Le naufrage du Charybdis, deuxième partie

La déception est grande chez ceux qui espéraient profiter de cette nuit au mouillage pour pouvoir descendre à terre car ce soir toutes les permissions seront annulées et dans quelques heu­res, le croiseur aura repris la mer. Pour quelle destination ? L’équipage n’en sait encore rien, mais quelques uns toujours bien informés parlent déjà d’une intervention en Manche et la nouvelle se propage très vite dans tout le bord.

HMS Charybdis

HMS Charybdis

Placer le navire en état d’appareillage, cela signifie pour les hommes du pont non de quart, disposer sous les ordres du bosco, un maximum d’espars de bois sur les roufs. C’est là une vieille habitude qu’avait prise le Commander Whitfield alors qu’il était le second de Voelcker et qui, bien qu’il ait quitté le navire depuis quelque temps, a été conservée. Malgré leur lassitude, les hommes effectuent de bonne grâce et dans la bonne humeur cette opération dont ils n’ignorent pas qu’elle est avant tout destinée en cas de naufrage à sauver un maximum de vies. Et puis, comme partout, il y a le comique de service, celui qui en toutes circonstances sait trouver le mot qui fera rire. Le matelot Johnson est l’un de ceux-là.

– Hé bosco, voila votre espar !

Ernest Pryke, le bosco que vient d’interpeller le matelot se retourne et voit au milieu de l’hilarité générale, ce farceur de Johnson déposer cérémonieusement un bois d’allumette sur le bord du rouf. D’autres encore, inscrivent en riant leur nom sur ces espars qui le plus souvent sont de grandes planches.

– Celui-là m’est réservé ! Vous voudrez bien me faire la poli­tesse de me demander la permission avant de l’utiliser !

De plaisanterie en plaisanterie, le temps passe et voici bientôt le croiseur prêt à prendre la mer. Silencieux dans son coin, le quartier-maître John Howard ne semble pourtant pas apprécier la gaieté de ses camarades. Kenneth Taylor, un mate­lot qui le connaît bien s’avance vers lui.

– Eh bien Johnny ! Tu en fais une tête ! Une peine de coeur, je parie !

– Oh non, même pas ! Rien qu’un coup de cafard ! Je ne sais pas pourquoi, mais cet appareillage ne me dit rien qui vaille. J’ai comme un pressentiment…

– Allons, c’est ridicule ! On en a déjà vu bien d’autres, non ? Tiens, souviens toi, les convois de Malte. Et les débarquements en Italie. C’était tout de même autre chose de plus risqué que ce que nous faisons depuis le retour en Angleterre ! Allez, t’en fais pas, tout ira bien !

Pas convaincu, Howard tourne le dos à son ami et poursuit son travail en silence.

T 23, Brest, 18 heures.

– L’équipage aux postes de manoeuvre !

T 23

T23

En quelques minutes, une équipe de marins rejoint la plage avant où se trouve déjà un officier qui attend les ordres de la passerelle.

 » A virer ! »

Dans un raclement sourd, la chaîne remonte lentement dans l’écubier, rincée par un jet d’eau douce et surveillée par le maître de manoeuvre penché au-dessus des filières.

– A pic !

Friedrich Paul n’attendait que cette information pour donner ses ordres à la machine.

Paul

Kplt Friedrich Paul

– Les deux bords en avant demi !

Dans la salle des machines du torpilleur, une sonnerie re­tentit tandis que l’aiguille du transmetteur d’ordres s’immobilise sur « Halbe« . Un long frémissement parcourt le T 23 qui arbore en tête de mât le guidon de Chef de Flottille tandis qu’à l’ar­rière, l’eau brassée par les deux puissantes hélices se met à bouillonner comme le torpilleur commence à prendre de la vi­tesse. Dans son sillage viennent se placer le T 26 du Kapitän­leutnant Quedenfeld, puis le T 27, Kapitänleutnant Verlohr, Hans Blöse et son T 22 et enfin, le T 25 de Wirich von Gartzen.

Un quart d’heure plus tard, alors que les maisons de Brest s’estompent dans les dernières lueurs du couchant, la flottille sort de la rade et met le cap à vingt noeuds vers la haute mer. Le sort en est jeté !  Les adversaires de l’un des combats les plus meurtriers qu’allait connaître la Manche sont désormais en route l’un vers l’autre. Le vent est faible, la mer peu agitée et la visibilité bonne.

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