Article paru dans La Vigile du Québec en août 2012

Et moi qui posait juste une petite question sur mon blogue Souvenirs de guerre…

Dieppe 1942

Mes recherches m’ont guidé vers Soeur Agnès Marie…

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Les 18, 19 et 20 août 2012, dans la ville portuaire de Dieppe et dans les communes se trouvant dans sa proximité atlantique, se déroulaient les cérémonies commémoratives de la dramatique opération alliée « Jubilee ».

Le court texte qui suit est celui d’une personne qui s’y trouvait : Soeur Agnès Marie. En 1942, à peine âgée de 25 ans, elle débutait une exceptionnelle carrière d’infirmière. Toujours aujourd’hui en possession d’une vigueur intellectuelle exceptionnelle, d’un bon sens remarquable et d’une conscience de fraternité hors du commun, elle est sans doute une des personnalités les plus aimées de Normandie. Elle fait partie de la Communauté des Hospitalières de la Miséricorde de Jésus, celle-ci ayant monastère à quatre kilomètres de Dieppe, lieu duquel plusieurs religieuses partirent un jour de 1637 pour aller fonder, et faire fonctionner, le premier établissement de santé d’Amérique du Nord : l’Hôtel Dieu de Québec.

Ses paroles ne manqueront pas de vous toucher ; je crois. Je vous les adresse à chacune et chacun en vous laissant deviner les silences et les émotions et réactions des quelques Québécois et Acadiens qui ce jour-là, ne se trouvaient pas par hasard en cet endroit sacré.

Voici son allocution publique :

Les années écoulées depuis 70 ans n’effaceront jamais de la mémoire de votre doyenne, le rappel du 19 août 1942.

Des chiffres, des lettres gravées sur les pierres blanches de ce cimetière des Vertus dévoilent la présence d’une jeunesse fauchée avant le temps. Ils sont des centaines à reposer sur cette terre qu’ils ont à peine foulée, tombés à l’assaut de Dieppe le 19 août ou un autre jour de cette guerre si lointaine et pourtant si proche.

La folie meurtrière des hommes n’a pas d’âge. Le temps du souvenir, pas de limite, et quand, 70 ans plus tard, l’heure du recueillement sonne encore, comment ne pas penser, le coeur serré, à ces soldats, venus du Canada ou d’ailleurs, s’échouer sur les plages normandes de la Côte d’Albâtre.

Ils étaient père, époux, frère, jeune ou âgé avant d’être entraînés dans la spirale d’un conflit mondial, bouleversant le cours de leur existence. Auparavant, n’avaient-ils pas goûté au sel de la vie ? Hélas ! Lancés dans un raid hasardeux, ils n’ont pu atteindre leur objectif, mais ils ont conquis l’éternité bienheureuse.

Avant de vous quitter, chers amis, permettez-moi de rendre vivantes les paroles de trois d’entre eux exprimées avant de mourir.

Quand, tard dans la nuit du 20 août, dès deux heures du matin et à quatre heures, deux ambulances avançaient dans la nuit noire, à cause des bombardements, franchissant la grille de l’Hôtel Dieu de Rouen où une antenne chirurgicale était tenue par les Allemands. A l’ouverture des portes de l’ambulance, un grand blessé s’écriait « Oh ! des soeurs comme au Québec ! », un second, « la France, il fallait qu’on l’aime pour tenter pareille aventure » et le troisième « la France, on vous la rendra ! ».

Effectivement, Dieppe a été libéré le 1er septembre 1944 à 10 heures du matin par la 2ème division canadienne sous le commandement du Général Roberts.

Ces grands blessés ont été soignés en toute urgence, mais hélas par des moyens très précaires. Nous devions d’abord les réchauffer, n’étaient-ils pas dépouillés de tous leurs habits à leur arrivée ? A même le sol, sur des brancards de fortune, nous leur donnions les soins nécessaires à leur état. Des malades allongés dans les couloirs attendaient que nous les soulagions au plus vite, il fallait sauver le plus de vies humaines. Tel était l’objectif pour qu’ils regagnent au plus tôt les camps de prisonniers en Allemagne. Nous les encouragions de notre mieux, leur promettant notre indéfectible soutien et nous nous engagions à tenir bien haut le flambeau de la mémoire de ceux qui n’ont pu survivre si nombreux hélas !

Je termine mon propos sur une note d’espérance : Dormez en paix, chers frères d’armes, ces galets sur lesquels vous êtes tombés ont été vos linceuls de pierre, nous les foulons avec respect et le roulement que la mer leur imprime sera toujours là pour nous rappeler de porter votre deuil.

Soeur Agnès Marie.

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