Le naufrage du Charybdis : quatrième épisode

Voici la suite du récit d’Yves Dufeil sur le naufrage du HMS Charybdis.

Dans tous les compartiments, les conversations un instant interrompues par l’annonce du Commandant, reprennent de plus belle.

– Je vous l’avais bien dit les gars, nous allons sur les côtes françaises ! Vous voyez, j’ai toujours des tuyaux de première !

Sur les destroyers, les Commandants ont aussi annoncé à leurs équipages quel était l’objectif de la nuit, the target for tonight ou encore T for T comme on le dit dans le langage usuel de la Navy. Là aussi, les commentaires vont bon train et il y a même certains officiers de destroyers qui s’étonnent des dispositions retenues.

– Comment ? C’est ce croiseur à peine rentré de Méditer­ranée qui commande la flottille ! C’est quand même un peu fort ! Et en plus, un croiseur anti-aérien ! Mais que fait-on de notre expérience dans ce genre d’opération ?

HMS Charybdis

– C’est vrai, il me semble qu’il n’est pas à sa place parmi nous ! Enfin, on verra bien ! Il parait que son Commandant est un officier remarquable…

– Oui, on le dit. J’ai entendu parler de lui par un camarade voici quelques jours. Il parait qu’il a servi auparavant sur un sous-marin. C’est quand même une référence !

Dehors, il fait maintenant nuit noire. Le ciel est couvert et par moments, tombe une averse, au grand dépit des veilleurs qui dehors, sont exposés à toutes les intempéries. L’escadre pour­suit sa route cap au sud et chaque tour d’hélice désormais rapproche les adversaires.

T 23,  21 heures 45.

Friedrich Paul a quitté l’abri de navigation à l’intérieur duquel il s’était réfugié lorsque la pluie avait commencé à tom­ber. Cela n’était qu’une averse et heureusement, la visibilité est à présent redevenue bonne.

La visibilité. C’est bien cela le principal souci du Commandant Franz Kohlauf, le Chef de Flottille car, dans le domaine de la détec­tion, les Allemands accusent un certain retard sur leurs adver­saires. Ils ont à leur disposition deux systèmes : le FuMB et le FuMG.

Le premier est un appareil qui détecte les émissions radio-électriques de l’ennemi pour autant qu’elles soient émises dans sa plage de fréquence et le second est un embryon de radar qui fonctionne dans la bande métrique. L’un et l’autre sont assez peu précis et doivent être manoeuvrés manuellement. Quoi qu’il en soit, avec la bonne visibilité actuelle, ces insuffisances sont en partie palliées par le TZA, le système de pointage des tubes lance-torpilles dont les puissantes jumelles permettent mainte­nant de distinguer dans le lointain et cap à l’est, le Münsterland entouré de ses dragueurs d’escorte.

Côte à côte sur la passerelle, les deux hommes scrutent l’obscurité à travers l’optique de leurs jumelles de vision noc­turne. Tout est étrangement calme. Kohlauf consulte sa montre.

– Faites rappeler aux postes de combat, Friedrich !

Paul retransmet l’ordre à l’officier de quart et au timonier qui au moyen de son fanal de signalisation répercute en direction des autres navires.

Aussitôt, dans les postes et les coursives du T 23, retentit le bruiteur d’alerte tandis que l’éclairage rouge qui est utilisé la nuit se met à clignoter. En quelques instants, les coursives sont pleines d’hommes qui se hâtent vers les tourelles, les tubes lance-torpilles, la passerelle, la machine… Trois minutes après la mise en alerte, Paul peut annoncer à son chef de flottille :

– Navire aux postes de combat et paré à manoeuvrer !

Après la brève agitation occasionnée par ce rappel de l’équi­page aux postes que chacun doit occuper en cas de combat, le navire est redevenu calme et silencieux. Les canonniers balan­cent les tourelles, les torpilleurs vérifient une dernière fois leurs tubes qui constituent l’arme la plus redoutable de ces torpilleurs de la classe Elbing. Déplaçant 1300 tonnes, ils sont capables, grâce à leurs turbines d’une vitesse de 34 noeuds et constituent de superbes machines de guerre.

Visible malgré la nuit, une fine moustache d’écume souligne de blanc l’étrave des unités de la 4-TF.

– Message Commandant !

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