Le naufrage du Charybdis : dixième épisode

Il reste encore deux épisodes après celui-ci…

Tenez bon, car vous allez apprécier la fin si je peux m’exprimer ainsi.

Voici donc le dixième épisode :

HMS Charybdis

Le servant de l’instrument vient de déceler un écho bien pro­che ! Toutes les jumelles se portent dans la direction indiquée. Fausse alerte. Il n’y a rien dans l’azimut indiqué.

Depuis la passerelle de son T 23, Friedrich Paul aperçoit en­core par moments nombre de petites lumières qui dansent sur l’eau ainsi qu’un destroyer qui, dans le lointain, émet frénéti­quement en morse optique la lettre  » T « , ce qui sans doute si­gnifie une attaque par torpilles ainsi que le pensent les offi­ciers allemands.

Friedrich Paul

1 heure 53. Ordre du chef de flottille.

« A tous, ligne de file, 21 noeuds ! Tous les navires au rapport ! »

Le Commandant Kohlauf et Paul se demandent pourtant si la flottille ne devrait pas retourner sur les lieux du combat où elle pourrait faire quelques prisonniers. Il faut évidemment peser le pour et le contre car il existe un risque sérieux de se retrouver placé en situation d’infériorité depuis que tous les navires sauf le T  25 ont tiré la totalité de leurs torpilles et qu’en cas de nou­velle attaque, ils n’auraient plus que leurs canons pour se dé­fendre. Qui plus est, selon les stations côtières, il pourrait y avoir dans les parages un second groupe ennemi, lui aussi con­duit par un croiseur.

Non, il est plus sage de renoncer et le Münsterland qui se trouve à quelques milles dans le Sud est trop précieux pour être abandonné.

– Laissons les Anglais repêcher leurs hommes ! dit Kohlauf. Nous avons plus important à faire. Cap au 130, 19 noeuds !

Il est un peu plus de deux heures du matin et le contact vi­suel avec les Anglais a été perdu. L’engagement n’a duré que dix minutes !

Intact, le Münsterland fait route vers le port de Lézardrieux pour se mettre à l’abri d’une nouvelle attaque.

Münsterland

HMS Charybdis, 1 heure 50.

Un peu plus de cinq minutes se sont écoulées depuis que le croiseur a été touché.

Dans les fonds du navire, des dizaines d’hommes ont déjà trouvé une mort affreuse, dans les chauffe­ries en particulier. Au travers des informations forcément par­cellaires qui parviennent jusqu’à lui, George Voelcker a compris que ce navire qu’il aime tant, son cher navire, est perdu et qu’il est temps de donner l’ordre qu’un Commandant ne donne jamais qu’à regrets.

George Voelcker

– Abandon ship ! Aux postes d’abandon !

Il en est grand temps car le Charybdis dont la gite atteint maintenant cinquante degrés sur bâbord, s’enfonce de plus en plus par l’arrière. Ce n’est plus qu’une question de minutes. Une nouvelle explosion secoue le bateau. Interne ou externe ? Mu­nitions ou torpille ? Nul ne le sait et a vrai dire personne ne s’en soucie plus car le mouvement d’engloutissement s’accélère in­sensiblement. A mesure que l’ordre de Voelcker parvient à l’équipage, les espars de bois et les radeaux sont jetés à la mer.

Alors qu’il descend de la passerelle, Dennis Nicholls ren­con­tre Bill Hustler, l’un de ses meilleurs amis.

– Bien content de te voir vivant, Bill ! M’est avis que nous en avons pris un sacré coup !

– Pour sûr  ! Cela me rappelle quand j’ai été coulé avec le Kandahar. C’était pareil !

Péniblement, les deux hommes se fraient un chemin vers le pont principal d’où montent des appels et des cris de douleur. En quelques instants, les 569 hommes de l’équipage ont vu leur navire s’arrêter de vivre. HMS Charybdis n’est plus qu’une épave que la mer a déjà commencé à engloutir. Pour un certain nombre d’entre eux, tout est désormais fini, mais pour les survi­vants, qu’ils soient blessés ou indemnes, c’est une longue agonie qui commence. Le mazout dont on ne sait comment il a pu se répandre sur le pont, le rend terriblement glissant. Les plus af­faiblis ne peuvent s’y cramponner et glissent à la mer en hurlant.

Encore choqué par les explosions, Ernest Pryke s’est relevé. Aucun doute hélas n’est permis ; son bateau est bel et bien en train de mourir. Le bosco a quitté les écouteurs de son télé­phone car malgré ses appels, aucun son ne parvenait plus jus­qu’à la passerelle de secours dont il avait la charge. Cette pas­serelle est située vers l’arrière du bâtiment, sur le même rouf que celui qui supporte le télépointeur d’artillerie. D’ailleurs, le choc de l’explosion a été si violent que ce télépointeur a été ar­raché de sa base et gît à présent, renversé sur le sommet du rouf et dans le noir qui a présent enveloppe le navire, Pryke n’a même pas pu se rendre compte si le servant du télépointeur a pu s’ex­traire de son poste. Des appels au secours fusent de partout à la fois et il ne peut, lui qui est encore valide, qu’aider les plus at­teints à regagner le pont principal. Beaucoup de ceux qu’il aide sont atrocement brûlés et il faut les soutenir, ce qui n’est pas chose facile alors que la gite augmente de plus en plus.

« Abandon ship ! Abandon ship ! »

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