La bataille de l’Île Vierge… 2e épisode

Voici la suite de l’article de dimanche dernier.

Il est de la plume d’Yves Dufeil. On reparle dans ce récit du destroyer canadien Haida. Je mets des photos.

HMS Tartar, 21 heures.

ssa3

HMS Tartar

Les derniers feux du couchant baignent encore les navires de la 10e Flottille de Destroyers (10 DF) en patrouille au large de Land’s End quand un matelot radio apporte au Capitaine de Vaisseau Jones, commandant le Tartar et la flottille, un mes­sage qu’il déplie posément. Impassible, il parcourt les quelques lignes qui s’étalent devant ses yeux.

C.in C. Plymouth à 10 DF

« Force ennemie composée de 4 destroyers et 5 dragueurs « aperçue par Coastal Command au large de Brest, en route au « nord-est. Destination probable Cherbourg. Interceptez et empêchez passage de cette force. »

– Merci ! Accusez réception !

Puis s’adressant à l’officier de quart, Jones ordonne :

– A tous, route au 170 à 27 noeuds !

Le projecteur Aldis clignote, transmettant l’ordre au reste de la Flottille. La 10 DF est composée de sept destroyers : HMS Ashanti, Lieutenant de Vaisseau Barnes, HMS Javelin, Lieutenant de Vaisseau Sinclair, HMCS Haida et Huron deux canadiens commandés par le Capitaine de Frégate de Wolf et le Lieutenant de Vaisseau Rayner et enfin, les polonais Piorun et Blyskawica. A l’exception du Javelin et des deux polonais, tous ces destroyers sont des Tribals [1] semblables à ceux que nous avons rencontré précédemment et qui constituent le fer de lance des unités légères de la Royal Navy. A leur bord, le moral est élevé, en particulier ce soir alors que tous ont le sentiment d’être à leur échelle, en train d’écrire une page de l’Histoire du monde.

HMS Ashanti

HMS Ashanti

HMS Javelin

HMS Javelin

Z 32, 22 heures.

Narvick-class

Destroyer allemand de la classe Narvick

Penché sur la carte de la Manche ouest, von Berger étudie les possibilités qu’il a de s’échapper en cas d’attaque par des forces ennemies supérieures. En dehors de Saint Malo, elles sont bien maigres car les champs de mines tant alliés qu’alle­mands limitent sérieusement ses possibilités d’action. D’un côté, la côte et ses dangers, de l’autre les Alliés et entre les deux sa flottille qui navigue entre les champs de mines. La traversée a d’ailleurs bien mal débuté : M9 et M14, deux avisos dragueurs affectés à son escorte ont pris chacun une mine qui les a en­dommagés, obligeant la 2-MSF à retourner sur Brest.

23 heures, cap au nord-est. Les dangers d’Ouessant sont maintenant parés. Tous les équipages sont aux postes de combat. Voici un peu moins de deux heures, ils ont été survolés par un avion anglais qui, s’il n’a pas attaqué, a certainement donné l’alerte et sans aucun doute, quelque part devant eux, une chaude réception doit se mettre en place. Une dernière fois, on a tout vérifié : les tourelles, les mises à feu, les torpilles, les ap­pareils de visée, les moyens de communication… Enfin tout. Rien n’a été laissé au hasard et maintenant c’est l’attente.

Les minutes puis les heures passent; A bord de tous les navires, le silence n’est à peine troublé que par le ronronnement des machines. Parfois, deux veilleurs qui échangent quelques mots donnent un peu de vie à cette passerelle sur laquelle on ne peut distinguer qui que ce soit à plus d’un mètre tant l’obscurité est dense. D’autre fois encore, von Berger fait modifier légère­ment le cap alors, pendant un instant, l’abri de navigation s’anime puis le silence retombe, pesant. A quelques encâblures dans le sillage, on devine le Z 24 plus qu’on ne le voit.

Z24aZ 24

A plusieurs reprises, le radar de l’île de Batz a signalé des échos présumés ennemis. L’étau se resserre…

Minuit passe sans apporter de nouveau. La 8-ZF se trouve à présent au nord de l’île Vierge. Les échos détectés par le radar côtier sont confirmés : il s’agit bien d’une force ennemie. Il n’y aura pas de surprise, ni d’un côté, ni de l’autre, mais bien malin qui pourrait dire lequel prendra l’avantage en apercevant l’autre le premier.

Narvick-1Z 32

Selon la position portée sur la carte de navigation du Z 32, l’île de Batz se situe maintenant à environ 40 milles dans le sud-ouest de la flottille. Von Berger étudie intensément les possi­bilités qui s’offrent à lui pour conduire à Cherbourg les unités placées sous son commandement. Monter plus au nord serait se jeter dans la gueule du lion anglais qui le cherche. Descendre plus au sud, le long de la côte, sous le couvert des batteries cô­tières à longue portée signifierait donner tête la première dans des champs de mines souvent mal délimités. Tactiquement, le mieux est encore de poursuivre à ce cap sa progression vers l’est. Oh certes, il ne se fait guère d’illusions ; il est de notoriété publique désormais que les Anglais sont mieux équipés qu’eux en matière de radio détection. Il ne pourra donc pas espérer pas­ser entre les mailles du filet et l’affrontement est hautement probable. L’issue dépendra en partie de l’adresse de ses canon­niers et torpilleurs, mais également de la force de son adversaire et bien sûr car il faut aussi compter avec lui, du facteur chance.


[1] Déplacement 2380 tonnes. Vitesse 36 nds 5.  6 x 120mm en 3 tourelles, 2 x 102mm, 4 x 40mm, 7 mitrailleuses de 12,7 et 4 tubes lance-torpilles de 533mm

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s