L’escadrille Alouettes : 25 juin 1942

Le 25 juin 1942

À la station Dishforth de la RAF, aérodrome situé sur la Great North Road trois milles au nord de Boroughbridge, dans le Yorkshire, le Bomber Command a décidé de mettre sur pied un escadron francophone, sa toute première unité non anglophone. Depuis 1940, le Fighter Command dispose d’escadrons polonais, tchécoslovaque, norvégien, hollandais et même des « Forces françaises libres », mais les problèmes opérationnels des escadrons de bombardiers sont tellement plus complexes que ceux des unités d’aviation de chasse que, jusqu’à présent, la RAF a préféré ne pas ajouter à la longue liste de difficultés celle des langues étrangères. Cependant, le ministère de l’Air a désespérément besoin de candidats pour les écoles du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB), et la moitié de ceux qu’il parvient à enrôler sont Canadiens. Or, le gouvernement du Canada refuse de les laisser s’enrôler dans la RAF sans d’abord obtenir la garantie qu’ils pourront éventuellement servir sous un commandement canadien. Cette politique de « canadianisation » a même mené la RAF à créer le Groupe de  bombardement canadien n° 6 de l’ARC dans le Bomber Command et à former le 425e Escadron, destiné aux Canadiens français, permettant par le fait même au gouvernement

de réaliser certains objectifs politiques importants. Dans une lettre datée de novembre 1941 destinée au ministère de l’Air, le Vice-maréchal de l’air L.F. Stevenson, officier supérieur de l’ARC en Grande-Bretagne, fait remarquer que des escadrons « assimilés à des groupes raciaux ou autres » serviraient bien l’effort de guerre, mais que « l’on

anéantit ainsi une occasion en or de rapprocher le Canada anglais et le Canada français ». Il poursuit en prévenant que « si l’escadron canadien-français devait se heurter à des difficultés, cela pourrait avoir de très graves répercussions ». En décembre 1941, le Maréchal de l’air Harold Edwards prend la relève du V/M/Air Stevenson à Londres pour offrir plus d’aide lors de la mise sur pied de l’escadron. À ce moment-là, le ministère de l’Air considère que le projet causera trop de problèmes par rapport à ce qu’on peut en tirer. En effet, il faut identifier et trouver des membres d’équipage et des techniciens canadiensfrançais, ce qui représente un défi de taille puisque les dossiers personnels de la RAF et de l’ARC ne contiennent normalement aucun renseignement sur les compétences linguistiques. Par ailleurs, il faut persuader ces gens de se joindre au nouvel escadron. Il est reconnu que les membres de tous rangs de l’aviation, mais plus particulièrement les membres d’équipage, sont réticents à quitter un escadron dans lequel ils se sont établis et se plaisent, et certains pilotes canadiens-français font même part de leur objection, refusant d’être affectés à un escadron où ils seraient « mis à part » et « placés dans une situation difficile ».

Le premier commandant du 425e Escadron est le Lieutenant-colonel d’aviation J.M.W. St-Pierre, qui a été aux commandes de l’école élémentaire de pilotage du Cap-de-la-Madeleine (Québec) jusqu’en février 1942, avant d’être dépêché outre-mer. Libre de choisir son personnel en raison de ses années d’expérience d’avant-guerre dans l’ARC (Force auxiliaire) et avec le PEACB, le Lcol avn St-Pierre passe le printemps et le début de l’été à visiter des escadrons de  bombardement et des unités d’entraînement opérationnel, à la recherche de militaires francophones. Au moment d’évaluer les candidats pour le 425e Escadron, il ne se fie pas seulement à son interprétation de leurs déclarations, mais consulte aussi les examinateurs à la censure, qui lisent le courrier des aviateurs. « La formation du 425e Escadron semble transporter de joie les Canadiens français », peut-il lire dans un rapport d’examinateur à la censure. « Les hommes à qui l’on a promis un poste trouvent la perspective séduisante, et les lettres de ceux qui sont déjà enrôlés révèlent un excellent moral… Certains commentaires négatifs ont toutefois été formulés. Par exemple un aviateur craint que le fait d’évoluer au sein d’un escadron francophone va lui faire perdre son anglais. En outre, bon nombre refusent aussi d’être affectés au 425 parce qu’ils ont un nom français, et certains croient que le but de la mise sur pied de l’escadron n’est que purement propagandiste. »

Le 425e Escadron, qui compte vingt équipages de cinq hommes et vingt aéronefs Wellington de Vickers Mk III,

Vickers Wellington III

Wellington III

entre ainsi au service du Groupe 4 du Bomber Command à titre de cinquième escadron canadien de bombardiers lourds à être formé outre-mer. L’escadron commence à voler en août et devient opérationnel la nuit du 5 octobre 1942.

Références :

Site Web de la RAF : www.raf.mod.uk/bombercommand/h425.html

Brereton Greenhous, et coll., The Official History of the Royal Canadian Air Force, Vol. III: The Crucible of War, 1939–1945. Presses de l’Université de Toronto, Toronto, 1994.

PARISEAU, Jean et BERNIER, Serge, Les Canadiens français et le bilinguisme dans les Forces armées canadiennes. Tome I. 1763-1969 : le spectre d’une armée bicéphale. Centre d’édition du gouvernement du Canada, Ottawa, 1986.

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