Un vétéran de la guerre 39-45 se raconte… (Samuel Élément)

Un des lectrices de mon blogue m’a envoyé ce texte pris sur Internet.

Beaucoup de volumes au cours des années d’après-guerre ont été consacrés à des analyses compliquées des causes de ce grand conflit meurtrier que fut la Seconde Guerre Mondiale 1939-1945. Et pourtant, pour les paroissiens de quarante ans et plus, qui ne se souvient pas de ces longs convois sur le fleuve, de l’un ou l’autre des nôtres dont on disait  » qu’il était parti se battre de l’autre bord  » de ces avions volant à basse altitude, de ces camions militaires sillonnant nos routes, des déserteurs de l’armée, des torpilles allemandes explosant près de nos côtes, (St-Yvon de Cloridorme), des supposés espions, (cabane d’un présumé espion au Cap Bon Ami (Parc Forillon, aujourd’hui), des coupons de rationnement militaire, et j’en passe…

La relation qui va suivre ne fait pas partie du folklore. Elle a été vécue par l’un des nôtres. M. Samuel Elément, fils de Jérôme et d’Adèle Tapp, né le 18 mai 1918, à la fin de la première guerre mondiale. Le 17 juillet 1954, il épousait Mariette Guillemette de Pointe-Frégate, en la paroisse de Cloridorme. C’est grâce à lui si nous pouvons vous raconter ses faits d’armes, lors de ce conflit mondial.

Écoutons-le:

« Le 23 juin 1940, je fus le premier à m’enrôler volontairement. Je partis pour la Citadelle de Québec pour signer mon engagement. Puis, je fus muté à Val-Cartier, plus précisément à COFIELD BARAQUE, pour mon entraînement. Je faisais partie du régiment: Les Voltigeurs de Québec.

Le 22 avril 1941, je fus envoyé outre-mer. Je pris le bateau à Halifax. Le trajet maritime dura 11 jours. Je débarquai à Liverpool en Angleterre. J’y demeurai 5 mois de cette année 1941, stationné sur les Côtes de Blacktown, près de la Manche, et je revins à Wickley jusqu’en 1943.

Le matin, nous devions nous lever à 7hres pour faire notre toilette et nous rendre aux exercices. Puis venait le petit déjeuner. À neuf heures, on procédait à l’entraînement aux armements. Le mercredi après-midi, c’était congé. On en profitait alors pour aller visiter Londres.

En janvier 1943 une escouade fut mise sur pied et organisée pour la marche. Durant 15 jours, on parcourut 315 milles, dans les montagnes. Le soir venu, nous nous couchions vers neuf heures puis, à 10 heures, on nous réveillait pour reprendre la marche jusqu’à sept heures le lendemain matin. Durant ces quinze jours de marche, j’ai usé deux paires de bottes.

Le matin, pendant cet entraînement, le sergent nous disait:  » Imaginez-vous qu’une bombe est tombée sur le camion de rations alimentaires  » Alors, pour le déjeuner, nous n’avions que du bacon, des biscuits soda et du thé.

Le 11 mai 1943, j’embarquai sur un bateau à Sutherland pour l’entraînement en vue du débarquement sur les plages. Mais, n’ayant pas débarqué, je suis demeuré jusqu’en juillet 1943, en Sicile.

C’est le 19 juillet 1943 que je reçus mon baptême du feu. C’était la première fois que je montais au front, au milieu des bombardements. Je suis demeuré 36 heures sans manger ni boire. Cette bataille dura 31 jours. Je fus blessé par un éclat d’obus, à la jambe gauche. C’est le docteur Antoine Roy, médecin de l’armée qui me soigna à l’hôpital. Il dût me placer une plaque d’argent pour réparer les dégâts à la jambe. Par la suite, le Dr Roy devait pratiquer à Rivière-au-Renard. Je demeurai neuf jours dans cet hôpital militaire.

Puis, au Mont Etna, volcan bien connu de Sicile, célèbre pour ses éruptions, j’attrapai la malaria. Je fus hospitalisé à nouveau, et, lorsque je sortis de l’hôpital, la guerre de Sicile était terminée.

Le 23 septembre 1943, ce fut le débarquement en Italie. On ramassait les Italiens par milliers. Ils capitulaient. Leur guerre était finie. La première division de notre régiment monta, par la mer Adriatique, sans trouver trop de résistance, jusqu’à  » CASA BERARDI  » en Italie, où le Major Paul Triquet devait accomplir l’exploit qui lui valut la Croix Victoria. La bataille de  » Casa Bérardi  » dura cinq jours. Cent quarante-cinq des soldats de notre régiment y trouvèrent la mort. Seulement onze d’entre eux ont résisté aux Allemands. Ils n’eurent guère le temps de penser à la peur.

Je suis resté là jusqu’en avril 1944, pour traverser ensuite en Hollande. Quand la guerre se termina, je me retrouvai en Allemagne. Puis, je revins en Angleterre. J’aurais pu revenir au Canada à ce moment-là. Mais on avait besoin de volontaires pour travailler dans les zones occupées par les Alliés en Allemagne. Je signai alors à nouveau comme volontaire. Je demeurai trois mois en Allemagne, puis, je fus muté à Paris. On était en juillet 1945. Je n’eus jamais de congé pour venir visiter ma famille. Je demeurai à Paris jusqu’au 16 avril 1946. Puis, je traversai l’océan sur le paquebot  » Île de France  » pour le Canada. J’arrivai à Halifax le 21 avril 1946, le jour de Pâques. Le 6 juin 1946, j’obtins mon licenciement de 1’armée.

Point n’est besoin de vous dire que tout le monde était content que cette guerre affreuse et meurtrière soit terminée.

Cette guerre ne fut pas de tout repos, à plus forte raison pour ceux qui y participèrent. Plusieurs soldats désertèrent et furent punis d’une peine de prison, variant de 1 à 2 ans. La correspondance était censurée. Les lettres étaient acheminées par avion, tandis que les colis l’étaient par bateau. On recevait 40,00 $ par mois comme salaire. Moi, j’en prélevais 20,00 $ que j’envoyais à ma mère. C’est ma soeur qui m’envoyait les cigarettes qu’elle payait 2,50 $ le mille. Elle faisait de même pour les lames de rasoir et les lotions à barbe. De temps en temps, je recevais un gâteau aux fruits. Ma marraine de guerre était une anglophone du Nouveau-Brunswick. Toutes ces femmes bénévoles tricotaient des bas pour l’armée et inscrivaient leur nom et adresse sur chaque paire de bas.

C’est ainsi que nous pouvions correspondre avec elles. La discipline était très sévère. Il nous fallait rentrer à l’heure lorsque nous sortions.

Je n’ai jamais connu l’ennui. J’aimais porter l’uniforme. C’est peut-être ce qui explique qu’encore aujourd’hui je porte des uniformes: celui d’une agence de sécurité, et pour l’instant, celui de commissionnaire pour le « Parc National Forillon ».

Samuel Élément est aujourd’hui décédé mais il nous a légué un héritage du passé en nous racontant une partie de sa vie. Paix à son âme.

Cliquez ici pour la généalogie de Samuel Élément…

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