Le sans-filiste Jean-Maurice D’Avril

Jean-Maurice D’Avril est un des 9000 aviateurs canadiens tués outre-mer durant la guerre 39-45.

Sauf que…

Jean-Maurice avait sauté en parachute après que le Halifax piloté par Jean-Jacques Desbiens fut touché par la D.C.A. allemande.

Un jeune garçon allemand avait entendu parler d’un aviateur canadien fait prisonnier.

50 ans plus tard, devenu adulte, Peter Hessel partit à la recherche de cet aviateur canadien…

Voici un compte-rendu de lecture fort intéressant que j’ai trouvé ici

Peter Hessel a grandi dans l’Allemagne nazie; il était même membre de la section junior du mouvement des Jeunesses hitlériennes, connue sous le nom Jungvolk. Après la guerre, il a quitté l’Allemagne pour émigrer au Canada, où il a travaillé comme traducteur pour le gouvernement canadien; il a aussi écrit sur l’histoire canadienne et sur l’histoire des immigrants. Pendant qu’il couchait sur papier le souvenir de son expérience en Allemagne nazie, l’auteur a découvert une histoire fascinante au sujet d’un aviateur canadien inconnu, assassiné à la suite d’un raid massif de bombardement.

On trouve sur la jaquette du livre une brève description du contenu de The Mystery of Frankenberg’s Canadian Airman : « Un témoin direct d’un bombardement de terreur et sa quête de la vérité, de la justice et de la réconciliation au Canada et en Allemagne ». [TCO] Vu cette description, le lecteur pressé pourrait avoir une impression erronée de ce qu’on trouve dans l’ouvrage. Bien que l’auteur discute en effet de la moralité du bombardement des villes allemandes par les forces alliées, le livre est en grande partie une enquête détaillée sur la mort d’un aviateur qui a participé à ces raids. Le livre de Hessel, qui est soigneusement documenté, est l’histoire d’un homme cherchant à concilier les gestes de ses compatriotes d’adoption et ceux de ses compatriotes de naissance pendant les derniers mois de la guerre en Europe. Ceux qui s’intéressent à l’aviation militaire devraient prendre le temps de lire ce livre avec soin tant pour l’histoire qu’il raconte que pour ses appendices et ses notes.

The Mystery of Frankenberg’s Canadian Airman comporte deux parties : la première décrit le contexte dans lequel le meurtre de l’aviateur canadien s’est produit et comment l’auteur a pu découvrir son identité; la seconde tente de justifier la vie et la mort de l’aviateur auprès des membres de sa famille ainsi qu’auprès des survivants allemands des bombardements. Bien que l’avant-propos du livre laisse à penser qu’il s’agit d’un polar, c’est plutôt un livre où l’on cherche à expliquer ce qui s’est passé.

Le livre possède tous les éléments essentiels d’un roman-mystère de premier ordre. Aux anecdotes racontées par les intervenants au sol et dans les airs, l’auteur greffe des comptes rendus du meurtre brutal d’un prisonnier de guerre de façon à diriger rapidement le lecteur vers un point culminant. Cependant, comme je suis un lecteur habitué au rythme des romans-mystères, j’ai été déçu de découvrir, à mi-chemin, l’identité de l’aviateur inconnu. C’était comme si l’histoire avait dû se terminer là. Pourtant, l’auteur réussit avec brio à conduire ensuite son lecteur au second point culminant du livre, en lui présentant la personne qu’était l’aviateur, puis en amenant des membres de sa famille en Allemagne pour y rencontrer des survivants des bombardements.

Le livre comporte certaines petites faiblesses, qui ne diminuent toutefois pas sa qualité. L’auteur donne un compte rendu assez équilibré de l’offensive des Alliés, que les nazis ont appelée terrorangriffe (raids de terreur); cependant, certains lecteurs pourraient être gênés par le vocabulaire nuancé qu’il utilise. Par exemple, il emploie le terme monstre pour décrire le bombardier Halifax, exposé au Musée de l’aviation du Canada de Trenton. Par ailleurs, l’allégation selon laquelle on aurait assassiné des centaines d’aviateurs alliés, allégation qui repose sur des preuves non attestées, diminue la crédibilité du livre, qui est néanmoins un ouvrage d’histoire factuelle de la meilleure encre.

Pour l’auteur de ce compte rendu, une des principales forces de The Mystery of Frankenberg’s Canadian Airman est sa capacité de donner figure humaine à une guerre de bombardements, qui, par nature, est impersonnelle. En décrivant des citoyens allemands en train de se noyer dans les eaux d’égouts qui inondent les abris souterrains de leur maison devenus de véritables tombes, l’auteur rappelle de façon saisissante les coûts humains d’une guerre où l’on ne voit habituellement pas son adversaire. Dans son appendice qui porte sur le meurtre de 25 aviateurs canadiens au cours des 10 derniers mois de la guerre, et la mention d’autres incidents non attestés, il prévient les combattants du caractère fragile de la civilisation en plein cœur de la guerre. Hessel montre les meilleurs et les pires aspects de l’Allemagne lorsqu’il raconte que des soldats allemands ont protégé des prisonniers de guerre contre des foules allemandes en furie, tandis que d’autres tournaient le dos pour laisser des nazis habillés en civil assassiner des aviateurs alliés prisonniers.

Le livre comporte des notes et des appendices détaillés qui seront utiles aux chercheurs désireux d’approfondir la question du meurtre d’autres aviateurs canadiens. Cependant, l’expérience de Peter Hessel montre qu’il serait très difficile pour un non-Allemand de retracer les événements ou d’identifier les gens et qu’une telle enquête coûte cher en temps et en argent. Quoi qu’il en soit, The Mystery of Frankenberg’s Canadian Airman se lit fort bien et est un ajout appréciable à toute bibliothèque. Cet ouvrage n’est certes pas un compte rendu majeur de la campagne de bombardement allié, mais il offre un récit hautement personnalisé au sujet d’une enquête sur un crime de guerre. Si l’on songe comment il a été assez facile à une personne déterminée de résoudre ce mystère plus de 60 ans après le déroulement des événements, le lecteur devrait peut-être se demander pourquoi il est si difficile de traduire certains criminels de guerre en justice. Enfin, j’aimerais terminer avec cette réflexion : alors que ceux qui ont participé à la guerre ne tiennent pas vraiment à aviver les plaies du passé, ceux qui étaient tout jeunes pendant la guerre cherchent, quant à eux, à y voir clair. Le besoin humain de chercher la vérité et la réconciliation est une force puissante que le temps ne réussit pas à éroder.

Vous pouvez m’écrire en cliquant ici si vous avez des informations sur l’escadrille Alouettes.

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