Adélard Thibault

Tu essayes de ne pas avaler de l’eau. Tu étouffes. Tu en avales une grande gorgée. Finalement, tu réussis à mettre tes pieds à terre. Je me retournais et je voyais les bateaux du régiment se faire tirer dessus, les gars revolaient dans les airs.

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La dernière place, ça a été à Portsmouth [Angleterre]. C’est un port de mer. C’est de là qu’on [Le Régiment de la Chaudière] a pris le bateau pour la France. J’étais le troisième, il y en avait 35 derrière moi. Je n’ai pas dit à ma mère de venir chercher son fils. Je ne sais pas nager. Il ne fallait pas mouiller notre arme, le chapeau de fer faisait à peu près trois pieds de circonférence. Tu essayes de ne pas avaler de l’eau. Tu étouffes. Tu en avales une grande gorgée. Finalement, tu réussis à mettre tes pieds à terre. Je me retournais et je voyais les bateaux du régiment se faire tirer dessus, les gars revolaient dans les airs. J’ai passé la nuit là. Le lendemain je ramassais des chapeaux avec des têtes dedans, des jambes. À qui appartient ceci? On ne le savait pas. On a mis ça dans un coin pour que ce soit enterré.

On était en campagne, c’était plus fort un peu. Les gars savaient où se cacher, ils nous attendaient. C’est arrivé dans la nuit. C’était une patrouille. Il faisait noir. On envoyait des fusées éclairantes de temps en temps. J’ai vu ça cette affaire-là. J’ai vu une tête qui sortait de là. Un révolver, je n’étais pas supposé avoir ça. C’était contre l’armée. J’en ai vu un beau et je l’ai gardé. Il a tiré, j’ai sauté par-dessus une butte de terre et je suis atterri dans un trou la tête la première. Il pensait me tirer dans la tête, mais il m’a tiré dans le genou parce que j’avais les jambes en l’air. Il est sorti de là. Le grand est sorti et il disait sauvez moi, sauvez moi ! Il n’était pas blessé. J’avais mal, mais je ne l’ai pas laissé passer. Je l’ai tiré et ensuite j’ai mis un doigt dans le trou que j’avais dans le genou pour que le sang arrête de couler. J’ai attendu une dizaine de minutes et ça a caillé. Je me suis fait un pansement. Je suis reparti pour rencontrer mon régiment.

J’avais perdu le mot de passe. Ça dérange un peu, ils ne voulaient pas me laisser rentrer. Je suis allé le long de la route et il y avait des fossés. J’ai pris mon bain là-dedans. Je ne sais pas où j’étais, mais j’ai réussi à entrer dans les lignes comme ça. On a commencé à parler français. Ils ont compris que nous n’étions pas des Allemands. J’ai étendu ça, « Hey ce n’est pas des Allemands, ne tirez pas ». Un coup qu’on s’est rencontré ça a été les gros becs et les embrassades. J’étais blessé, mais j’avais mis mon pansement. Ma blessure n’a pas apprécié l’eau. Ils m’ont envoyé en arrière. Ils m’ont envoyé en Angleterre. Ils m’ont mis un plâtre à partir de la cheville jusqu’à ici. À la grandeur. C’était moderne en 1944, j’avais une place pour faire mes besoins. J’ai été là deux semaines, je crois. Un matin on m’a dit qu’on enlèverait mon plâtre. Il n’était même pas parti au bout de la salle que je l’avais enlevé moi même.

Un soir il manquait un patient, il s’était sauvé. Ils avaient perdu le patient. Il s’était rendu au port de mer. Il voulait embarquer sur le bateau, mais le capitaine n’a pas voulu. Il avait tout son monde. Je me suis retiré parmi les barils d’huile et des matelas un peu plus loin. Il faisait très noir. En arrivant en France, il y avait un client de plus. Le capitaine m’a demandé ce que je faisais là. Je croyais qu’il m’avait dit oui. Il ne comprenait rien. Il était Anglais d’Angleterre et moi je lui parlais en français. Je suis parti de là et j’ai marché un bon bout. J’ai volé une Jeep américaine. Je ne l’ai pas volé, mais je l’ai emprunté. Tant qu’il y a eu de l’essence, j’ai roulé. On pouvait pogner les annonces du Régiment de temps en temps. Je me suis rendu jusqu’en Hollande comme ça. J’ai été moins chanceux avec la deuxième Jeep. Elle avait moins d’essence. Quand je suis arrivé au régiment, mon supérieur n’était pas content. Pas toi ! Il a dit quelques gros mots qui font référence à l’église. Il n’était pas ravi, car je boitais. Je tombais sous sa responsabilité à lui. Alors, il m’a dit d’aller rejoindre les gars. Je suis allé les joindre et ils étaient bien contents de me voir. Ça a continué comme ça jusqu’en Allemagne.

Adélard Thibault est décédé la semaine passée…

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