La bataille de l’Île Vierge… Nuit du 8 au 9 juin 1944

Yves Dufeil m’envoyé ce récit où les destroyers canadiens ont eu à affronter la Kriegsmarine encore une fois dans la Manche en 1944.

Nous sommes quelques jours après le débarquement de Normandie…


Le texte est intégral et sera présenté tous les dimanches.

8 juin 1944, après-midi. Rade de Brest.

Enfermé dans sa cabine, le Korvetten Kapitän Heinz Birn­bacher, Commandant du contre-torpilleur Z 24 consulte une dernière fois ses ordres de route. « Rallier Cherbourg au plus vite en s’attaquant au besoin aux forces d’interception enne­mies… » Songeur, il pose sur son bureau les documents qu’il te­nait à la main. Rallier Cherbourg ! Avec un bateau dans cet état ! Et les autres qui ne valent guère mieux…

z24

Z 24

Appareillés du Verdon le 6 juin au matin, les unités de la 8 Zerstörer Flottille avaient mis le cap sur la Manche où la guerre venait de prendre un tournant décisif. Placée sous le comman­dement du Capitaine de Frégate von Berger, Chef de Flottille et commandant du Z 32, le Z 24 et le ZH1, Capitaine de Corvette Barckow, avaient pris la mer dès qu’avait été connue la nouvelle du débarquement allié en Normandie. Vite repérée par le Coastal Command, la 8-ZF avait dans la nuit du 6 au 7 subi de violentes attaques, celles-là même dont avaient été témoins les sous-marins de la 1ère Flottille ainsi que nous venons de le voir. En arrivant à Brest le 7 à 7 heures 30, les trois contre-torpilleurs avaient triste allure. Ponts, passerelles ou mâtures portaient les traces du combat qui une heure durant les avait opposé à l’aviation alliée. En outre, on déplorait plusieurs morts et de nombreux blessés. Mais le Haut Commandement avait un cruel besoin de navires sur le nouveau front de Nor­mandie et il ne leur avait accordé que jusqu’au soir du 8 pour se remettre en état de reprendre la mer.

A bord du Z 24 comme à bord des autres navires, une par­tie seulement des avaries reçues au combat avait pu être réparée. Manque de temps, manque de matériel approprié, manque de personnels qualifiés… L’heure était grave pour les Allemands qui livraient une bataille décisive sur les plages normandes.

Quoi qu’il en soit, le Commandant Birnbacher tout comme ses camarades, se prépare à appareiller. Il sait que les Alliés l’attendent au large de Brest. Il sait que cette mission pourrait bien être la dernière. Il sait que la lutte sera âpre et sans merci tant l’enjeu est d’importance. Il sait tout cela, mais il est avant tout un officier qui a la charge d’un navire et de 250 hommes et il obéira aux ordres reçus.

Bien sûr, la situation n’est pas encore sans issue, mais Heinz Birnbacher sait trop bien à quoi il va devoir exposer hommes et navires : appareiller ce soir même est presque un suicide. Le B-Dienst les a clairement informés des risques : le comité d’accueil allié sera sur la route ! Si par chance, il peut encore espérer échapper aux destroyers, il ne se fait guère d’il­lusions quant aux avions : eux ne le manqueront pas. Si au moins la Luftwaffe pouvait les protéger ! Mais rien à attendre de ce côté là. Toutes ses forces disponibles et elles étaient déjà bien mai­gres dans la région, se sont portées vers les plages de Nor­mandie.

L’arrivée d’un planton interrompt ses pensées.

– Message du Chef de Flottille, Herr Kapitän ! Appa­reillage dans quinze minutes !

Birnbacher se lève, enfonce machinalement sa casquette et sort. Désormais, jusqu’à l’arrivée à Cherbourg, si toutefois il y parvient, sa place sera sur la passerelle.

A bord des autres unités, l’activité des équipages se pré­cise, tout comme à bord du T 24 qui va se joindre à la 8-ZF pour la traversée.

Signal du Z 32 : il appareille. Z 24 le suit.

Z24a

–  Vorwärts halbe ! En avant demi !

A son tour, le ZH1 prend position dans la formation, suivi peu après par le T 24. Cinq dragueurs de la 2-MSF se joignent à eux. Cap sur le Goulet de Brest.

Alea jacta est ! Le sort en est jeté !

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