Tragédie de l’air à Windsor

Je sais que j’écris beaucoup, mais je trouve plein d’informations sur Eugène le héros de Bromptonville…

Ce texte est de monsieur Guy Moreau.

Il me l’a envoyé mercredi dernier.

J’avais dû lui envoyer un courriel, mais je ne me rappelle pas les circonstances.

À 9 heures 50, le 21 octobre 1947 un avion décolle de St-Côme en Beauce à destination de l’aéroport de St-François. Eugène Gagnon, le pilote, est âgé de 26 ans, originaire de Bromptonville, il a piloté des avions de transport au dessus de l’Atlantique pendant la guerre. Ce jour-là il pilote un Seabee amphibie chargé de trois passagers, Maurice Frank, Edwin Thresher et Maurice Bérubé, tous des Américains originaires du Maine qui s’occupent du commerce de la volaille.

Un peu après 11 heures l’avion survole le « bois de la Compagnie » à l’est de Windsor. « À un moment donné le pilote avertit ses passagers de resserrer leurs ceintures de sécurité en disant qu’une panne de moteur était imminente.

Tout à coup, une forte vibration secoua l’avion et Gagnon eut juste le temps de dire: " Les gars, faites une prière, nous allons nous écraser! " À cet instant même le moteur étouffa et l’avion se mit à descendre, de plus en plus vite. Le pilote dirigea son appareil vers un cours d’eau qu’il avait repéré afin que le choc de l’atterrissage soit moins fort.

Ce fut Maurice Frank qui parla le dernier avant que l’avion ne s’écrase: " J’espère les gars que nous aurons une belle place ensemble au ciel. " » L’avion s’écrasa à quelques pieds de la rivière Watopéka.

Maurice Frank poursuit ainsi son récit: « Je ne sais pas combien de temps au juste j’ai été sans connaissance, je me sentais très étourdi, lorsque j’entendit un de mes compagnons crier et demander du secours. Je lui répondis et j’essayai de me lever. Je ne pouvais pas marcher. Mes jambes me faisaient très mal. Je regardai ma montre. Elle s’était arrêtée à 11 heures 12 minutes exactement. Bérubé était dans l’eau à une dizaine de pieds de l’avion, tandis que moi et Edwin Thresher nous étions tombés de l’autre côté de la rivière, lui à une trentaine de pieds de l’avion et moi à environ vingt pieds. Après quelques minutes, Bérubé se leva et se porta au secours du pilote Gagnon qui était dans l’avion. Il le sortit de peine et de misère. Gagnon semblait souffrir beaucoup mais ne se plaignait pas. Je me rappelle que lorsque l’avion a touché les premiers arbres, le pare-brise a été démoli et des branches ont heurté Gagnon. Nous avons sûrement fauché les arbres sur une distance de 500 pieds avant de nous écraser au sol. Après l’écrasement, ayant réalisé que personne n’était mort, nous avons pensé à aller chercher du secours. Comme seul Bérubé pouvait marcher, ce fut lui qui partit. Nous lui dîmes de marcher avec le soleil toujours en face. »

Il fallut deux heures de marche à Maurice Bérubé pour trouver du secours, alors qu’il tomba par hasard sur un camp de bûcherons. Pendant ces mêmes deux heures la nouvelle de l’accident se répandit à Windsor. Quand il sut qu’un avion s’était écrasé dans le bois de la Compagnie, Gérard Cayer, gérant de la Fonderie Bourget, appela un taxi et se fit conduire sur les lieux. C’est Gérard Cayer et le chauffeur du taxi, Gérard St-Pierre, ainsi que deux autres sauveteurs qui, suivant les indications données par Bérubé, arrivèrent les premiers sur les lieux de l’accident, 43 minutes plus tard. Dallas Grant est un autre windsorois qui n’est pas resté sans réaction devant ce drame : il se mit aux commandes d’un avion et commença des recherches à partir du haut des airs.

Gérard Cayer nous a laissé le récit de l’arrivée des sauveteurs: « Avec l’aide de mes compagnons j’ai donné les premiers soins aux blessés. Je savais qu’il n’était pas bon de trop les remuer. Nous avons pris des coussins dans l’avion et nous les avons placés sous les blessés. Nous les avons encouragé du mieux que nous avons pu, j’ai enlevé ma chemise et un jacket pour les donner à Gagnon. Nous leur avons donné de l’eau et nous avons fait des feux en attendant que l’autre équipe de secours arrive.

À un certain moment, Maurice Frank s’écria: " Moi, je ne crois pas être trop blessé. Occupez-vous de Gagnon. " » (Et Cayer déclare ici qu’il a entendu Frank prier à haute voix pour que Gagnon ne meure pas.) Gérard Cayer poursuit son récit « Quand nous sommes arrivés, ils avaient tous le visage couvert de sang. Nous les avons lavé. Lorsque l’avion piloté par Dallas Grant nous a repéré, j’ai donné un signal avec une chemise pour lui faire comprendre que nous étions rendus sur les lieux. Maurice Frank essayait de se lever mais il ne le pouvait pas. C’est surtout lui qui encourageait les autres. Gagnon a demandé à St-Pierre de ne pas le quitter. J’ai donné une cigarette aux deux Américains. Gagnon ne voulait pas fumer. Il se plaignait d’une douleur dans le dos. Il nous a demandé à plusieurs reprises de lui frotter les jambes. Vous ne pouvez pas savoir quel souvenir triste je garde de cette histoire. »

Une trentaine de sauveteurs, pour la plupart des employés de la Canada Paper, aidèrent à sortir les blessés de la forêt. « À toutes les 5 minutes, le groupe s’arrêtait pour changer les équipes qui portaient les trois civières. On s’éclairait avec des projecteurs. Au dernier arrêt, Cayer, qui se trouvait près de la civière du pilote Gagnon, l’entendit rendre un long soupir. Le docteur Jean-Paul Fortin s’approcha et constata que le pilote Gagnon venait de mourir, il était 20 heures 27, trois minutes plus tard le groupe arrivait aux ambulances. »

Le bilan de cet accident est donc d’un mort et de trois blessés. Ceux-ci furent transportés à l’hôpital St-Vincent-de-Paul. Deux d’entre-eux, Edwin Thresher, 25 ans, et Maurice Bérubé, 20 ans, en sortirent quelques jours plus tard. Quant à Maurice Frank, 30 ans, il fut transféré à un hôpital de New York à la mi-décembre.

Qui est Guy Moreau ?

Je vous raconterai ça un autre jour.

Demain… je vous parle d’un autre héros méconnu de Bromptonville.

4 réflexions sur “Tragédie de l’air à Windsor

      • Ai lu.., quelle productivité dans l’écriture et la cueillette d’informations !

        Je reste totalement incapable de soutenir un rythme pareil, alors, admiration!

      • Je tenais simplement à faire revivre ce héros méconnu, mais je me suis fait prendre au jeu.
        Faut dire que d’autres personnes ont bien voulu jouer avec moi.
        Cette histoire est tout à fait fascinante et est une suite de rencontres virtuelles dont je peux encore saisir où tout cela va m’amener. J’ai beaucoup de plaisir de même que mes lecteurs et lectrices.

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