L’affaire du Münsterland

Je savais que ce nom me disait de quoi…

Et pour sûr.

C’était un chapitre du livre Le Grand Cirque de Pierre Clostermann.

Le Grand Cirque

Ça me ramène en 1964 quand j’ai eu ce livre lors de la remise des prix à la fin de l’année scolaire.

J’ai dû le lire vingt fois…

J’ai justement trouvé ça sur Internet…

C’est un des chapitres et on parle du Münsterland.

Histoire du mois


Extrait du chapitre « L’affaire du Münsterland » tiré du livre « le Grand Cirque » de Pierre Clostermann (Editions Flammarion)

Illustré par Benjamin Freudenthal

… Les derniers préparatifs avant l’envol sont silencieux. Seul Joe Kistruck fait une réflexion désabusée sur « cette pauvre RAF qui a toujours bon dos pour rattraper les gaffes des imbéciles de l’Amirauté »…

 

A Ford c’est l’habituelle comédie des pneus crevés, des accumulateurs de démarrage à plat. heureusement la longue expérience d’escales sur les aérodromes avancés de Yule, a permis de prévoir trois avions de réserve par groupe, et, à 9h50, la 602 et la 132 décollent au complet.
Je vole en position Bleu 4, co-équipier de Jacques qui est Bleu 3 dans la section de Ken Charney Bleu 1.

En route vers le rendez-vous, nous croisons les trois Bostons dont le rôle consistera à éparpiller sur une longueur de trente kilomètres vers le Cap de la Hague des bandes de papier métallisés qui embouteilleront les radars Allemands. Grâce à cette disposition et à la brume, nous arriverons peut-être à l’entrée de Cherbourg sans être trop repérés.

Au ras des toits de Brighton, nous rejoignons les Typhons, et, cap au sud, au raz de la mer grise, nous obliquons vers Cherbourg.

Je déteste voler au ras de l’eau avec tous ces systèmes de réservoirs supplémentaires et de robinets où peut toujours se nicher la malencontreuse bulle d’air qui fera couper le moteur la fraction de seconde suffisante pour vous envoyer percuter dans les vagues à 500 kilomètres à l’heure.

Nous traversons des bandes de brume opaque qui nous obligent à un P.S.V. très délicat à quelques mètres de la mer que nous voyons ou pas. Les typhons, malgré leurs bombes de 500 kilos sous les ailes, filent à un train d’enfer, et nous avons du mal à les suivre.

Obsédé par l’idée de voir s’allumer le voyant rouge si ma pression d’essence au carburateur vient à diminuer, mal à l’aise, je commence à transpirer des pieds à la tête. Qu’est-ce que cela sera quand commencera la flak !

10 h 15.

Le brouillard s’épaissit, et une bluie battante se déchaîne.

D’instinct, les section se rapprochent pour garder le contact visuel.

Soudain la voix calme de Yule rompt le rigoureux silence radio :

« – All Bob aircraft drop your babies, open up flat out, target straight ahead in sixty seconds ! »(1)

Allégé de son réservoir, et bien tiré par les 1800 chevaux de son moteur, mon Spitfire bondit, et je me place 50 mètres à gauche de Jacques, un peu en retrait, écarquillant les yeux pour voir quelque chose dans cette sacrée Brouillasse…

« – Look out Yellow section flak-Ship one o’clock ! (2)
et immédiatement après Wooley, c’est Ken Charney qui aperçoit un autre flak-ship droit devant nous !

– Max blue attacking 12 o’clock ! (3)

Une masse grise qui se balance dans le brouillard, une courte cheminée, des plateformes surélevées, un mat barbelé d’antennes de radar – puis des éclairs rapides, saccadés tout le long de la superstructure.

Diable ! – J’enlève la sécurité des armes, je baisse la tête et je rentre les épaules à l’abri de mon blindage. des faisceaux de traceuses vertes et rouges passent de tout côté.

Suivant jacques, je passe au milieu d’une gerbe d’eau de mer soulevée par un chargeur de 37 mm. qui me manque de peu – L’eau salée brouille mon pare-brise.

Je suis à une cinquantaine de mètres du Flak-ship.

Jacques en avant de moi tire ; je vois la lueur de ses canons et la cascade de douilles tombant de ses ailes.
J’ajuste la passerelle, entre la cheminée déchiquetée et le mât. Une longue rafale continue, je garde le pouce sur le détente, furieusement. Mes obus explosent dans l’eau, remontent vers la ligne de flottaison, explosent sur la coque grise zébrée de bandes noires, remontent encore plus haut sur les rambardes, les sacs de sable.

Une manche à air s’écroule, un jet de vapeur jaillit je ne sais d’où. Vingt mètres – Deux hommes en pull-over bleu marine se jettent à plat ventre – dix mètres – les 4 canons d’un affut multiple de 20 mm. sont pointés droit entre mes deux yeux – vite – mes obus explosent tout autour. Un servant portant deux chargeurs pleins bascule dans la mer les jambes fauchées, puis les 4 tubes tirent, j’en sens la vibration quand je passe un mètre peut-être au-dessus – Puis c’est la gifle des fils d’acier de l’antenne que mon aile arrache au passage… Mon bout de plan a frôlé le mât !

Ouf ! passé…

Tous mes membres sont secoués par un terrible tremblement nerveux, mes dents claquent. Jacques zigzague entre les geysers des obus. Par endroit la mer bouillonne.

Une demi-douzaine de Typhoons attardés défilent à notre droite comme une bande de marsouins, fonçant vers l’enfer que l’on devine derrière le long mur de granit du brise-lame.

Je passe à ras d’un fort dont les murailles même semblent cracher le feu – C’est un curieux mélange de tours crènelées, de casemates bétonnées modernes et de glacis à la Vauban.

Nous sommes maintenant au milieu de la rade – un inextricable fouillis de mâts de chalutiers, d’épaves rouillées qui émergent entre les docks en ruines. Le temps semblent s’être légèrement éclairci – gare à la chasse boche.

L’air est zébré de traceuses, ponctué d’éclairs, semés de flocons noirs et blancs de Flak.

Le Münsterland est, là, environné d’explosions, de flammes et de débris. Ses 4 mâts hérissés de bras de charge émergent de la fumée ainsi que la grosse cheminée trapue, tout à l’arrière. L’attaque des typhons bat son plein. Les bombes explosent sans arrêt avec de formidables éruptions de feu et de nuages noirs qui vont en s’épaississant. Un Typhoon disparaît, volatilisé par l’explosion d’une bombe lancé d’un avion précédent. Une des énormes grues du port s’écroule comme un château de carte…

« – Hullo Bob leader, Kenway calling – There are Hun fighters about, look out ! » (1)
Quelle fournaise !

Je suis près de Jacques qui remonte en spirale vers la couche de nuages.

Deux Typhoons émergent d’un cumulus à quelques mètres de nous, et il s’en faut de peu que je ne tire dessus – avec leur museau massif et leurs plans carrés ils ressemblent fichtrement aux Focke Wulfs…

– Break Max Blue four ! (5)

Jacques dégage violemment, et son Spitfire me glisse sous le nez à quelques mètres, deux aigrettes blanches au bout des ailes. Pour éviter la collision, j’attends une fraction de seconde, et un Focke Wulf – un vrai celui-là ! – me frôle, rapide, faisant feu de ses quatre canons. une obus ricoche sur mon capot. Comme je passe sur le dos pour l’aligner dans mon collimateur, un deuxième Focke Wulf apparait dans mon pare-Brise, face à face, a moins de 100 mètres. Son gros moteur jaune qui grandit, son hélice qui semble tourner lentement se ruent sur moi, et ses ailes s’illuminent du départ de ses armes – Bang ! Mon pare-brise s’étoile et devient opaque. Sidéré, je n’ose bouger de peur d’une collision. Il passe juste au-dessus de moi et mon hood se couvre d’huile.

Le ciel est maintenant rempli d’avions et fourmillant d’éclatements de Flak. Je tire au jugé sur un autre Focke Wulf que je manque, heureusement, car c’est un Typhoon. Jacques tourne avec un chasseur Boche : je vois ses obus exploser sur la croix noire du fuselage. Le Focke Wulf se retourne, montrant son ventre jaune, et pique, toussant de la fumée et des flammes.

– Good show Jacques ! – You’ve got him ! (6)

Ma pression d’huile baisse soudain de façon inquiétante. La pluie recommence, et au bout de quelques secondes, mon hood est recouvert d’une pellicule d’émulsion savonneuse. Je m’enfile dans les nuages, et en P.S.V. je mets cap au Nord, après avoir prévenu Jacques et Yule par radio.

J’arrive à Tangmere tant bien que mal, avec une pression d’huile à zero et un moteur bouillant, prêt à éclater. pour me poser, je largue la cabine pour y voir plus clair.

Dans cette histoire, nous avons perdu deux pilotes, ainsi que la 132. Sept Typhoons détruits, plus deux qui sont tombés au large de Cherbourg, et dont les pilotes ont été repêchés par les vedettes.

Quant au Münsterland, quoique sérieusement avarié, une partie de sa cargaison en feu, il réussit deux nuits plus tard à se faufiler jusqu’à Dieppe et finalement il se fit couler par un strike (7) de Beaufighters au large de la Hollande.

Jacques & Pierre

 

« … Je passe à ras d’un fort dont les murailles même semblent cracher le feu – C’est un curieux mélange de tours crenelées, de casemates bétonnées modernes et de glacis à la Vauban.… »
jacques Remlinger


Pierre Clostermann

(1) – « Tous les avions Bob largueront leur réservoir et ouvrirons les gaz – Objectif droit devant dans soixante secondes »

(2) – « Attention ! Jaune – Un bateau de flak à une heure ! »

(3) Max bleu, attaquant à 12 heures ! »

(4) Allo ! Bob Kenway vous appelle – attention aux chasseurs allemands dans les environs.

(5) » Max Blue quatre, dégagez ! »

(6) « Bravo ! Jacques, tu l’as eu ! »

(7) « Formation d’assaut ! »

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