HMCS Haida, 29 avril 1944… le sauvetage

première de couverture petit

Attaboy !

Ainsi appelait-on familièrement le brave compagnon Athabaskan dans la flottille. Et voici que le frère d’armes de presque tous les combats de ces deux dernières années s’en est allé rejoindre la tombe marine… Une tristesse infinie s’abat sur Haida qui force l’allure vers le lieu du désastre.

Mais d’ores et déjà, DeWolf sait qu’il ne va pas pouvoir secourir son camarade comme il l’aurait souhaité. Ses ordres en pareille circonstance sont dramatiquement clairs : il ne doit en aucun cas exposer son propre bâtiment pour porter secours à des naufragés, fussent-ils comme lui, Canadiens !

Or, Athabaskan a disparu à quelques milles seulement de la côte, soit à quelques minutes de vol des aérodromes allemands de Bretagne et l’aube est désormais proche. Alors, sans trop exposer le navire, on va quand même essayer de sortir de l’eau le plus grand nombre possible de survivants.

L’équipage de Haida ne comprendrait pas qu’il puisse en être différemment. Pourtant, il va falloir faire très vite.

– Parez filets et échelles de corde le long du bord ! L’artillerie reste aux postes de combat ! Il faudra faire vite les gars !

Tous les hommes disponibles se sont massés de chaque côté du destroyer afin d’être prêts à aider les naufragés, sachant bien par expérience que peu d’entre eux seront capables de se sauver seuls, choqués comme ils doivent l’être par l’explosion de leur bateau, le froid de l’eau et par le mazout qui brûle les yeux ou tord l’estomac dans d’incoercibles vomissements.

Haida est à présent tout proche des survivants que l’on distingue aux petites lampes qui brillent sur chaque gilet de sauvetage. Deux matelots descendent le long des filets et s’y attachent. La mer est visqueuse, couverte de mazout, l’air d’une puanteur infecte. Et le sauvetage commence…

Ah ce n’est pas une mince affaire que de tirer hors de l’eau ces pauvres bougres gluants de mazout et dont la plupart souffrent de blessures ou brûlures diverses et qui parfois hurlent de douleur quand malheureusement, pour les sauver, le sauveteur devient bien involontairement tortionnaire.

Hélas, les minutes passent dramatiquement vite et le nombre de rescapés sauvés par Haida reste encore terriblement faible : une trentaine en dix minutes alors qu’il y en a encore des dizaines qui se débattent et crient dans l’eau, épuisant parfois ainsi leurs dernières forces.

–  Faites vite les gars ! Je vous donne encore cinq minutes !

Dépêchez-vous

Alors, avec une frénésie jusqu’alors inconnue, l’équipe de sauvetage se surpasse. D’autres marins descendent le long des filets, prenant des risques énormes tandis que se poursuit la terrible course contre la montre. Le spectacle de tous ces naufragés qui tentent désespérément de monter à bord est difficilement soutenable : certains implorent, supplient, crient leur frayeur ou leur douleur ; d’autres insultent leurs sauveteurs. Misère de la détresse humaine face à la mort.

Émile Beaudoin se trouve pour sa part sur un radeau avec une vingtaine de camarades dont certains sont blessés.

radeau

Il n’est pas aisé de manœuvrer ce frêle esquif surchargé jusqu’au Haida mais on y parvient malgré tout et quelques hommes valides tentent de le maintenir le long du bord. Ce n’est pas chose facile car le courant est très fort.

– Attrapez nos blessés d’abord !

blessés d'abord

Le premier, Owen Deal grimpe au filet. Non pour se sauver lui, mais pour hisser ses camarades. Grâce à lui, trois d’entre eux parviennent jusqu’au pont du destroyer. C’est à présent le tour de Ray Moar qui gît inconscient dans le fond du radeau. Le malheureux souffre d’une fracture de la colonne vertébrale et Deal redescend pour passer autour du corps de son infortuné camarade les cordages qui permettront de le hisser.

Mais au même instant, tombe de la passerelle de Haida l’ordre fatidique.

-Regagnez vos postes, nous partons !

Au nombre des rescapés déjà à bord du destroyer, figure John Stubbs que l’on vient de tirer jusqu’au pont. Réalisant soudain que Haida interrompt le sauvetage, il se tourne vers la passerelle et crie à son ami de Wolf.

Sauvez-vous

– File sans moi Jack ! Je ne peux pas laisser autant de mes gars ici !

Et sans attendre de réponse, il enjambe les filières non sans remercier une fois encore son ami.

– Merci pour tout Jack ! On se reverra à Plymouth !

Puis il plonge pour rejoindre ses hommes.

Dans un dernier élan de générosité, Haida largue et abandonne sa vedette afin que puisse se poursuivre le sauvetage après son départ. Cette vedette est montée par trois volontaires qui ont délibérément choisi le risque d’être faits prisonniers pour sauver leurs camarades.

Au moment où le destroyer remet en route, Owen Deal est encore sur le radeau.

Son abnégation ne lui aura pas permis de se retrouver sain et sauf sur le pont de Haida. La mer tourbillonne derrière la poupe et les occupants du radeau se retrouvent très vite dans le sillage du navire.

Quant aux hommes qui sont descendus le long des filets, tous ne parviennent pas à regagner la sécurité du pont. Malgré les efforts surhumains déployés, deux d’entre eux finissent par lâcher prise et sont aussitôt aspirés dans le remous des hélices. Nul ne les reverra plus.

L’histoire se poursuit demain…

Source des dessins :

http://www.pc.gc.ca/apprendre-learn/prof/itm2-crp-trc/pdf/haidabrochure_f.pdf
Source du texte :

http://www.histomar.net/documents/recitathab.pdf

Si vous avez des souvenirs de guerre de vos ancêtres que vous souhaitez partager, pour m’écrire…

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