Le naufrage du Charybdis : neuvième épisode

Puis, la même voix crie encore :

– Torpilles sur bâbord !

Batty se penche pour regarder et cela avec d’autant plus de facilité, qu’il n’est pas sanglé à son canon ainsi que le prévoit le règlement. En fait, il préfère au grand dam du maître canonnier qui perd son temps à lui rappeler la consigne, être libre de ses mouvements et se cramponner à l’affût comme il le ferait avec une mitrailleuse. Dans un instant, sa désobéissance va lui sau­ver la vie…

Ce qu’il aperçoit par dessus le flanc du bateau le fait fris­sonner de peur. A moins de 50 mètres, le sillage fluorescent d’une torpille est clairement visible et ce sillage se dirige droit vers la partie du navire où il se trouve.

– A plat ventre Grimes, elle est pour nous !

Dans un fantastique bond, Batty et son camarade Grimes se plaquent contre la cloison de la chambre des cartes à l’instant précis où la torpille explose.

Un épouvantable fracas suit l’impact et Harold Batty, les yeux agrandis par l’horreur voit le navire se déchirer littéra­le­ment devant lui. L’affût auquel il se cramponnait l’instant d’avant est arraché de son embase et, projeté au-dessus de sa tête, il va se ficher dans la cloison de la chambre des cartes. Derrière cette cloison, c’est un affreux carnage. En traversant la paroi,  la volée du canon a horriblement mutilé les malheureux qui se trouvaient là. Ceux-ci seront morts sans réaliser ce qui leur arrivait.

Ce moment de stupeur passé, Batty et Grimes encore sonnés par la violence de l’explosion se relèvent pour constater que leur bateau est coupé en deux juste devant eux, un peu en avant de la passerelle. La partie avant du destroyer se couche lentement et disparaît sous les eaux, entraînant avec elle les servants de la pièce de 102. La dernière vision que Batty garde de ce cauche­mar est celle de la plage avant inclinée et de deux corps inani­més qui sont allongés dessus. Sur la passerelle d’où ne vient plus aucun ordre, règne un silence angoissant. Le matelot esca­lade l’échelle qui y conduit mais ce qu’il découvre en y parve­nant l’épouvante. Les deux veilleurs bâbord sont toujours à leur poste mais ils sont morts, coupés en deux par l’explosion. En tremblant, il redescend l’échelle.

C’est alors que pour la première fois, Harold Batty se rend compte qu’il est blessé car une douleur fulgurante au niveau de la fesse droite lui arrache un cri. Instinctivement, il porte la main à la blessure. Il ne saigne pas mais sa fesse pend d’une bien curieuse façon. Allons ! Il n’est pas temps de s’inquiéter de cette blessure. Il faut d’abord qu’il sauve sa vie. L’arrière du Limbourne paraissant intact, c’est vers cette partie qu’il se dirige.

T 23, 1 heure 45

A l’instant où les obus éclairants tirés par les Anglais illumi­naient le ciel, Friedrich Paul aperçoit le résultat de son tir. deux de ses torpilles au moins ont fait but sur le croiseur et une autre a touché un destroyer. Le résultat en est saisissant. Une longue colonne de flammes a bondi vers le ciel pour s’éteindre aussitôt puis, la coque du croiseur s’est illuminée de rouge avant de s’embraser. Assourdi, le fracas des explosions leur parvient quelques secondes plus tard.

La guerre vient de se déchaîner sur ces eaux encore si tran­quilles un instant auparavant.

 » T 23, tir d’éclairants ! »

C’est Kohlauf qui vient de donner cet ordre tandis que les torpilleurs de la 4-TF achèvent de lancer leurs dernières tor­pilles en direction des destroyers anglais indemnes. A la lueur d’un éclairant, le Limbourne apparaît fugitivement. Il est seul. A quelques centaines de mètres devant lui, le Charybdis à bord duquel l’incendie fait rage est clairement visible. Les canonniers concentrent le feu sur lui.

« Chef de flottille à tous : virement de bord de 90 degrés par la droite ! Poursuivez le feu au canon ! »

Ce nouveau cap éloigne la 4-TF du lieu du bref engagement. Derrière eux, les deux navires touchés brûlent. Les autres des­troyers ne ripostent pas et d’ailleurs, on ne les voit même plus, ce qui étonne Paul et Kohlauf. Salve après salve, les canons des torpilleurs crachent leurs obus jusqu’à être en limite de portée. A la fin du combat, Wirich von Gartzen, commandant le T 25 notera qu’il a tiré pas moins de 396 coups avec ses pièces de 105 mm. Curieusement, la riposte anglaise est toujours inexis­tante…

« A tous, venir par la gauche au cap 130 ! Vitesse 24 noeuds ! Cessez le feu ! »

Une nouvelle fois, Kohlauf vient d’ordonner un changement de cap que le radio téléphoniste retransmet aussitôt.

– Attention passerelle, de FuMG ! Echo dans le 270 à 600 mètres !

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s