Les frères Rousseau

Douze ans plus tard.

Voir à la fin.


Billet original

J’avais écrit une série de billets sur les frères Rousseau de Montmagny.

1944 Maurice RousseauTombe provisoire de PhilippeRousseau

Philippe Rousseau parachutiste 1

Philippe Rousseau

Maurice Rousseau

Maurice Rousseau

Pauline Philippe et Marie Rousseau

famille de Lacasse Rousseau et Gabrielle Fafard

Ce qui suit a été écrit en  2010 et commémore le souvenir de Philippe Rousseau.

Je voulais l’éditer, car il comportait quelques erreurs. C’était avant le commentaire de Marie Madeleine qui a découvert un des billets sur Philippe Rousseau. Elle m’a laissé ce commentaire des plus touchants…

Bonjour je suis très touchée par vos récits je suis originaire de Douville en Auge et ma mère bientôt âgée de 81 ans était à Douville aussi avec sa famille. Elle se rappelle bien de ce qui s’est passé au moment du 6 juin 1944 avec les Canadiens. C’était non loin de Gonneville-sur-Mer et Grangues. C’était au lieu dit la maison blanche sur la commune de Douville en Auge, d’ailleurs aujourd’hui 7 juin 2014 je vais me rendre à Gonnevile-sur-Mer déposer des fleurs devant la plaque de ces soldats à qui nous devons la liberté. Je suis âgée de 38 ans et avant c’était mon père qui déposait des fleurs. Il est décédé l’année dernière. Donc à moi sa fille de faire un geste pour ces soldats.

Voici donc en rappel ce qui devait être mon dernier article sur Philippe Rousseau.


Dernier article sur le lieutenant Philippe Rousseau, héros inconnu ou méconnu, je ne sais plus trop…

« Blessent mon coeur d’une langueur monotone… »

C’est le signal qui annonçait à la Résistance l’imminence du débarquement de Normandie…

On s’était quitté comme ceci lundi dernier…

Alors que ses hommes tentaient aussi bien que mal de se regrouper, le lieutenant Rousseau menait à bien la mission secrète qui lui avait été confiée, tout comme à deux autres hommes, l’ordonnance James George Broadfoot et le Caporal Boyd Anderson.

Le caporal Anderson explique ainsi leur mission :

[Traduction]

Le lieutenant Rousseau nous expliqua que la ville de Dozulé se trouvait à environ une dizaine de milles de notre zone de parachutage. Nos services de renseignements ne savaient que très peu de choses de cette commune. Elle était située sur une route principale menant vers la ville de Caen. Le nom du maire de Dozulé s’appelait aussi Rousseau, le même que mon officier. On pensait que le maire était sympathique à notre cause.

Le plan consistait à ce que le lieutenant Rousseau, l’ordonnance Broadfoot, et moi-même nous nous rejoignions le plus rapidement possible dans la zone de parachutage. Nous devions éviter tout combat et nous rendre immédiatement par quelque moyen que ce soit à Dozulé pour trouver le maire Rousseau. Par la suite, nous devions lui parler dans l’espoir de gagner sa confiance afin de savoir la position des troupes allemandes dans la région.

Le lieutenant Rousseau était très enthousiasmé à l’idée de cette mission, tout comme moi d’ailleurs, tout heureux d’avoir été choisi pour cette mission tâche dangereuse mais inhabituelle. Comme le lieutenant Rousseau, j’étais motivé pour la mener à bien. Ce que je ne savais pas par contre, c’est que lors de la première journée, le lieutenant serait tué aux premières lueurs du jour et que Broadfoot giserait mort dans le fossé l’après-midi suivant à quelques pieds derrière la haie où je me trouverais.

(Boys of the Cloud)


Ayant sauté en dernier de l’avion, le lieutenant Rousseau ne trouva que quatre de ses hommes, et il n’arriva à retrouver ni le soldat Broadfoot, ni le caporal Anderson. Il se dirigea immédiatement vers la maison la plus proche pour prendre des repères, et il s’aperçut en parlant avec ses habitants qu’il avait été parachuté à plus de vingt kilomètres à l’est de son objectif.

Cela ne le démina pourtant pas puisqu’il avait été parachuté plus près de son objectif que prévu. Le lieutenant pris alors immédiatement la direction de Dozulé pour remplir sa mission accompagné des soldats rencontrés.

Deux heures plus tard, les cinq hommes furent pris dans un feu croisé avec des soldats allemands et le lieutenant Rousseau et le soldat Oxtoby périrent sur le coup.

« Il est très possible que si le lieutenant Rousseau avait pris sa place dans le rang comme l’aurait fait tout autre officier, il n’eut pas été tué, mais comme d’habitude, il prenait soin de ses hommes avant tout et marchait à la tête de la petite troupe » raconte le soldat Irwin Willsey.

Les balles atteignirent les grenades à phosphore que portait le lieutenant Rousseau à sa ceinture et celles-ci s’enflammèrent.

Toutefois, les opinions divergent à savoir s’ils périrent des brulures ou des tirs ennemis. Deux des soldats les accompagnant réussirent à s’en tirer indemnes, alors que le troisième fut blessé et fait prisonnier peu après.

Le lieutenant Rousseau était, je le répète un vrai soldat, un homme d’honneur, discipliné et je suis convaincu qu’il fit le maximum pour mener à bien sa mission sur Dozulé. S’il n’avait pas eu cet ordre, il serait resté dans les parages dans le but de retrouver le reste du groupe.

Caporal Anderson (Gonneville-sur-Mer 1939-1944)

D’après mes recherches, il n’est donc pas certain si le lieutenant Rousseau a réussi à accomplir sa mission.

Comment le caporal Broadfoot l’a-t-il su ?

 


Selon le caporal Anderson, Philippe Rousseau serait mort le 6 juin, mais il n’était plus avec lui, car ils avaient été séparés lors du parachutage. J’ai poursuivi mes recherches et j’ai trouvé un site Internet. C’est celui de la commune de Dozulé en France, et une de leurs sections est dévouée à Dozulé et la guerre.

J’y ai trouvé cette page…


J’ai écrit deux fois à la mairie, mais je n’ai pas encore eu de réponse. Je cherche aussi en entrer en contact avec la jeune guide pour valider toute l’histoire de la mort de Philippe Rousseau. De qui tient-elle toutes ses informations? Je n’ai pas encore eu de réponse.

Fin du billet…

À suivre?


Mis à jour le 9 mars 2020 avec ceci…

Hi there,

I wanted to thank you for the great page you have so kindly dedicated to my great uncles Philippe and Maurice Rousseau.

I grew up hearing their valiant stories which always remain with me.

Regarding the picture in which you originally believed to be Philippe (with his 2 sisters) was actually a soldier in Philippe’s division called Moffat (I have never seen the name spelled and I do not know much about him)

After Philippe was killed and the fighting died down, the rest of the platoon was captured including Mr. Moffat. He came by the family residence to tell the story of Philippe.

Interesting tidbit, Moffat and the rest of the platoon were moved to a prison camp in the mountains where they remained for quite some time. One of the German guards was looking for a skiing buddy and Moffat was his man. He spent a portion of his internment skiing. The German officer did say that if he tried to escape, he would be shot. Nevertheless, Mr. Moffat was able to tell our family of the heroism of Philippe.

The story I had been told was that Philippe’s battalion had been dropped at the wrong place. All of the soldiers were frightened as they eventually figured they were behind enemy lines. Philippe insisted on leading the platoon. That is when a German ambush killed him. 

With regards to Maurice, I have heard various accounts of what had happened. His mission was to meet up with a Maquis agent also named Rousseau who would have been a distant relative. They never had the chance to meet as the Maquis agent had already been killed by the time Maurice arrived.

The story about the priest showing the room to the German soldiers, I had been told that Maurice was hiding behind the door that the priest had just opened. He had his knife in hand. The Germans had checked several rooms and had asked about the one that Maurice would be in. The priest insisted on showing the Germans the room in question. Due to the instance of the priest, the Germans only took a peek inside the room instead of the more thorough verifications that had been done in other rooms.

In any event, I heard that Maurice died while providing cover to other allied soldiers. Another story I heard was that he did not die  but was wounded and captured. He would have been likely tortured for info and would have been executed as part of Hitler’s “Commando order”. However, I do not know if this is true, just what I have heard and read.

On a side note, both men were against the draft as they thought no-one should be forced to go to war. They were volunteers.

In any event, it is nice to see these young brave men remembered and honored. Me and my family truly appreciate this.

Have a wonderful day.

Best regards,

Daniel


Hi Pierre,

Thank you for your response.

No credit is needed, but you can if you want.

How would I find your blog, I just stumbled on your web page when looking up my great uncles?

In any event, I attached a picture of Philippe with my mom and uncle. While there is no year for the picture, this I am told, may have been one of the last times that my mom would have seen her uncle. I have been told that this may have been taken shortly before Philippe’s final departure to Europe.

Last tid-bit;

My mom remembers waking up one morning to find her dad (Philippe’s older brother Jacques) crying. He was holding 2 letters, which would have been from the military. The 1st letter was the news that Philippe had been killed in combat. The 2nd letter stating that Maurice was missing and the worst was feared. My poor grandfather found out that he lost 2 brothers in a single day. It was one of the most striking moments of my mom’s life as my grandfather was not at all prone to publicly emoting.

Among my mom’s things are the silver “Airborne” division wings pin. This was one of my mom’s most precious belongings. 

Again, thank you for your work 

Have a fantastic day.

Kindest regards,

Daniel

Une demande – Le début de l’histoire – La suite à venir… la fin

Une demande – Le début de l’histoire – La suite à venir… la fin

Micka avait finalement trouvé le nom du pilote et encore beaucoup plus.

C’est le cœur chaud que je confirme (avec Pierre) avoir trouvé l’identité d’Anthony. Keith Janes  d’escapelines et Daniel Carville de francecrashes 39-45 ont été aussi des aides très précieuses.

Merci à vous !

Voici une photo du P/O Anthony Vernon Hargreaves de Montréal devant un Spitfire Mk IX. Elle vient de la collection de sa famille.

wp-1635331928842

Anthony Hargreaves était le pilote du Mustang III FB107 du 122 Squadron qui s’est écrasé le 25 juillet 1944 dans l’Eure à côté de Saint-André-de-l’Eure (non à Dreux comme décrit sur son dossier). Une autre histoire commence maintenant, car je suis en contact avec son fils et sa fille. Beaucoup d’émotions et un projet de rencontre en Normandie en 2022 !

Il n’y aura pas de suite finalement, juste cette colorisation d’une photo en noir et blanc.

Anthony Hargreaves (1)

Il n’y aura probablement pas de suite à mon hommage à Gaston Lamirande, mais cela vaut tout de même la peine d’essayer.

Le 7 décembre 1944, le sergent Gaston Lamirande arrive à l’escadrille 222 de la RAF.

Une demande – Le début de l’histoire – La suite à venir…

Une demande – Le début de l’histoire – La suite à venir…

Micka a trouvé le nom du pilote et encore plus.

C’est le cœur chaud que je confirme (avec Pierre) avoir trouvé l’identité d’Anthony. Keith Janes  d’escapelines et Daniel Carville de francecrashes 39-45 ont été aussi des aides très précieuses. 

Merci à vous !

Voici une photo du P/O Anthony Vernon Hargreaves de Montréal devant un Spitfire Mk IX. Elle vient de la collection de sa famille.

wp-1635331928842

Anthony Hargreaves était le pilote du Mustang III FB107 du 122 Squadron qui s’est écrasé le 25 juillet 1944 dans l’Eure à côté de Saint-André-de-l’Eure (non à Dreux comme décrit sur son dossier). Une autre histoire commence maintenant, car je suis en contact avec son fils et sa fille. Beaucoup d’émotions et un projet de rencontre en Normandie en 2022 ! 

À suivre donc ! 

Autres billets reliés à cette recherche

Une demande

Une demande – Le début de l’histoire

Une demande – Le début de l’histoire – Trouvé! À suivre…

Anthony Hargreaves (1)

Une demande – Le début de l’histoire – Trouvé! À suivre…

Bonjour
Je suis à la recherche d’un Canadien dont le prénom était Anthony. Il a séjourné plusieurs mois ou semaines dans ma famille (Glanard) près de Saint-André-de-l’Eure (Batigny). Il s’est écrasé dans un champ près du village. Il a été blessé à un bras, et a perdu sa montre. Mon oncle l’a retrouvée et la lui a rendue. Il l’avait réparée.
J’ai une photo.

famille Glanard août 1944

Aucune des personnes qui l’avaient aidé n’a oublié cet homme, mais elles sont toutes décédées maintenant.

Si quelqu’un a des renseignements sur le crash, ce serait bien. Je suppose qu’il est rentré en Angleterre en septembre 1944 lorsque Saint-André-de-l’Eure et Evreux ont été libérés à la fin du mois de septembre 44.

Merci d’avance

Le début de l’histoire… par Micka Perier

L’été 1944 ne devait pas être un été très tranquille à Saint André de l’Eure. C’est que les Alliés mettent la pression aux Allemands avec l’aérodrome.

Alors on se dépêche de faire ce qu’on a à faire à la ferme, histoire de ne pas tenter le diable et rentrer à l’abri.

Marcel Glanard, mon arrière grand père se dit bien qu’il préfèrerait aller boire un verre avec ses copains après le boulot mais il y a le foin à rentrer et il faut vite rentrer parce que là….ça pète fort à Saint André.

Alors qu’il est en route pour la ferme, un bruit d’avion se rapproche dangereusement et Marcel voit cet avion s’écraser dans le champ d’à côté.

Tant pis, il y va mais il se dit que…..ça va pas être joli…

Il en sort un pilote inconscient et blessé au bras. Il est lourd ce grand mec ! Il faut faire vite. En plus les « boches » ne vont pas tarder à arriver.

Une fois à la ferme, le Canadien a été soigné et caché dans le bâtiment d’en face, de l’autre côté de la cours. Au dessus des vaches.

Quand il est revenu à lui, le Canadien a commencé à parler. Il s’appelle Antony. Alors mon arrière grand-mère Marguerite et ma grand-mère Ginette lui apportent à manger. Bernard et Marie Rose (frère et sœur de ma grand-mère) viennent voir si le Canadien est réveillé.

La routine s’installe dans le plus grand secret. Si les Allemands l’apprennent tout le monde va y passer. Attention aux voisins aussi…Y a des collabos dans le coin.

Tous les jours, Ginette apporte les repas. On soigne son bras aussi. De toute façon, mieux vaut rester caché parce que les Nazis tournent beaucoup en ce moment et ils sont nerveux….surtout les saloperies de SS ! Ils ont failli fusiller Bernard l’autre jour parce qu’il revenait à vélo et qu’ils le suspectaient d’être un résistant….Quelle drôle d’idée !…Les soldats de la Wehrmacht, ils sont plus normaux. Des pauvres gars fermiers comme ici.

Bernard doit retourner sur le site du crash parce qu’Antony a perdu sa montre. Cette montre, c’est son père qui lui a offert avant de partir pour la guerre en Europe. Il y tient mais il ne veut pas abuser. Bernard lui, ça l’amuse ce genre de choses alors il y retourne…et puis, il aime bien provoquer les Allemands aussi…

Et bien il l’a retrouvée ! Incroyable. Antony est tellement heureux et reconnaissant ! Bernard lui a même réparé le bracelet.

Les combats font rage et on commence à dire que les Allemands vont partir de Saint André et même d’Evreux. L’automne arrive pour les Nazis.

Antony peut partir rejoindre les siens.

Ginette a le cœur serré. La famille Glanard a rempli sa mission en attendant une autre.

Bien des années après, sur le marché de Saint André, dans les années 80, Ginette pense l’avoir revu. Ce vieil homme ressemble à l’aviateur. C’est un étranger parmi d’autres vétérans. Elle n’ose pas aller lui parler. Certains secrets sont tenaces. Certains héros sont discrets.

Philippe Rousseau, un héros inconnu et méconnu de Montmagny ?

Mis à jour le 13 mars 2022

Cliquez sur le lien ci-dessous pour lire ce que le fils de Georges-Henri Moffatt a écrit sur son père.

Georges-Henri Moffatt


Avec cet ajout de commentaire de Philippe GUILLEMINOT

Ce matin 17 septembre, accompagné de deux vétérans, nous avons déposé une gerbe de fleur au monument aux morts de Igney (France – Meurthe et Moselle) sur lequel est inscrit le nom du Lieutenant Joseph Maurice Rousseau, mort au combat à Igney le 17 septembre 1944 (date figurant sur le monument). https://mpierrela.files.wordpress.com/2021/07/wp-1626536846113.pdf

Souvenirs de guerre

Je ne vais pas réinventer la roue.

Je vais ajouter d’autres photos que j’ai trouvées, dont celle de la compagnie B du 1er bataillon canadien de parachutistes et  laisser notre jeune blogueuse ce matin vous parler de Philippe Rousseau…, mais quand j’aurai fini de parler des frères Rousseau, je vais vous parler d’elle.

Lieutenant Philippe Rousseau

2 mai 1921 – 6 juin 1944

Décédé à Gonneville-sur-Mer, Calvados, France

Philippe Rousseau est né à Montréal, mais demeurait à Montmagny, près de Québec. Il était le fils de Lacasse Rousseau, ingénieur-électricien et de Gabrielle Fafard.

Il venait d’une famille de 14 enfants, 12 garçons et 2 filles. Parmi ceux-ci se trouvait le Lieutenant Maurice qui faisait partie du Special Air Service (SAS), Jacques, directeur du Jardin Botanique de Montréal, et ses deux sœurs étudiantes en médecine, Pauline et Marie, sur cette photo prise après la guerre avec un ami de Philippe ou…

Voir l’article original 264 mots de plus

Il y a des photos… la suite

Il y a des photos comme celle-ci qui nous interpelle.

Texte d’un lecteur de Souvenirs de guerre (ci-dessous lien vers la version PDF)

Radio communications

Radio communications

Ce texte a été écrit des plus spontanément les 13 et 14 août 2021, suite à un rappel historique entendu à la radio matinale.

Quinze ans après la Seconde Guerre mondiale, dans la nuit du 12 au 13 août 1961, 15 000 soldats en armes de la République Démocratique d’Allemagne encerclèrent la partie de la capitale berlinoise qui, à la Conférence de Yalta, fut attribuée aux pays occidentaux (États-Unis, Royaume-Uni et France). Au matin de ce jour-là, des deux côtés de la ligne de partage entre « l’Est et l’Ouest », c’est en écoutant leur radio matinale que les Berlinoises et Berlinois apprirent que la frontière entre les deux territoires administratifs et politiques devenait définitivement close. Plus que nulle part dans le monde ce fut un choc brutal et la douleur de celui-ci dura jusqu’au 9 novembre 1989, Chute du Mur de Berlin.

Permettez-moi de vous raconter ici pourquoi cet événement historique se revêt d’un aspect particulier pour moi.

Le 7 octobre 1972, jour de mon seizième anniversaire, par respect de sa parole donnée autant que par prudence, en guise de cadeau sans emballage ni ruban, mon père eut l’idée de mettre sur la table de la cuisine une petite boîte transparente en plastique. Je la connaissais, bien que je ne l’avais jamais explorée. Par inadvertance, quelques années auparavant je l’avais trouvée un jour dans un tiroir « privé » de la maison, et ma mère m’en avait simplement dit qu’il s’agissait de photos du temps où il était « en Europe ». Mon père disait ainsi pour désigner ses années passées loin de Montréal, de 1940 à 1945. À son retour du travail, lui parlant de ma découverte de ce trésor, il m’avait simplement dit que lorsque je serais assez vieux pour comprendre certaines choses, nous en regarderions le contenu ensemble. Vous imaginez le contentement pour moi que le jour en question soit enfin venu !

Aussitôt le couvercle levé et la première photo sortie, mes questions se succédaient maladroitement. « C’était quand ? Tu avais quel âge ? C’était qui à côté de toi ? C’était où ? » et tutti quanti…

Mes questions se répétant selon mon envie pressante de savoir des choses, il m’apparaissait, à chacune qui se succédait, comme de plus en plus émotif dans ses réponses. Aujourd’hui j’ai compris que celles-ci l’ébranlaient. Heureusement, pour s’en ressaisir il avait presque à chaque fois la manière, les mots, l’explication par lesquels tout rentrait dans la norme.

Parmi ces photos qui motivaient mes questions, se trouvait celle-ci :

wp-1629042930835.jpg
Collection personnelle

Il me répondit qu’elle avait été prise à Berlin, au Reichstag. Faisant partie de la troupe canadienne qui s’y trouvait immédiatement après la guerre, son détachement avait reçu ordre de se placer face aux Russes à l’endroit qu’on voit. Et surtout, que si ceux-ci avançaient vers le bâtiment sans en avoir demandé la permission, ils devaient tirer… 

Le commandant leur avait dit que si la guerre contre les Allemands était bel et bien finie, il leur faudrait peut-être enlever aux communistes l’idée de s’emparer de toute la ville et que les choses pourraient très bien commencer au Parlement détruit de Berlin. Et pour finir, que certains généraux alliés comme Patton et d’autres aimeraient bien continuer la guerre pour les « repousser jusque chez eux ».

Je sentis alors mon père dans un drôle d’état, mélange de tristesse et de combativité, et en remettant alors tout dans la boîte, il annonça « Pis pour le reste, ce sera une prochaine fois. Allons manger au restaurant mon gars, il est passé six heures. »

Bien entendu, quelques occasions de discuter de cette époque se présentèrent encore au fil des années qui suivirent. Mais de cette photo précise, plus jamais il ne m’en a parlé.

À son décès, dix ans plus tard, je me suis mis en tête un jour d’en savoir plus de son périple à la guerre et, bien entendu, le jour arriva d’approfondir les choses pour cette photo. Photocopies en main, avec mon épouse comme complice, je me suis donc retrouvé en Allemagne en 2016. Et là, dès le premier jour de notre présence, j’ai eu confirmation que la photo avait bel et bien été prise en un endroit précis du Reichstag de Berlin. Nos efforts d’enquête trouvaient donc un premier aboutissement concret. Un premier, parce que nous n’en étions vraiment pas au bout de nos surprises.

Pendant plusieurs jours ensuite, nous avons donc sillonné Berlin et quelques victoires de plus, mais qui, désolé ne sont pas « au sujet du jour », suivirent. Revenus à la maison et depuis, les recherches continuent. Quelque temps passa et un autre fait étonnant nous vint au sujet du cliché de 1945. La photo de mon paternel montre l’endroit précis où, depuis le haut, fut prise la photo la plus connue du Reichstag en mai 1945 (pour être vraiment précis, je devrais dire la succession de photos prises entre le 1er et le 4 mai ). Soit, à l’aplomb exact l’une de l’autre.

Screenshot 2021-08-15 15.32.23
Photo Alamy

Statue de pierre, tramway en carcasse, débris au sol, clochetons, etc.

Mais ce n’est pas tout puisque depuis, des informations ont été livrées médiatiquement qui donne ici à poser une hypothèse aux historiens.

D’abord, il y a plus ou moins deux ans, a été révélé l’endroit précis où les Russes avaient installé leur base-radio de communication avec Moscou pendant et après la Bataille de Berlin qu’ils ont gagnée. Lieu, tenu jusque-là secret par le Kremlin, d’où toutes les informations militaires partaient pour Moscou et où tous les ordres de Moscou pour Berlin arrivaient. En un mot, là où était le centre de radio-transmission russe. Celui-là même qu’on voit sur la photo datée du 2 mai par les historiens et qui présente des débris dans son entrée, cliché où on distingue deux tanks russes placés autour de manière à pouvoir croiser leurs tirs vers l’angle de rue avoisinant celle-ci (celui de gauche fermant l’accès à la rue et celui de droite pointant vers le camion militaire qui s’en trouve proche…

Screenshot 2021-08-15 15.33.08

Et ensuite, il y a quelques mois, a été annoncé que depuis le tout début du mois de mai 1945, les Britanniques connaissaient si bien l’existence du point de communication russe en question que, sous le nez des Soviétiques, ils avaient installé un centre d’écoute secret doté du matériel le plus sophistiqué de l’époque dans une partie du Reichstag, directement en vis-à-vis de celui-ci. Ce qui aussi demeura secret jusque-là.

Lieu, s’il en est pour les Alliés, qui devaient certainement être protégés de toute découverte par les Russes. Et cela, sans doute peu importe la manière d’y parvenir…

Comme quoi plus de 75 ans après, non seulement il reste sans doute passablement de choses à découvrir de cette guerre qui défigura l’Europe et ravagea l’humanité toute entière, mais qu’il appartient à chacun-chacune de nous, modestes inconnus, et sans titre pour la plupart, d’y participer à la mesure de ce qu’il ou elle possède comme trace de ce passé.

Merci de votre lecture !

Et à une prochaine fois peut-être ici au plaisir de vous lire ?

Retour dans le passé – 1 juillet 1942

1 juillet 1942

Mont-Joli

Number 30 Squadron

PMR75-632 – Escadron 130, Mont-Joli, Québec, 1 juillet 1942

Les gens se souviennent encore…

Notes

Le commandant Jacques Chevrier pose pour la postérité le 1er juillet 1942. Il est le cinquième en partant de la gauche. Il trouve la mort le 6 juillet 1942.

Soixante-dix-neuf ans plus tard, moins cinq jours, la façon dont le commandant d’escadron Chevrier est mort reste un mystère…

Liens

https://www.veterans.gc.ca/eng/remembrance/memorials/canadian-virtual-war-memorial/detail/2622524

https://sadp.files.wordpress.com/2013/03/jmsl-17-09-09-6-des-aviateurs.pdf

http://www.bbm.org.uk/airmen/Chevrier.htm

Joseph Armand Jacques Chevrier naît à Saint-Lambert au Québec, le 7 octobre 1917. Il se joint à l’ARC le 4 juillet 1938, se rend en Angleterre en 1940 et est affecté au 1er Escadron à Wittering le 3 octobre, puis au 1er escadron (ARC) à Prestwick le 21. Chevrier est rapatrié au Canada le 9 janvier 1941.

Il est nommé ADC (aide de camp) de Son Excellence le Gouverneur général, le Comte d’Athlone, le 8 août et occupe cette fonction jusqu’au 31 mars 1942.

Chevrier est alors affecté au poste de premier commandant du 130e Escadron, dont il prend le commandement à Mont-Joli, au Québec, le 1er mai 1942.

Le 6 juillet 1942, l’escadron est envoyé à la recherche de U-boats après qu’un cargo ait été torpillé à 10 milles au large de Sainte-Anne-des-Monts.

Quatre Kittyhawk sont dépêchés. Plusieurs survivants du navire coulé sont localisés, mais aucun signe d’un U-boat.

L’avion de Chevrier tombe en panne de carburant lors du retour à Mont-Joli et Chevrier meurt lorsque son Kittyhawk AK915 amerrit dans le Saint-Laurent, juste à côté de Sainte-Anne-des-Monts.

Son corps n’a pas été retrouvé et il est commémoré sur le Mémorial d’Ottawa.


En 1952, son père se posait encore des questions sur la façon dont son fils était mort…

42127_83024005548_0105-00319 (2)

J’ai trouvé plus de renseignements sur Internet…

https://aviation-safety.net/wikibase/205495

Plus de renseignements sur la bataille du Saint-Laurent ici…

https://www.veterans.gc.ca/pdf/publications/canada-remembers/RS_Battle_Gulf_e.pdf

La version officielle semble être la suivante…

Rapport

42127_83024005548_0105-00354 (2)

L’avion de Chevrier tombe en panne de carburant lors du retour à Mont-Joli et Chevrier meurt lorsque son Kittyhawk AK915 amerrit dans le Saint-Laurent, juste à côté de Sainte-Anne-des-Monts.

Il est à espérer que nous saurons un jour comment Jacques Chevrier est mort lorsque des pièces du Kittyhawk qu’il pilotait le 6 juillet 1942 seront retrouvées.

En attendant, des gens à Mont-Joli se souviennent encore du commandant d’escadron Jacques Chevrier …

Curtiss_87A_Kittyhawk_2_ExCC

Une demande – Le début de l’histoire

Bonjour
Je suis à la recherche d’un Canadien dont le prénom était Anthony. Il a séjourné plusieurs mois ou semaines dans ma famille (Glanard) près de Saint-André-de-l’Eure (Batigny). Il s’est écrasé dans un champ près du village. Il a été blessé à un bras, et a perdu sa montre. Mon oncle l’a retrouvée et la lui a rendue. Il l’avait réparée.
J’ai une photo.

famille Glanard août 1944

Aucune des personnes qui l’avaient aidé n’a oublié cet homme, mais elles sont toutes décédées maintenant.

Si quelqu’un a des renseignements sur le crash, ce serait bien. Je suppose qu’il est rentré en Angleterre en septembre 1944 lorsque Saint-André-de-l’Eure et Evreux ont été libérés à la fin du mois de septembre 44.

Merci d’avance

 

Le début de l’histoire… par Micka Perier

L’été 1944 ne devait pas être un été très tranquille à Saint-André-de l’Eure. C’est que les Alliés mettent la pression aux Allemands avec l’aérodrome.

Alors on se dépêche de faire ce qu’on a à faire à la ferme, histoire de ne pas tenter le diable et rentrer à l’abri.

Marcel Glanard, mon arrière-grand-père se dit bien qu’il préfèrerait aller boire un verre avec ses copains après le boulot, mais il y a le foin à rentrer et il faut vite rentrer parce que là….ça pète fort à Saint-André.

Alors qu’il est en route pour la ferme, un bruit d’avion se rapproche dangereusement et Marcel voit cet avion s’écraser dans le champ d’à côté. Tant pis, il y va mais il se dit que…..ça va pas être joli…

Il en sort un pilote inconscient et blessé au bras. Il est lourd ce grand mec ! Il faut faire vite. En plus les « boches » ne vont pas tarder à arriver. Une fois à la ferme, le Canadien a été soigné et caché dans le bâtiment d’en face, de l’autre côté de la cours. Au dessus des vaches. Quand il est revenu à lui, le Canadien a commencé à parler. Il s’appelle Anthony. Alors mon arrière-grand-mère Marguerite et ma grand-mère Ginette lui apportent à manger. Bernard et Marie Rose (frère et sœur de ma grand-mère) viennent voir si le Canadien est réveillé.

La routine s’installe dans le plus grand secret. Si les Allemands l’apprennent tout le monde va y passer. Attention aux voisins aussi…Y a des collabos dans le coin.

Tous les jours, Ginette apporte les repas. On soigne son bras aussi. De toute façon, mieux vaut rester caché parce que les Nazis tournent beaucoup en ce moment et ils sont nerveux….surtout les saloperies de SS ! Ils ont failli fusiller Bernard l’autre jour parce qu’il revenait à vélo et qu’ils le suspectaient d’être un résistant….Quelle drôle d’idée !…Les soldats de la Wehrmacht, ils sont plus normaux. Des pauvres gars fermiers comme ici. Bernard doit retourner sur le site du crash parce qu’Anthony a perdu sa montre. Cette montre, c’est son père qui lui a offerte avant de partir pour la guerre en Europe. Il y tient mais il ne veut pas abuser. Bernard lui, ça l’amuse ce genre de choses alors il y retourne…et puis, il aime bien provoquer les Allemands aussi… Et bien il l’a retrouvée ! Incroyable. Anthony est tellement heureux et reconnaissant ! Bernard lui a même réparé le bracelet.

Les combats font rage et on commence à dire que les Allemands vont partir de Saint-André et même d’Evreux. L’automne arrive pour les Nazis. Anthony peut partir rejoindre les siens. Ginette a le cœur serré. La famille Glanard a rempli sa mission en attendant une autre.

Bien des années après, sur le marché de Saint André, dans les années 80, Ginette pense l’avoir revu. Ce vieil homme ressemble à l’aviateur. C’est un étranger parmi d’autres vétérans. Elle n’ose pas aller lui parler. Certains secrets sont tenaces. Certains héros sont discrets.

Une demande

Bonjour
Je suis à la recherche d’un Canadien dont le prénom était Anthony. Il a séjourné plusieurs mois ou semaines dans ma famille (Glanard) près de Saint-André-de-l’Eure (Batigny). Il s’est écrasé dans un champ près du village. Il a été blessé à un bras, et a perdu sa montre. Mon oncle l’a retrouvée et la lui a rendue. Il l’avait réparée.
J’ai une photo.

famille Glanard août 1944

Aucune des personnes qui l’avaient aidé n’a oublié cet homme, mais elles sont toutes décédées maintenant. Si quelqu’un a des renseignements sur le crash, ce serait bien. Je suppose qu’il est rentré en Angleterre en septembre 1944 lorsque Saint-André-de-l’Eure et Evreux ont été libérés à la fin du mois de septembre 44.

Merci d’avance