’extasie devant les photos de son fiancé. «Yé-tu beau!» répète-t-elle.

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C’était une combinaison gagnante : un authentique héros comme prétendant et une ravissante dulcinée dans l’autre rôle.

La suite est facilement prévisible.

 

Fiançailles

«On s’est fiancés en septembre 47 et on devait se marier en novembre. Maman avait fait une belle réception chez nous. J’étais la première qui se fiançait à la maison. Elle était contente.»

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En homme prévoyant, Eugène avait rencontré le notaire J. Adélard Ouellet, de Bromptonville. Il est le père de Gilles, qui allait devenir archevêque de Rimouski. C’était pour le contrat de mariage et son testament.

Le couple voyait la vie en rose. «Eugène avait acheté de beaux terrains, à Bromptonville. Il me les avait montrés. La vue était très belle. Il projetait y construire une maison.»

À ce moment, Eugène occupait le logis qu’il avait partagé avec sa mère Georgina, au-dessus d’un commerce, toujours à Bromptonville. Cette dernière, décédée quelques mois plus tôt, s’occupait alors de sa petite-fille Carmen, dont la mère, Cécile Tremblay, était décédée quelques mois après sa naissance. Une des sœurs d’Eugène avait pris la relève.

Cécile Tremblay fut inhumée sur le même lot que le père et la mère d’Eugène. Les circonstances voulurent que plus tard, Eugène repose au côté de sa belle-sœur.

 «Eugène était bon pour Carmen», tient à préciser Ghislaine. «Il l’aimait comme sa fille. Il était également bon pour sa mère.» Il n’est donc pas étonnant de retrouver la petite Carmen sur plusieurs des photos sur lesquelles figure Eugène. On devine une certaine complicité entre les deux sur quelques-unes.

Son frère Dorilas, sa fille Carmen et le fameux trophée

Au cours d’une rencontre subséquente, elle confie : «Il aimait beaucoup les enfants et il désirait en avoir plusieurs.» 

La dépouille du héros fut exposée dans l’appartement décrit précédemment. C’est également là que sa mère fut exposée. C’était coutume courante à l’époque. Le couple devait occuper temporairement ce nid en attendant la maison. «On commençait là», de commenter Ghislaine.

Parlant de Georgina, elle raconte qu’elle aidait Eugène à faire des sandwichs que sa sœur apportait ensuite à Sherbrooke pour les vendre dans une usine. Poursuivons dans la bouffe. De ce côté elle le considère comme un gars facile.

«Il était une bonne fourchette, mais c’était correct, considérant ce qu’il avait pu connaître pendant la guerre. Il aimait ça bien manger. Je pense que sa mère était une bonne cuisinière.»  

   

Voyage de noces

Le couple avait-il planifié un voyage de noces?

«Il n’en avait pas encore été question au moment de l’accident. C’était secondaire. Nous aurions probablement fait un petit voyage avec l’idée d’en faire un autre un peu plus long plus tard. Nous avions d’ailleurs décidé de faire un mariage sobre.»

La conversation dévie ensuite sur la bague de fiançailles.

«Il m’avait acheté une belle bague. Il l’avait prise chez Skinner & Nadeau (bijouterie de Sherbrooke). Le diamant était beau. C’est ma sœur Suzanne, qui habite à Porto-Rico, qui l’a. Ça fait 42 ans qu’elle vit là-bas.»

Intrigué, je veux approfondir. Elle explique sans hésiter.

«Il y a trois ou quatre ans, peut-être cinq, j’ai fait le ménage dans mes bijoux et je l’ai retrouvée. J’aurais eu de la misère à la porter. Je l’ai donc envoyée à ma sœur.» Après une certaine hésitation, elle ajoute : «Je pense à la rappeler.»

Fait à remarquer, elle utilise uniquement le prénom de son fiancé. Jamais elle ne l’appelle par ses surnoms de Tibé,  Babe ou Gene. Tibé était le plus populaire. C’est encore le cas. Pour moi, il a toujours été mon oncle Tibé.

C’est intéressant de l’entendre se remémorer leurs fréquentations. C’était vraiment une autre époque.

«Tu sais que les parents étaient sévères dans ce temps-là. Il fallait rentrer de bonne heure, à 11 heures. Nous autres on ne pouvait pas veiller tard. Je ne suis pas beaucoup sortie avec Eugène passé 11 heures. Il fallait que maman sache où ses enfants allaient. Ce n’était pas toujours intéressant», reconnaît-elle.

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Si ce régime lui déplaisait, imaginons ce que pouvait en penser celui qui avait connu la vie tumultueuse de ces pilotes qui, à chaque mission, se demandaient s’il y aurait un lendemain pour eux.

Héros ou pas, la mère de Ghislaine était intraitable. «Si tu arrives avec un paquet, tu repars avec un paquet», proclamait sa mère. C’était une façon pour le moins colorée d’avertir ses filles qu’elle ne désirait pas en voir une enceinte avant le mariage. 

 

Baptême de l’air

Puisque son futur était un pilote légendaire, parlons avions. Est-elle déjà montée avec lui?

«Deux fois au moins, peut-être trois. On partait de Saint-François. La première fois il m’a donné un tour pas tellement grand mais assez pour que je sache. C’était un petit avion à deux places, un en avant de l’autre. J’avais aimé ça. C’était mon baptême de l’air. J’avais peur de l’avion mais il a été correct. J’étais chanceuse de l’avoir comme pilote mais je n’ai pas été chanceuse parce que je l’ai perdu vite. Ça m’a fait mal.»

Elle fait sans doute allusion au Piper J-3 qu’il utilisait à l’occasion  et dans lequel j’eus l’occasion de voler au moins une fois, assis sur les genoux de mon diminutif  paternel. Il mesurait cinq pieds et trois sur un gabarit plutôt mince. C’était sans doute pour me faire plaisir, car mon cher papa n’était pas porté sur la chose, très loin de là. Voir oncle Tibé jouer constamment avec une manette au plafond, à sa gauche, m’avait beaucoup intrigué. Ce n’est que plus tard que je sus qu’il s’agissait du compensateur (trim tab).

En 1947, monter dans un avion relevait de l’exploit, exploit qui grimpait d’un cran lorsque le pilote s’appelait Tibé Gagnon. Voler avec Tibé, selon la légende, permettait de se targuer d’une témérité frôlant l’irresponsabilité. Il ajustait cependant son comportement selon le potentiel de ses invités. Par exemple, il pouvait être exemplaire avec la mère d’un copain.

Ghislaine se souvient d’un spectacle que notre héros donna à Sherbrooke et qui contribua sans doute à alimenter la légende.  

Une question me brûle les lèvres. Parlait-il de la guerre?

«Oui, il m’en parlait. Oui, oui. Il était heureux d’être de retour. Il était fier de ses exploits. »

Eugène Gagnon

Maintenant abordons le sujet de l’homme. Colette m’aida à préparer une série de questions plus sensibles sur l’aspect humain de ce personnage plus grand que nature.

«Il devait avoir beaucoup d’amis», que je lui demande?

Elle répond aussitôt par une question qui provoque le rire: «Hommes ou femmes?» Elle enchaîne : «Il était dans la Chambre de commerce. Il était entouré. C’était un gars jovial.»

Était-il un bon danseur?

Il s’ensuit un «oui» très convaincant, avant de poursuivre: «Il était beau et il était flirt. Il y a des hommes flirts comme il y a des femmes flirts. C’était un homme de plaisir. Il avait toujours une conversation intéressante. Il avait toujours quelque chose à raconter.»

Était-il romantique?

Elle répond par un autre «oui» bien senti, précisant : «C’était mon premier cavalier

Avant la guerre, comme en témoigne une coupure de presse, Eugène était un joueur de hockey convoité, d’où la question : a-t-elle déjà patiné avec lui. Sa réponse négative laisse croire qu’après la guerre ses patins seraient restés dans son sac d’équipement.

Au fil de la conversation, je lui parle de J.A. Desfossés. «Le guérisseur?» qu’elle demande. Elle connaissait Desfossés, comme la majorité des gens de sa génération, mais elle ignorait qu’Eugène fut son secrétaire particulier et qu’il le donnait en référence lorsqu’il s’enrôla volontairement dans les Forces de l’air.

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Difficile d’éviter la question de la religion. Les textes qu’il  publia dans sa revue La Canadienne permettent d’affirmer qu’il était croyant, de même que son comportement dans le cockpit du Seabee dans les minutes précédant le crash. Ajoutez à cela le crucifix accroché au-dessus de la porte de mon bureau, qu’il tailla au couteau alors qu’il était étudiant. Lorsque Ghislaine apprend que je possède en plus deux livres de prière lui ayant appartenu, elle me demande de les lui prêter, ce que je fis. L’un d’eux, un minuscule livre destiné aux militaires au combat, l’intéressa plus particulièrement.

         

La dernière rencontre

Cela nous amène inévitablement à leur dernière rencontre.

«Je l’avais vu l’avant-veille. Je savais qu’il partait. Nous devions assister à un concert le soir de son retour. Il est mort le mardi. Je l’avais vu le dimanche. Il a dû venir chez nous. On a dû veiller à la maison.»

Tel que prévu, elle se rend au concert sans son pilote.

«J’étais au Granada (cinéma de Sherbrooke). À 11 heures, on annonce qu’un avion s’est écrasé. On a commencé à en parler. J’étais de retour à la maison quand j’ai su ce qui était arrivé. Je suis allée à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul (à Sherbrooke) avec papa et maman. Le corps était là. Il portait une camisole d’un blanc immaculé. Il y avait un trou sur le côté. On aurait dit que quelque chose était rentré à cet endroit.»

Après un long silence elle laisse tomber l’inexorable et cruel verdict: «C’est bien pour dire… Survivre à la guerre et venir mourir pas loin de chez lui.»

Hélas! un autre choc l’attendait, douloureux.

«Le lendemain de son décès, j’ai reçu une lettre de lui. Il m’envoyait un coupon pour que j’aille me faire photographier. Il y avait un mot pour me dire de sourire. Je cherche cette lettre et je ne la retrouve plus. C’était chez Boudrias, sur la rue King ouest. Je n’ai pas besoin de te dire que je n’ai jamais fait prendre ma photo.»

Nombreux sont les amis et les membres de la famille à se rendre sur les lieux de l’accident où la carcasse tordue du Seabee était dispersée en bordure de la rivière Watopeka. Était-elle du nombre? «Non, jamais.» J’ai cru comprendre que personne ne l’avait invitée, chose qu’elle n’apprécia pas.

Quant à moi, mon père m’y avait emmené, malgré mes cinq ans. Je suis d’ailleurs photographié parmi les débris.

 

Funérailles

Arrivent les funérailles, une grandiose cérémonie d’une ampleur rarement vue à Bromptonville, village de la banlieue de Sherbrooke. L’église était remplie au-delà de sa capacité pour cet hommage civique et militaire. Le Sherbrooke Daily Record évalue à quelque 2 000 le nombre de personnes présentent pour le service et à 3 000 les spectateurs massés le long du trajet du cortège. Il me semble y avoir eu inflation.

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Le paroxysme de la cérémonie religieuse survient après l’Élévation lorsque le sergent Carrol Hodge, de l’escadrille 67 des Cadets de l’air, fait vibrer le temple dédié à Sainte-Praxède, en sonnant au clairon les honneurs militaires.

«Ça arrache tout», se rappelle Ghislaine en grimaçant.

Malgré mes cinq ans je n’oubliai jamais ce son déchirant qui vous pénètre comme une baïonnette.

Une jeep militaire complètement couverte de gerbes de fleurs précède le cortège. Suivent de nombreux militaires lourdement décorés et la foule. La mise en terre est également chargée d’émotions.

L’abbé Léon Drapeau, aumônier de la Légion canadienne, bénit la fosse et ébranle la foule : «Devant cette tombe de héros qui combattit durant la dernière guerre, sur les fronts d’Europe, d’un pilote qui jusqu’aux derniers instants, fut pour vous un exemple vivant de courage et de ténacité, prions pour que son âme, délivrée de son corps, puisse voler encore plus haut, vers Dieu, son Créateur.»

La cérémonie se termine par une autre performance du sergent Hodge, pendant que des militaires déposent des coquelicots sur le cercueil.

C’en est trop pour la frêle jeune femme dont l’univers vient de s’effondrer.

«Mes parents m’ont envoyée pendant deux semaines chez une de mes tantes à Montréal parce que je pleurais tout le temps.»

Elle n’était cependant pas au bout de son chagrin, car à son retour la famille du héros avait coupé tous les ponts. «J’aurais aimé ça garder le contact, échanger, recevoir des téléphones de la famille, partager des souvenirs. Rien.» Elle aurait apprécié recevoir au moins un exemplaire de son livre, La Canadienne.

Soixante-cinq ans plus tard elle était toujours amère, jusqu’à notre rencontre du 18 janvier, alors que Colette et moi lui avons remis un album de 40 pages de photos et de documents intitulé Mon fiancé.

Jacques et Ghislaine

J’y reviendrai. Il faut lire entre les lignes pour connaître l’origine de cette friction à sens unique. Je crus comprendre que certains membres de la famille craignaient qu’elle intervienne dans la succession.

«L’avocat Rousseau voulait m’aider mais mon père ne voulait rien savoir», explique-t-elle.

L’histoire s’arrêta donc là. Difficile d’en apprendre davantage, car cette génération est éteinte.

 

Disparition d’une bague

Il y a plus. Pour la première fois, j’entends parler de la bague militaire que l’embaumeur avait glissée à un de ses doigts et qui n’était plus là à la fermeture du cercueil. «Elle est disparue. Quelqu’un l’a prise. Je n’ai jamais pu savoir qui. C’était un souvenir.» Elle me demande si je suis au courant et si je peux lui apprendre quelque chose.

Plus tard, je lui montre une photo d’Eugène en compagnie d’une charmante jeune femme. Plusieurs personnes croient qu’il s’agit d’elle-même. Ce n’est pas le cas. «C’est une belle fille», reconnaît-elle cependant. Cette photo fut prise avant la démobilisation du pilote, le 28 décembre 1945, car il porte son uniforme de Flight/Lieutenant. Soudain, elle reconnaît la bague militaire à l’annulaire de la main droite du héros.  

En résumé, Ghislaine ignorait presque tout des événements suivant les funérailles. Ses albums ne contenaient qu’une seule et unique photo d’elle et de son Eugène, prise le 14 décembre 1946, avant un bal.

Grâce aux talents d’archéologue de Pierre Lagacé, elle connaît maintenant les moments les plus croustillants de la carrière du dangereux pilote de Mosquito. Elle sait enfin pourquoi on le gratifia de la prestigieuse Distinguished Flying Cross.

DFC

Quant à moi je nourris ses souvenirs avec de nombreuses photos d’oncle Tibé, dont j’héritai.

À la fin de notre première session de brassage du passé, le 8 janvier dernier, elle était émue mais contente. «Ç’a brassé»,  avoua-t-elle, après s’être retirée un instant dans sa cuisine.

Une deuxième session suivait, le 18 janvier, au cours de laquelle nous lui remîmes l’album. Il contient entre autres des photos prises dans le bois alors que son fiancé, sur un brancard est encore vivant, ensuite mourant et finalement recouvert d’une couverture. C’est à sa demande que nous lui fîmes des copies. Son argument était sans équivoque : «J’ai vu son corps à l’hôpital.» Donc…

Je lui remis également une copie d’un texte que j’avais préparé pour le 50e anniversaire du crash. Pour l’occasion j’avais retracé trois secouristes ayant participé à l’évacuation des blessés. L’un d’eux racontait les derniers moments du valeureux pilote, jusqu’à son dernier souffle.

Même si elle désirait tout savoir, je craignais les réactions de la fiancée.

 

C’est positif

Rassurez-vous. Sa réaction s’avéra des plus positives comme en témoigne la suite.

Le téléphone sonne à 10 h 30,  dimanche, le 20 janvier dernier. J’ai peine à croire ce que j’entends. Ghislaine désire nous remercier, Colette et moi, «de lui avoir enlevé une épine qui la tourmentait depuis 65 ans».

«Il y avait des choses que j’avais toujours en tête et que je n’avais pas encore pu régler. Maintenant, grâce à votre album, je me sens beaucoup mieux.»

album 001

Elle s’apprêtait à partir pour assister à la messe du premier anniversaire du décès de son dernier mari, à 11 h 30. «Je pars avec mon album. Je l’apporte ensuite chez mes sœurs.»   

Après une brève hésitation, elle mentionne avant de clore: «J’ai lu ton histoire sur l’accident, hier soir. Je dois t’avouer que j’ai pleuré.»

Je raconte à Colette, qui ajoute : «Tu aurais pu lui dire que toi aussi la fin t’a fait pleurer lorsque tu as relu ton texte.»

Il se souvient…

Mario Hains avait déjà collaboré à mon blogue Souvenirs de guerre. Il m’avait parlé de son oncle Fernand Hains mort au champ d’honneur.

Mario vient de m’écrire ce texte sur la vie militaire de son père Roland Hains.

 

Roland est né le 19 mai 1924 à Sherbrooke. Il a résidé sur la rue Mont Plaisant jusqu’en 1930. Il a étudié au collège du Sacré Cœur de 1935 à 1941.

Il s’est enrôlé volontairement à Québec en 1943. Il fut transféré au camp militaire de Borden en Ontario pour l’entraînement de conducteur et policier militaire. Départ pour Halifax à bord des trains tirés par les locomotives du type 6000 du Canadien National pour traverser vers l’Europe à bord du paquebot Empress of Scotland en mars 1944. Il m’a conté que les convois des navires faisaient des zig-zags pour dérouter les sous-marins allemands. Rendu aux îles d’Angleterre,  les navires ont passé par le détroit de Saint-Georges pour arriver au port de Liverpool. À ce moment, il n’a pas eu le temps de visiter l’Angleterre, mais il a eu le temps après la guerre en 1946.

Il est ensuite parti pour le camp d’Aldershot près de Southampton pour le service de surveillance lors du débarquement jusqu’au 11 Juin 1944. Ensuite c’est le départ pour (Gold) Arromanches en Normandie.

« Nous étions tous anxieux et encouragés de connaître ce que l’avenir nous revervait rendu au front. » C’est alors que 19 jours plus tard qu’il apprit le décès de son frère Fernand à la Mare d’Anguerny avec ses collègues de combat du régiment de la Chaudière.

Il m’a dit qu’il fut comme un orphelin en Europe en sachant que son frère était mort au champ d’honneur. Il faut dire que les troupes canadiennes furent les premières à débarquée et se lancer à l’assaut. Roland fut impressionné par les tirs des V1 et des V2 que les Allemands lançaient vers l`Angleterre, leurs sons étaient assourdissants et semaient la terreur parmi la population.

Mon Père se souvient de plusieurs anecdotes tristes et même farfelues lors d’avance des troupes vers la Belgique et la Hollande. Comme un major qui avait mis les pieds dans une bouse de vache en Hollande ainsi qu’un drapeau de l’union des forces alliées qu’il avait fait lui-même et qu’il avait mis derrière le Meneken Piss.

collection Mario Hains

Quelquefois les troupes avançaient avec ardeur. De ville en ville que nous libérions, les gens nous saluaient avec des larmes de joie.

collection Mario Hains

Ce n’était pas évident de comprendre les langues du Nord de l’Europe. En arrivant en Allemagne ce fut un tout autre spectacle. Il a traversé la vallée de la Rhur à bord d’un bombardier Avro Lancaster. Il fut blessé à Varel quand il a transporté un baril de bière qui lui coupa le majeur.

Étant policier militaire, il a vu certaines horreurs que les autres n’ont pas vus et les droits de passage vers les lignes interdites.

collection Mario Hains

Il a dû témoigner souvent en faveur des Alliés. Après la guerre, il a conduit des locomotives et a aidé à certaines reconstructions. Il a bien aimé visiter Paris et il se rappelait toujours de son frère aîné enterré au cimetière de Beny Reviers. Il a visité la Grande-Bretagne jusqu’à la frontière de l`Écosse.

Il est revenu en mars 1946 à bord du paquebot RMS Aquitania avec Raoul (Ti-Bull) St-Cyr qui fut infirmier militaire. Au moulin et ailleurs, des années après, quand mon Père rencontrait Raoul, il lui lançait un bon salut en disant (L’Aquitania, ce fut le bon temps, Yeah!)

Je suis bien fier d’être son fils grâce au courage qu’il a eu, d’avoir contribué à donner la liberté à ceux qui étaient prisonniers tout en défendant son pays.

Il m’a dit un jour : « J’ai fait mon devoir, mais le véritable héros, c’est ton oncle. »

Nous pouvons vivre en paix aujourd`hui grâce à ceux qui ont laissé leur vie. Notre patrie se souvient des héros qui nous ont protégé et défendu. Ce qui fait du Canada un des pays les plus libres et démocratiques au monde.

collection Mario Hains

Il se souvient…

Le devoir de mémoire

Le comité du Patrimoine de Bromptonville a raté une belle occasion d’honorer la mémoire d’un fils de Bromptonville.

Je viens d’apprendre de sources sûres que le projet de monument en honneur d’Eugène Gagnon a été refusé ou mis sur la glace.

Le comité devait sûrement avoir de bonnes raisons qu’on ignore pour refuser le projet.

Tibé Gagnon, pilote de Mosquito qui a fait 33 missions au-dessus de l’Allemagne dans l’escadrille 23 de la RAF, mériterait qu’on honore sa mémoire.

La vie est ainsi faite…

un héros méconnu de Bromptonville…

La mort aussi…

L’article mentionne même qu’il n’a jamais volé outre-mer!

Ma visite à Bagotville

C’est vendredi que j’ai assisté à l’inauguration de l’exposition 2012 du Musée de la Défense aérienne de Bagotville.

Une petite déception m’attendait.

La partie à laquelle j’avais collaboré n’était pas encore prête. 

Elle raconte l’histoire d’un groupe de pilotes de chasse de l’escadrille 23 de la RAF. Un de ces pilotes était le Flight Lieutenant Eugène Gagnon, un petit Canadien-français de Bromptonville.

1921-1947 

J’ai abondamment parlé de ce héros méconnu sur ce blogue, mais surtout sur celui dédié entièrement au 23 Squadron.

Si la vie nous amène parfois de petites déceptions, elle nous apporte aussi de grandes joies.

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Harry Hardy DFC

Un autre pilote de Typhoon.

Son petit-fils Richard lui rend hommage.

Mon article sera publié demain sur mon blogue de l’escadrille 128 de la RCAF.

Ce blogue est écrit en anglais. L’article raconte comment j’ai abouti à connaître l’histoire de ce pilote à partir de cette photo d’un autre pilote de Typhoon tué le 25 février 1945.

Elle était collée dans son logbook.

Harry Hardy raconte son expérience comme pilote de Typhoon…

Partie 1

http://www.youtube.com/watch?v=G23UB-QUdac

Partie 2

http://www.youtube.com/watch?v=fHAbHy_EPE0

Partie 3

http://www.youtube.com/watch?v=Zu6e4soOWHU

Ça c’est son avion.