Le naufrage du Charybdis, première partie

Un nouveau récit d’Yves Dufeil…

OPERATION TUNNEL

L’AFFAIRE  DU  MÜNSTERLAND

23  Octobre 1943

Brest, 22 Octobre 1943, 15 heures. Torpilleur T 23

A bord du torpilleur T 23 mouillé en rade, règne une intense activité comme à chaque fois d’ailleurs qu’un navire  se prépare à prendre la mer. Mais, cette fois-ci,  c’est un navire de guerre qui se prépare à appareiller et ce navire a même de grandes chances d’avoir à combattre dans les heures qui viennent. Autant dire que c’est avec beaucoup de minutie que tous ces préparatifs ont lieu. Entre la terre et le T 23 ainsi qu’entre les autres unités de la 4 Torpedoboot Flottille, s’établit un incessant va et vient de chalands et d’embarcations qui approvisionnent la flottille en munitions, vivres et matériel médical. Friedrich Karl Paul, Kapitänleutnant de la Kriegsmarine et commandant du T 23 supervise l’opération d’avitaillement depuis la passerelle, laissant à son Second, le soin du détail.

T23

T 23

A quelques encablures de la 4-TF, huit dragueurs de mines entourent le mouillage du cargo Münsterland, un forceur de blocus bien connu de la Royal Navy qui le traque en vain de­puis son entrée dans l’Océan Indien. Toute l’activité qui règne en rade à l’heure présente, est en fait liée à son appareillage. Commandé par le Capitaine au Long Cours Karl Schulz, offi­cier de Réserve dans la Marine allemande, ce cargo de 6500 tonnes, ancien batiment de la Hamburg Amerika Line arrive d’Asie avec ses soutes remplies de manganèse, de caoutchouc, de tungstène et d’autres métaux précieux dont l’industrie de guerre de l’Allemagne a grand besoin. Cette nuit encore, il tentera une nouvelle fois d’échapper aux Alliés pour rallier Cherbourg…

T 23 torpedo boat

T 23

A onze heures du matin, ce 22 Octobre, s’est tenue à bord du cargo une réunion opérationnelle à laquelle ont participé tous les Commandants des navires d’escorte. Les derniers détails ont été mis au point et il a été décidé que la 4-TF placée sous les ordres du Korvetten Kapitän Franz Kohlauf agirait non pas en escorte du convoi formé par le Münsterland et les dragueurs, mais comme force de protection éloignée qui naviguera au nord de celui-ci. La route à suivre est bien connue, elle longe la côte nord de Bretagne et est draguée quotidiennement.

Mais voici qu’à bord du Münsterland, tout comme à bord des dragueurs, l’activité des équipages se précise. Les chaînes sont virées au guindeau, les machines sont balancées, une bouf­fée de fumée sort des cheminées tandis que des signaux sont échangés. C’est l’appareillage. Lourdement, le cargo évite une dernière fois sur son ancre puis met le cap sur la sortie du Goulet, encadré de ses protecteurs. Il est 16 heures.

Munsterland

Münsterland

Bien plus rapides que le convoi, les torpilleurs de la 4-TF ne prendront la mer que dans deux heures et ils sont bientôt seuls sur rade tandis que le Münsterland disparaît derrière les falai­ses de la pointe Saint Mathieu. Et puis, l’appareillage différé de la 4-TF n’est sans doute pas non plus tout à fait innocent, car les Alliés que la Ré­sistance tient régulièrement au courant des mouvements du port vont penser que le forceur de blocus est faiblement escorté…

Plymouth, à la même heure.

Lentement, le croiseur anglais Charybdis descend la rivière Tamar ; il vient de quitter son bassin de Devonport pour aller mouiller sous l’île Drake, un mouillage qu’il connaît bien pour l’avoir fréquenté plusieurs fois. En effet, le navire qui est armé en croiseur anti-aérien est depuis son récent retour de Méditerrannée, fréquemment désigné pour occuper ce poste, ce qui permet de renforcer notablement la DCA côtière.

HMS Charybdis

Avec un bruit de plongeon, l’ancre du Charybdis tombe à l’eau tandis que les maillons de chaîne filent en grondant par l’écubier. Sur la passerelle, le Capitaine de Vaisseau Voelcker et son Officier de quart, s’assurent par de fréquents relèvements que l’ancre ne dérape pas et que le croiseur est bien à son poste.

Mais, quelques minutes plus tard, tombe du système de sonorisation du navire, une voix impersonnelle et nasillarde qui vient rappeler chacun aux dures réalités de la guerre.

 » L’équipage à préparer le navire pour l’appareillage ! »


[1] Sous le vocable Opération Tunnel étaient désignées les missions de balayage d’est en ouest de la partie sud de la Manche, en gros entre Cherbourg et la pointe du Finistère. Si l’on en croit certains Commandants de destroyers, ces opérations n’emportaient pas l’assentiment de tous pour quantité de raisons dont leur fréquence qui en facilitait les embuscades allemandes.

 

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