Soixante-cinq ans plus tard, quarante-deux ans trop tard

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Voici le texte de Bernard Lepage écrit en 2009.

Décédé en 1967, Henri Paquette reçoit trois médailles militaires pour avoir pris part au débarquement de Normandie

Soixante-cinq ans après avoir participé au débarquement de Normandie le 6 juin 1944, Henri Paquette vient de se voir attribuer trois médailles militaires par les autorités canadiennes. Toute une surprise pour les proches de cet homme décédé voilà 42 ans.

L’hiver dernier, Olive Paquette (née Boisvert) reçoit à son appartement à Grand-Mère une grosse enveloppe avec l’en-tête de Défense Canada. En l’ouvrant, elle y découvre une lettre accompagnée de trois médailles: l’Étoile de 1939-1945, la Médaille canadienne du volontaire et la Médaille de la guerre 1939-1945. «Après avoir revisé le dossier de votre mari décédé, nous avons déterminé que vous êtes admissible à recevoir des médailles en reconnaissance de son service dans la marine marchande durant la Deuxième Guerre mondiale», est-il écrit à l’intention de la dame de 81 ans, complètement estomaquée par cette distinction tardive. «J’ai été choquée sur le coup, confie Mme Paquette. Pourquoi ne pas l’avoir honoré de son vivant?»

Insolite, cette histoire le devient encore un peu plus lorsqu’on apprend que ces décorations militaires canadiennes ont été accordées à un soldat qui a participé à la libération de la France en tant que membre de la marine… américaine. «Ses parents sont nés aux Etats-Unis», raconte sa veuve qui est revenue habiter à Grand-Mère il y a un an après avoir passé plus de 50 ans dans la métropole.

Ingénieur, Henri Paquette quittera l’armée en 1948 pour aller travailler à la Canadian Vickers, un grand chantier naval à Montréal. Il épousera la même année Olive Boisvert qui avait pour sa part laissé la Grand-Mère Shoes pour aller gagner sa vie dans une autre usine de chaussures dans la grande ville. Elle aura quatre enfants avec son mari: trois filles et un garçon, «Il ne parlait pas beaucoup de la guerre, se souvient-elle. La seule chose qu’il disait, c’est qu’il ne permettrait jamais à son garçon d’être un militaire. Il préférerait lui couper un doigt à la place.» À son retour au Québec, Henri Paquette fera l’objet d’un reportage dans le Montréal Matin où il explique que les soldats allemands avaient utilisé des gaz toxiques lorsque les soldats avaient mis pied à terre aux Dunes-de-Varreville.

Lui qui avait vu de nombreux frères d’armes tombés au combat en 1944, Henri Paquette se fit rattraper par le destin vingt-trois ans plus tard. Âgé alors de 44 ans, l’ingénieur est porté disparu en février 1967 à l’occasion de l’un de ses nombreux voyages sur le fleuve Saint-Laurent, entre Montréal et Pointe-au-Père pour le compte de la Canadian Vickers.

Il est retrouvé trois mois plus tard, flottant sur le fleuve à la hauteur de Sorel, sans doute victime d’une guerre entre clans syndicaux sur le chantier naval raconteront certains collègues de travail à son épouse éplorée. «Henri était un honnête homme qui ne pouvait rester silencieux devant les injustices. Et ça, il y en a qui n’aimait pas ça» termine Olive Paquette en montrant les médailles militaires destinées à honorer un acte de bravoure, mais beaucoup trop tard pour les proches du défunt soldat.

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