Adrien Tremblay, 17 décembre 1944

C’est le jour du Souvenir…

Moi, je me souviens d’Adrien Tremblay.

Voici une photo d’Adrien Tremblay. Adrien est le cousin de mon père. Adrien est décédé en Hollande le 17 décembre 1944.


2008-08-27 Adrien Tremblay

Adrien Tremblay 1922-1944

J’en avais parlé dans mon ancien blogue sur la généalogie. C’était mon article du 24 janvier 2009.

J’avais retrouvé des descendants de mon arrière-grand-père Édouard Métayer, capitaine de pompier. Édouard est un peu responsable de mon blogue sur la généalogie et Adrien un peu responsable de mon blogue Souvenirs de guerre

Quant à l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, elle est un peu responsable de mon intérêt pour l’histoire, de mes études en histoire et de ma carrière d’enseignant… que je poursuis avec mes blogues.

Adrien faisait partie des Fusiliers Mont-Royal.

Voici sa fiche sur le site du Mémorial virtuel de guerre du Canada.

À la mémoire du
soldat
JOSEPH ARTHUR ADRIEN  TREMBLAY

décédé le 17 décembre 1944

Service militaire :

Numéro matricule : D/139749
Âge : 22
Force : Armée
Unité : Les Fusiliers Mont-Royal, R.C.I.C.

Renseignements supplémentaires :

Fils de M. et Mme Aurèle Tremblay, de Montréal, province de Québec.

Adrien Tremblay janvier 1944

C’est la cousine de mon père qui m’avait envoyé ces photos.

J’ai appris qu’un autre oncle de ma femme faisait aussi partie des Fusiliers Mont-Royal. Cet oncle est le frère de celui qui aurait été sur l’Athabaskan. Il a même dit que les gars de la marine les appelaient les « fous alliés » au lieu des fusiliers…

Cet autre oncle était du débarquement de Normandie et il fut blessé. Sa mort en 1964 est due à ses blessures de guerre. Cet oncle et Adrien ont dû se connaître.

J’ai trouvé des témoignages sur un blogue américain qui parle du débarquement de Normandie. Je cherchais des images sur le débarquement. C’est pas beau à lire… Le  texte raconte sans doute ce qu’Adrien et l’oncle de ma femme ont dû vivre ensemble sur les plages de Normandie…

Je traduis pour vous en vous mettant des photos du vieil album d’Earl Silver. Je trouve que le hasard a bien fait les choses.

Aujourd’hui votre tâche est tout ce qu’il y a de plus simple.

D’abord vous devez mettre sur vos épaules 40 à 50 livres d’équipement.

going over

Ensuite, vous devez descendre d’un filet en corde qui frappe sur le flanc en acier d’un bateau et sauter dans un rectangle d’acier qui se balance sur la surface de l’océan au-dessous de vous.

Going over the side

D’autres sont déjà à l’intérieur dans le bateau d’acier criant  et vous exhortant de vous dépêcher. Une fois sur le bateau, vous êtes debout avec des douzaines d’autres soldats alors que le bateau vous amène vers des côtes et des falaises à l’horizon sous une pluie torrentielle de balles et d’explosions.

Q boat with troops

going ashore

forming convoy 11

De temps en temps, des bateaux tout près sont frappés avec un obus et se désagrègent en une pluie rouge de chair humaine et de balles. L’odeur des soldats, qui se terrent au fond du bateau et qui se souillent près de vous, tandis que la crainte leur mord la nuque, se mélange avec l’odeur de cordite et d’algues.

Devant vous, au-dessus des casques d’acier des autres soldats, vous pouvez voir la surface plate de la rampe maintenue en place devant les vagues.

small landing craft

Vous entendez le bruit sourd et métallique des balles qui frappent la rampe. Le barreur crie et vous entendez le mégaphone alors que vous sentez la quille du LST frotter sur les roches et le sable des plages normandes.

Derrière vous, les gros obus des bateaux de l’armada sifflent et gémissent au-dessus de vos têtes. Les explosions tout autour augmentent avec intensité et les balles tirées des falaises secouent le bateau. Les soldats s’accroupissent plus bas et se penchent vers l’avant. Finalement la rampe s’abaisse et vous voyez la plage. Les soldats se lancent à l’assaut et vous les suivez. Vous pataugez dans les eaux froides de la Manche avançant vers le sable déjà trempé par la mort et vers des corps teintant de cramoisi les eaux du ressac.

C’est pire sur la plage. Les balles continuent à fouiller dans le sable en y creusant des trous à la recherche de votre corps. Elles en trouvent d’autres qui s’affaissent comme des quartiers de viande en coupant les cordes qui les relient au paradis. Vous courez vers l’avant car qu’il y a que l’océan derrière et de en plus de morts. Puis… sans trop le savoir… vous atteignez un minuscule abri au bas des falaises. Il y a là d’autres soldats, confus et recroquevillés, pas prêt du tout à retourner dans cette tempête d’acier qui continue de s’abattre sur la plage.

Ensuite quelqu’un, quelque part tout près, vous dit d’aller vers l’avant, de continuer, peu importe, de quitter cette plage et d’aller sur les hauteurs. Comme vous ne savez pas quoi faire d’autre, vous vous levez et vous avancez, en mettant un pied après l’autre, pour commencer la reconquête de l’Europe.

Si vous avez de la chance, beaucoup de chance ce jour-là, vous marcherez jusqu’en Allemagne et la guerre sera finie. Vous irez rejoindre votre famille dans une ville quelque part, et vous ne parlerez pas beaucoup de ce jour ni d’aucun autre après celui-là, plus jamais.

Ils vous demanderont après ces longues années « ce que vous avez fait pendant la guerre. » Vous penserez à ce jour et vous ne saurez pas trouver la bonne réponse. C’est que vous savez combien vous avez été chanceux ce jour-là.

Si vous n’avez pas été chanceux, vous serez 65 longues années plus tard sous une des croix blanches plantées sur une grande pelouse.

Des politiciens médiocres et des bureaucrates bedonnants marmonneront des platitudes et de vides éloges au sujet de gestes qu’ils n’ont jamais posés et d’hommes dont ils ne pourront jamais suivre l’exemple. Vous les entendrez vaguement et loin des cavernes de votre long sommeil. Vous voudrez qu’ils partent et qu’ils vous laissent vous et les autres à votre profonde étude de l’éternité.

Soixante-cinq ans ? Ça paraît beaucoup pour les vivants. Mais ce n’est qu’un petit bout de temps. Laissez-nous tranquilles et et retournez à vos petites vies insignifantes.

Nous allons de l’avant, vous êtres faibles pomponnés et défilant au-dessus de nous, vous ne saurez jamais comment nous sommes morts ou comment nous avons vécu. Si nous pouvons encore vous entendre, vos miaulements nous font seulement dire entre nous, « Nous sommes morts pour quoi ? »

Politiciens médiocres et bureaucrates bedonnants taisez-vous et partez. Nous sommes un avec la mer et le ciel et le vent. Nous allons de l’avant.

Si j’ai traduit ce texte, c’est qu’il rejoint un peu ce que je pense…

J’ai aussi trouvé ce livre écrit par Antony Beevor qui raconte une toute autre version, différente de l’histoire officielle de ce grand débarquement.

En cliquant ici, vous aurez une entrevue et un  aperçu de son livre…

Quant à la mère d’Adrien, la cousine de mon père m’a dit qu’elle ne croyait pas que son fils était mort en Hollande. Elle espérait toujours le voir revenir…

À bien y penser, je me demande qui sont ces gens derrière ces historiens qui nous racontent à leur façon plein de choses sur les soldats morts pendant les guerres.

 

C’est pire sur la plage. Les balles continuent à fouiller dans le sable en y creusant des trous à la recherche de votre corps. Elles en trouvent d’autres qui s’affaissent comme des sacs de viande en coupant leurs cordes qui les relient au paradis. Vous courez vers l’avant car qu’il y a que l’océan derrière et de en plus de morts. Puis… sans trop le savoir… vous atteignez un minuscule abri au bas des falaises. Il y a là d’autres soldats, confus et recroquevillés, pas du tout prêt à retourner dans cette tempête d’acier qui continue de s’abattre sur la plage.

Ensuite quelqu’un, quelque part tout près, vous dit d’aller vers l’avant, de continuer, peu importe, de quitter cette plage et d’aller sur les hauteurs. Comme vous ne savez pas quoi faire d’autre, vous vous levez et vous avancez, en mettant un pied après l’autre, pour commencer la reconquête de l’Europe.
 
Si vous avez de la chance, beaucoup de chance ce jour-là, vous marcherez jusqu’en en Allemagne et la guerre sera finie. Vous irez rejoindre votre famille dans une ville quelque part, et vous ne parlerez pas beaucoup de ce jour ni d’aucun autre après celui-là, plus jamais.

Ils vous demanderont après ces longues années « ce que vous avez fait pendant la guerre. »

Vous penserez à ce jour et vous ne saurez pas trouver la bonne réponse. C’est que vous savez combien vous avez été chanceux ce jour-là.

Si vous n’avez pas été chanceux, vous serez sous une croix blanche sur une grande pelouse 65 longues années plus tard.
Des politiciens médiocres et des bureaucrates bedonnants marmonneront des platitudes et de vides éloges au sujet de gestes qu’ils n’ont jamais posés et d’hommes dont ils ne pourront jamais suivre l’exemple.

Vous les entendrez vaguement et loin des cavernes de votre long sommeil.
Vous voudrez qu’ils partent et qu’ils vous laissent vous et les autres à votre profonde étude de l’éternité.
Soixante-cinq ans ? Ça paraît beaucoup pour les vivants.
Mais ce n’est qu’un petit bout de temps. Laissez-nous tranquilles et et retournez à vos petites vies insignifantes.
Nous allons de l’avant, vous êtres faibles pomponnés et défilant au-dessus de nous, vous ne saurez jamais comment nous sommes morts ou comment nous avons vécu.

Si nous pouvons encore vous entendre, vos miaulements nous font seulement dire entre nous, « Nous sommes morts pour quoi ? »
Politiciens médiocres et bureaucrates bedonnants taisez-vous et partez. Nous sommes un avec la mer et le ciel et le vent. Nous allons de l’avant.

About these ads

3 réflexions sur “Adrien Tremblay, 17 décembre 1944

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s