Un héros nous parle…

Mon nom est Jean Cauchy de Lévis, ancien combattant de la Deuxième grande guerre. J’y ai participé comme pilote dans la R.C.A.F. de 1942 à 1945.

Jean Cauchy

J’ai partagé cette expérience avec des milliers de jeunes, heureuse pour ceux qui sont revenus ou malheureuse pour une multitude de camarades qui ont fait le suprême sacrifice, comme mon frère Louis, l’aîné de la famille, dont l’équipage a été décimé en Hollande en revenant d’une mission sur Brême, Allemagne le 27 juin 1942.

Apprenant cette triste nouvelle, j’ai signé sans hésiter mon engagement, comme volontaire pour servir dans la R.C.A.F. à 18 ans le 7 juillet ’42 pour prendre la relève et pour venger sa mort – vengeance était l’esprit du temps lorsqu’un membre de la famille était tué à la guerre.

S’enrôler comme volontaire nous permettait de faire un choix dont le mieux était de devenir pilote. Tout un défi à relever alors que je parlais très peu l’anglais et qu’à l’époque l’entraînement était fait en anglais. Après maintes difficultés et un entraînement intensif en théorie et la pratique, j’ai obtenu mes ailes de pilote à St.-Hubert en janvier 1944 – souvenir des plus heureux.

À la fin de mars 1944, j’ai été permuté en Angleterre et désigné comme pilote de bombardier. Suite à huit mois d’entraînement, on m’a affecté à l’escadrille canadienne française 425, « Alouette », équipée de bombardiers lourds de marque Halifax, quatre moteurs dont la mission était de bombarder les usines de guerre de la Vallée de la Ruhr et autres villes stratégiques.

Je n’oublierai jamais l’expérience qui m’a le plus marquée, la mission du 5 janvier 1945 où notre bombardier s’est fait descendre près de Hanovre, Allemagne. Touchés par le flac (D.C.A.) et un chasseur ennemi alors que nos avions huit mille livres (8 000) de bombes dans la soute de l’avion, le feu a pris dans l’aile droite. Ne réussissant pas à l’éteindre, j’ai donné l’ordre de sauter.

Ça été un choc traumatisant. Tout l’équipage a réussi à sauter en parachute dont cinq membres ont été faits P.O.W. – prisonniers de guerre. Malheureusement deux membres, Fernand Piché et Yves Lamarre, qui, d’après les rapports allemands, ont été fusillés par les S.S., parce qu’ils essayaient de se sauver, ce qui est douteux…. Je pense à eux souvent.

Suite à notre capture, nous avons passé par plusieurs camps de transitions, où nous subissions toutes sortes de questions, pour arriver à Frankfort et y être internés durant un peu plus d’une semaine dans une cellule minuscule, en solitaire et répondre à des interrogatoires très intensifs. Par la suite, plusieurs groupes de prisonniers étaient réunis pour être déplacés. De Frankfort on nous a transporté à un autre camp où on a complété notre dossier : photo, empreintes digitales, etc. etc..

Quelque temps après un court séjour à ce camp, on nous a transporté à une station de chemin de fer. Après nous avoir donné un paquet de la Croix Rouge pour le voyage, on nous a embarqué dans un wagon de marchandises. Nous avons voyagé durant trois jours dans la moitié du wagon et tassés comme des sardines, arrêtant à différents endroits déserts, pour finalement arriver à la petite ville de Barth, affamés et fourbus et marcher ensuite au camp permanent le Stalag Luft I, à quelques kilomètres de la station, situés au Nord de l’Allemagne sur les rives de la Mer Baltique.

De la fin de janvier à la fin d’avril, la vie a été très pénible compte tenu que les moyens de transport étaient presque paralysés par les bombardements, nous ne recevions pas de paquets de nourriture de la Croix Rouge qui complétaient le régime allemand.

Nous vivions donc sur une disette très sévère, le strict minimum et moins. Cet hiver là était très froid. Le froid et la faim nous empêchaient de participer à certaines activités pour nous distraire. Chaque personne de notre groupe réagissait selon leur personnalité. Personnellement quatre mois et demi, m’ont paru comme quatre ans. Toutefois nous étions jeunes et pouvions endurer avec patience, s’espérant que la fin de la guerre était proche.

Merci à la Croix Rouge et à la Convention de Genève qui nous ont aidés à survivre. Ça été une grande aventure, aussi un grand bonheur de servir son pays et de se battre pour la liberté, sa famille et son pays.

Je dis aux jeunes, rien n’est impossible. Il faut être tenace ! Ne jamais désespérer ! Ne jamais lâcher !

Source : http://www.leprojetmemoire.com/Stories/Veteran-Profile.aspx?tab=profile&itemid=1089

Nous retrouvons sur le site Internet Bomber Group 6 ceci…

F/Sgt. J. Cauchy, RCAF–POW and crew from 425 squadron, flying Halifax III MZ-860, coded KW-E, failed to return from this operation.

      Sgt. E. Faulkner, RCAF–POW
      F/O J. Lesperance, RCAF–POW
      P/O J. Piche, RCAF
      Sgt. R. Cantin, RCAF–POW
      P/O J. Lamarre, RCAF
      F/Sgt. J. Cote, RCAF–POW

2 crew were killed and 5 were POWs.

6 réflexions sur “Un héros nous parle…

  1. Bonjour M.Cauchy,
    J’ai lu avec intérêt votre note et je me demandais si vous n’auriez pas connu le sergent-major Jean-Guy Huet (air gunner sur un Halifax). Si je me souviens de ses récits, il a été fait prisonnier aussi dans une situation similaire à la vôtre en 1944. Il a été interné dans un stalag-luft également.

    Jean-Guy était mon père.
    Il est décédé en 1993.
    Merci

  2. Votre père a été descendu en même temps que Jean Cauchy…

    F/O J. Seguin, RCAF–POW and crew flying Halifax III NR-178, coded KW-J, failed to return from this operation.

    P/O G. Noonan, RAF
    F/O J. Bilodeau, RCAF–POW
    Sgt. J. Cantin, RCAF–POW
    P/O J. Lapierre, RCAF–POW
    F/Sgt. J. Huet, RCAF–POW
    Sgt. B. Simonin, RCAF

    2 crew were killed and 5 were POWs.

  3. Bonjour M. Lagacé,

    Mon nom est Michel Piché et je suis le neveu de Fernand Piché, membre de l’équipage du bombardier Halifax descendu le 5 janvier 1945 avec comme pilote Jean Cauchy.

    Est-il possible de communiquer avec Jean Cauchy? Je vous en serais infiniment reconnaissant.

    Merci et un grand bravo pour votre site

    Michel Piché

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